Jazz live
Publié le 12 Nov 2019

Jurançon: Naïssam Jalal, l’art de bien dire

Tonnerre de Jazz poursuit son chemin de décryptage du jazz dans tous ses états. Dans l’agglomération et bientôt dans la ville même de Pau après des années d’effort et d’encerclement de la ville de naissance du bon roi Henri de la part d’une association auto déclarée “nomade” par nécessité. À Jurançon, cité d’un vin blanc soyeux, le trio de Naïssam Jallal, (bien entouré de Leonardo Montana et Claude Tchamitchian) a offert un concert de bon crû.

Elle bénéficie bien sûr d’un atout voix, mélodie aux accents d’orient qui se ballade le long de ses cordes vocales à l’image du son de sa flûte entre grave et aiguë en ignorant la limite des intervalles (centi)métrées de l’occident. Pourtant á l’écouter annoncer ses morceaux c’est la nature du discours de Naïssam Jallal que l’on retient. Phrases simples, senties mâtinées tout á la fois de douceur, de grâce mais de fermeté aussi. Mots qui parlent. Mots pour convaincre.

Naïssam Jalal (fl, voc,perc), Leonardo Montana (p), Claude Tchamitchian (b)

Tonnerre de Jazz, l’Atelier du Neez, Jurançon (64110)

 

Naïssam Jallal, voix et percussions

On ne compte que trois sources musicales seulement, certes. Mais ce trio fonctionne bel et bien sur le collectif, via nombre de combinaisons. Mélopée douce voyageant sur le souffle à peine matérialisé du nay, tube de roseau (Al lei) ou du métal comme chauffé tandis que les cordes de la  basse claquent, avec ce relief particulier de la plus fine apte à « friser » au bout des notes aïgues (Le chant des nuages, L’âme des voyageurs) L’intérêt dans ce trio réside notamment dans la distribution des rôles. Chaque musicien(ne), chacun des instruments choisi dans le moment nourrit, enrichit le propos musical. Accords (piano) facteur de nuances puis de couleurs prononcées) ou séquences très rythmiques (basse) en annonce d’echappées libres en mode de chorus peuvent s’inverser, se mélanger. Avec ou sans l’appel de la flüte (in Le Temps: difficile d’établir une relation suivie avec le temps puisque rien ne dure…” suggère Naïssam Jalal )

 

Leonardo Montana, coloriste

Ainsi le piano de Leonardo Montana, dans une longue introduction,  devient-il facteur créateur de nuances puis de couleurs prononcées, entre rondeurs et accents de fermeté. Trois instruments utilisés ensemble à but de percussion en mode d’intensite maximale ? S’impose alors une ample séquence de mouvement, manière d’illuster un voyage au son tranchant de Claude Tchamitchian agrippé à son archer. Au final les membres du trio se regardent, se sourient comme appaisés sur la voix claire de Naïssam Jallal dans un beau moment de decrescendo (Songe)

 

Claude Tchamitchian, cordes qui claquent

On reste également sur la durée du concert penetré par le parti pris d’intégrer des moments de silence disséminés à dessein dans la trame musicale « Je vous félicite pour avoir ici à Jurançon, respecté, donc favorisé ces parties de silence. Ce n.est pas le cas de tous les publics rencontrés, sachez le » commente, satisfaite la flûtiste avant d’entamer le  morceau conclusif. On demeure enfin marqué, dans cette musique livrée live (pour mémoire également noter le double CD Quest of the invisible, Les Couleurs du son/L’autre distribution) par ce savoir faire très personnel de la part de Naïssam Jalal en mode d’équation à trois (constantes) pas inconnues: flûte=souffle=musIque vivante. Jazz et plus si affinités.

Robert Latxague