Musicalagos: Minvielle et Big Band Côte Sud, jazz croisés - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 9 Juin 2026

Musicalagos: Minvielle et Big Band Côte Sud, jazz croisés

André Minvielle (dm, perc, voc)  François Corneloup (ss, bas) Juliette Minvielle (elp, voc)

Nino Fernand Ferrer (elb)

Festival Musicalagos, Lagos (64800), 7 juin

Le petit village béarnais sis en piémont pyrénéen célèbre ce week end sous le soleil le 20e anniversaire de son festival sur les berges verdoyantes du Lagoin. Fort d’un cadre on ne peut plus champêtre, nanti d’une programmation volontairement éclectique « Je veux rester fidèle au jazz. Pourtant, l’expérience le prouve au long des années, il nous faut aussi pour attirer du public et pouvoir prolonger ici l’aventure y ajouter des moments de musique purement festive » confie Eric Focone, programmateur et mentor ce cet évènementiel « Le plein fait hier soir avec les Négresses Vertes a cette vertu… » ajoute celui, musicien lui même, qui revendique toutefois le jazz comme « musique de mon coeur »

André Minvielle

André Minvielle venu se produire sous le chapiteau dressé pour l’occasion dominicale fait effectivement partie de ces artistes hors catégorie. Pas peu satisfait de cette visite effectuée en quasi voisin « Jouer ici pour moi à sept ou huit minutes de ma maison, c’est pratique ! Et pas si courant… » Dédé le béarnais à l’aise dans son oeuvre avec mise en pratique de la langue locale, comment le qualifier si (tel) besoin était ? Enfant du bal (popu) ? Descendant direct des agapes musicales de l’Uzeste lubatien ? Riche de l’emprunt aux grammaires d’un Nougaro aussi bien qu’à celle inclassable de Bobby Lapointe voire inspiré par les conjugaisons savantes d’un Jon Hendricks…? Mais tout aussi bien parolier, compositeur que chanteur, vocaliste, percussionniste on en passe et des meilleures, lâché libre chapeau fétiche cap et tout sur des planches parachuté quel que soit la terre ou le caillou de l’hexagone. Minvielle l’extraverti modèle, Dédé la tchatche sans partition s’affiche-t-il plutôt poète, chanteur, bateleur, troubadour…?

Juliette & Nino

Toujours est-il que c’est ainsi et pas autrement, au pluriel de son activité qu’il s’est activé, nature, en sa terre, son terreau, ce dimanche après-midi. Parcourant, baguette et balais en main derrière sa batterie minimaliste des airs de Nino Rota, de chanson ouvrière italienne ou même d’une douceur de Caetano Veloso (chansons chantées par et avec sa fille Juliette). Et puis un Ainsi va la vie qu’il relit et relie à l’effervescence de l’année 36 du siècle dernier – avec ce conseil avisé en forme d’avertissement : « …ça fait 90 ans cette année, certes, mais pensez-y l’année prochaine au printemps électif… » Jusqu’à savoir évoquer les lignes musicales du Charlie Mingus de Cuernavaca…

Dédé et son pote Nino

Minvielle c’est aussi un chanteur qui aime la danse. Donc un chant offert tel une permanente machine à rythmes, de cordes vocales et de chair à pulsions composée exclusivement « Je ne serai jamais une intelligence artificielle… » rigole-t-il. Alors, dans sa voix, sous ses mains battants tambours et cymbales plantés de mots lancés comme autant de barres de mesure défilent non stop valse, cha-cha-cha, cumbia et même une très oubliée scottish. Objets identifiés de mélodies finement ciselées, de formules de mots colorés dadaïste, d’onomatopées, de ritournelles filtrées sous sa moustache grise. Basse en substrat continu de la part de Nino, vieux compagnon de route, accords de piano rythmiquement martelés par sa fille, contre-chants et saillies de sax (soprano et baryton chez François Corneloup) viennent pile poil en accompagnement, en phrases soulignées. Voilà poinçonné d’un sceau très personnel l’art musical original d’André Minvielle.

François Corneloup § danseurs sur gravier

A Musicalagos, le boss métronome le dit et le redit, le jazz garde sa place. Du coup ça change, ça se remarque, c’est bien agréable d’écouter le swing dru d’un big band offert au naturel dans un cadre bucolique en bord d’un cours d’eau gouleyant. Flux d’air frais, léger vent favorable. 

Big Band Côte Sud

Le Big Band Côte Sud issu du littoral atlantique en fond de golfe de Gascogne jazze sous la direction de Pascal Drapeau, leader, arrangeur et trompettiste. Le répertoire s’inspire directement du matériau conçu par Quincy Jones pour ce type de formation. Outre les compositions de ce dernier sonnent  au fur et en (parfaite) mesure des thèmes et standards de Horace Silver, Lester Young, Benny Golson, Bobby Timmons, Phil Woods etc.

En solo…

Le pari, l’objectif dans ce type d’orchestre qui réunit des professionnels et des amateurs reste de valoriser et le collectif et le musicien avec son instrument en tant que tel. A partir de partitions qui ont sacralisé des morceaux entendus mille fois depuis leur création en petites comme grandes formations. Côté Côte Sud on sent dans l’interprétation de chaque titre égrené la volonté nette de la part de Pascal Drapeau et ses musiciens de chercher l’équilibre du rendu entre les pupitres. De trouver une certaine netteté dans le son global, source d’une personnalité affirmé pour ce big band. D’obtenir de la pertinence dans les séquences de solistes. Bref, rien de révolutionnaire mais la marque d’un travail bien conçu, bien bossé, bien réalisé. A ce titre on ne peut que remarquer le soin mis dans les entames comme sur les finales des morceaux. Ou encore le travail effectué pour un plus de dynamique dans les alliages ou confrontations sax/trompette, élément d’originalité dans la sonorité cuivres. Sur une balade aussi, l’orchestre dans toute sa dimension tisse des accents de finesse, cultive bien à propos la douceur dans le son général. Pour libérer plus tard un effet puissance accrue, façon d’illustrer en pure formule acoustique un « Killer Joe » griffe particulière du Quincy Jones compositeur, qualifié pourtant de « thème très électrique » par le chef Pascal Drapeau. L’après midi trouvera sa coda dans une version métissée jazz et jazz manouche avec trois guitares en sus du big band, histoire de célébrer non sans originalité le Nougaro puncheur de Bidon ville.

Guitares plus big band: Bidonville !

Pur esprit Musicalagos.

Robert Latxague