Marc Copland Trio à la Galerie 19 Paul Fort - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 23 Mar 2026 • Par Xavier Prévost

Marc Copland Trio à la Galerie 19 Paul Fort

Joie de venir écouter ce très grand pianiste dans un lieu privilégié où la programmation cultive l’excellence : la qualité d’écoute du public est remarquable, l’instrument est d’une très grande qualité, les conditions acoustiques optimales, et les partenaires incarnent une forme d’idéal pour le trio, avec ce pianiste. Ils avaient d’ailleurs joué ensemble par le passé, et Robert Latxague en avait fait écho dans ces colonnes (à lire ici). Dans le public, des pianistes (et pas des moindres!), et un producteur fou de piano qui avait publié voici plus de 20 ans le premier CD en solo de Marc Copland

MARC COPLAND Trio

Marc Copland (piano), Stéphane Kerecki (contrebasse), Fabrice Moreau (batterie)

Paris, Galerie 19 Paul Fort, 22 mars 2026, 20h30

Le concert commence avec un standard du jazz : So What. Mais d’entrée de jeu c’est investi d’une grande singularité : dialogue fécond entre les trois, en permanence ; écoute interactive, jouage (si je puis me permettre ce néologisme cher au très regretté Denis Badault, pour qualifier l’interplay). Il se passe mille choses, dans le détail des nuances, dans la transgression discrète des codes établis. Et quand revient l’exposé du thème, les accords en réponse au riff de basse qui signale la reprise sont puissamment altérés. Au titre suivant changement (partiel) de décor : douceur lyrique, notes cristallines du piano qui marquent un nouveau territoire, celui du rêve ; rêve et cristal, je pense ‘cristal qui songe’, en souvenir du romancier Theodore Sturgeon, bien que cela n’ait rien à voir. Un songe collectif, télépathique, qui se joue entre eux trois. Et bientôt, dans ce songe, nous sommes conviés. Puis c’est une sorte de valse très sinueuse, où je perds parfois le fil. Mais eux savent exactement où ils en sont, et mon égarement est jouissif. Puis c’est un thème mystérieux, harmoniquement très tendu, comme un standard rêvé : ils élaborent pour nous une sorte de chimère dont nous ignorons tout, mais dont nous sommes captifs. Nous les suivrons ensuite dans une mélodie, presque une chanson : nous demeurons prisonniers du mystère. Le morceau suivant sera de structure un peu éclatée, mais qui s’unifie dans l’improvisation. Et le dernier titre deviendra très cursif, comme pour boucler la boucle du concert par un bouquet final. D’un bout à l’autre le chroniqueur s’est senti sur un petit nuage, enveloppé par les nuances de tous les instruments, et des solos toujours en dialogue (trilogue plutôt). Finesse et musicalité à tous les instants. En rappel, une version de Blue in Green, très renouvelée dans l’exposé, et très libérée dans le vif des improvisations : Grand Art et grand concert. Merci au trio pour ce très beau moment de musique.

Xavier Prévost