Jazz live
Publié le 9 Fév 2023

Les jeux de mains de David Virelles et Omar Sosa

Mardi 7 février, au Théâtre Claude Debussy de Maisons-Alfort dans le cadre du Festival Sons d’Hiver se produisaient deux pianistes cubains connectés par leurs racines autant que par leur(s) ouverture(s). Une découverte et une confirmation.

David Virelles, en solo…

Le jeune pianiste cubain a offert un set court et compact à un public concentré, semblant presque l’inviter à puiser dans toutes les ressources du grand Steinway qui l’attendait à l’avant-scène. Une proposition résolument singulière en même temps qu’une vraie découverte pour votre serviteur.  Dans le jeu (les gestes, les techniques pianistiques) comme dans la musique elle-même se croisent, se recouvrent et s’entrechoquent différentes traditions évoquant autant de strates géographiques et musicales. De simples ostinatos ou brefs motifs répétés ou variés, surgies de lointaines traditions orales, voisinent avec presque tous les idiomes du jazz et des musiques populaires cubaines, auxquels vient s’ajouter une maîtrise des langages et des techniques pianistiques de tout le 20e siècle musical. On peut entendre sous les doigts de David Virelles autant les effluves dodécaphoniques de l’Ecole de Vienne que l’empreinte des compositeurs et improvisateurs qui ont exploré le potentiel percussif du piano de Bartok à Prokofiev, de Cecil Taylor à Martin Matalon. Avec une étonnante couverture du clavier, il travaille la matière et la concasse jusqu’à en dégager la substance première, avec un sens évident de la forme et de la temporalité, et une rigueur de développement dont témoignent les partitions disposées devant lui. Vivement l’occasion de revoir et d’entendre ce pianiste dans un contexte collectif.

… et le Quarteto Afrocubano d’Omar Sosa invitait Joe Lovano

Omar Sosa (piano, claviers, chant), Leandro Saint-Hill (saxophone alto, flûte, percussions, voix), Childo Tomas (basse électrique, chant), Ernesto Simpson (batterie, percussions), Joe Lovano (saxophone ténor)

Le contexte bien différent de la deuxième partie n’a fait que renforcer l’évidence de racines communes qui puisent dans le jazz et les musiques africaines ou caribéennes, mais aussi celle du refus d’un enfermement dans un “cubanisme” trop prévisible. La spiritualité lumineuse, sans austérité ni cérémonial, incarnée par Omar Sosa, a pourtant bien produit le déferlement de couleurs et de pulsations entrecroisées auquel on pouvait s’attendre, sur un répertoire abondamment nourri par les albums et les performances passées du Quarteto. J’ai été notamment séduit par la souplesse et l’interaction au sein de la rythmique, la basse mobile et chantante (au propre comme au figuré) de Childo Tomas innervant la trame percussive alimentée par le superbe polyrythmicien qu’est Ernesto Simpson.

Si j’ai pu penser un moment que l’invitation faite à Joe Lovano se réduirait à une parenthèse venant rappeler le fin pianiste et accompagnateur de jazz qu’est le leader (notamment dans la très lyrique ballade marquant l’arrivée du ténor), force est de reconnaître que le saxophoniste s’est inséré dans les arrangements du Quarteto, offrant une poignée de dialogues nourris avec l’alto de Leandro Saint-Hill. La sonorisation a tout de même joué quelques tours à mon appareil auditif, en particulier du côté de la basse et des claviers électroniques, reléguant au second plan le piano lui-même, pourtant formidable outil expressif du charismatique maître de cérémonie. Standing ovation méritée pour cette performance intense et généreuse, dans la salle du Théâtre Claude Debussy plutôt bien remplie en cette fin de journée de grève. Texte et photo : Vincent Cotro

Sons d’Hiver se poursuit jusqu’au 18 février à Fontenay-sous-Bois, Villejuif, Vincennes et Créteil !

https://www.youtube.com/watch?v=UfDH4jPN7zk