Jazz live
Publié le 29 Oct 2022

MARC COPLAND & JEAN-CHARLES RICHARD : Cérémonie secrète

Pour célébrer la parution du disque «L’étoffe des rêves» (Label La Buissonne / PIAS), publié cet été avec en invités Claudia Solal et Vincent Segal, le duo nous a donné rendez-vous au Sunside pour un très beau moment de musique (avec, accueillie pour un titre, Claudia Solal)

MARC COPLAND (piano), JEAN-CHARLES RICHARD (saxophones soprano & baryton)

Invitée : Claudia Solal (voix)

Paris, Sunside, 27octobre 2022, 21h30

Le duo joue une partie du répertoire du récent CD, mais le premier thème du concert sera un standard, Someday My Prince Will Come. Le sax soprano livre quelques notes éparses, comme un appel, ou une incantation, à quoi le piano répond par des accords arpégés descendants, et ainsi se noue un dialogue d’une merveilleuse intensité. Le thème se révèle par bribe, et chaque détour est l’occasion d’un nouvel échange. En les écoutant je me demande si c’est parce qu’il fut d’abord saxophoniste, avant d’opter définitivement pour le piano, que Marc Copland possède à ce deg la faculté de dialoguer avec un instrument qu’il a si bien connu…. Et l’aventure s’achève par une coda prolongée qui louvoie pour éviter l’impérialisme du retour à la tonique. Puis ce sera Calder, composé par le saxophoniste, et qui figurait au programme d’un concert à trois donné en 2021 au Musée de Giverny. Lequel programme semble être à l’origine du disque, même si ce thème n’y figure pas. Ensuite ce sera, d’apparence plus apaisé, Giverny, dédié au très regretté John Taylor, pianiste manifestement admiré par les deux partenaires. De la douceur diaphane du thème vont surgir de soudains jaillissements. Pour le titre suivant, après que le soprano se sera offert un espace de liberté, le piano va entrer sur la pointe des pieds, et nous diriger vers une sorte de valse hétérodoxe qui va s’enflammer. Et pour conclure, provisoirement, le duo sera rejoint par Claudia Solal pour Ophelia’s Death, qui emprunte les mots de Shakespeare dans Hamlet. Ce premier set aura été prodigue de beautés, furtives ou persistantes.

La seconde partie du concert s’ouvre par une composition d’Olivier Messiaen, à l’origine un motet pour quatre voix, et ici restitué avec la liberté qu’offre l’instrumentation, liberté pleinement exploitée dans les prolongements. Jean-Charles Richard va ensuite quitter le soprano pour le baryton avec une évocation en forme d’hommage à Moussorgski. Puis ce sera un retour au saxophone soprano pour une relecture très personnelle de In A Sentimental Mood, copieusement réharmonisé et pourvu également d’escapades polytonales dans le solo de piano. Et pour la conclusion du concert, un nouveau pas fut franchi dans les prises de liberté, avec un vagabondage plein d’humour et de musicalité autour de Nardis (de Miles Davis). Il fallut longtemps avant que le thème ne se dévoile vraiment, comme dans la célèbre version de Bill Evans en novembre 1979 à l’Espace Cardin («The Paris Concert, edition two»), où le thème surgit après 6 minutes et 37 secondes d’improvisation liminaire. Une telle liberté tutoie le Grand Art : concert bluffant ! Il s’est terminé peu avant minuit. Le chroniqueur se trouvait une fois encore confronté aux défaillances des transports publics : ligne 4 du métro fermée dès 22h30, incident en début de soirée au RER ‘B’ à Châtelet les Halles, ce qui fait qu’à minuit les retards s’accumulent encore. L’affichage, annonce ‘train dans 12 minutes’, puis 7, puis 8, 9, 10…. : au total 20 minutes s’écoulèrent avant que la rame annoncée fasse son entrée triomphale sur le quai. Arrivé Gare du Nord, sprint vers la ligne 5 du métro, mais en bout de ligne, à Bobigny Pablo Picasso, plus de bus susceptible de me déposer au bout de ma rue….


Ce sera donc le tramway, et un gros 2 kilomètres de marche pour atteindre enfin mon domicile. Il aura fallu 1h30 quand c’étaient 35 minutes aux temps bénis où les réseaux n’étaient pas sinistrés. Mais la musique était tellement belle ce soir que, pour une fois, je donnerai à Transilien, SNCF et RATP réunis mon absolution. Amen….

Xavier Prévost