Jazz live
Publié le 21 Nov 2012

Ouverture de la semaine jazz à Cugnaux

La ville de Cugnaux continue son travail d’ouverture culturelle en proposant à sa population la 3e édition de sa « Semaine jazz ». Située dans la banlieue toulousaine, son service culturel a su habilement construire un programme capable d’attirer un public curieux en invitant des artistes dont les esthétiques vont de l’improvisation libre jusqu’à la soul. Cette année, la thématique tourne autour de la « dolce vita », histoire d’échapper à la grisaille ambiante. C’est le duo Louis Sclavis – Michele Rabbia qui a ouvert les festivités.
On n’a pas souvent la chance d’entendre Michele Rabbia en France. Il est pourtant un artisan reconnu de la très active scène italienne. Belle opportunité donc de l’apprécier dans un concert totalement improvisé.

 

Louis Sclavis et Michele Rabbia
Louis Sclavis (cl, bcl), Michele Rabbia (dm, perc, ordi).
Mardi 20 novembre 2012, Théâtre Paul Eluard, Cugnaux (31), 21h00.

Deux hommes se rencontrent. Ils ne se connaissent pas très bien ; ils se découvrent en entamant une discussion. Les présentations faites, ils s’informent mutuellement de leur lieu d’origine, de la raison de leur présence en ces murs. Ils abordent ensuite leurs centres intérêts, constatent qu’ils n’ont pas tout à fait les mêmes. Parfois, il y a un peu d’incompréhension, un mot pour l’un ne recouvrant pas le même sens pour l’autre. Ils prennent donc le temps de préciser leurs pensées. Ainsi se déroule leur échange, en plusieurs moments qui s’enchaînent de façon plus ou moins fluide, avec des changements abrupts de sujet et des dérives à la Debord. Mais toujours ils s’écoutent, vont l’un vers l’autre. Ainsi peut-on rendre compte de la première longue plage musicale que Louis Sclavis et Michele Rabbia ont proposé au public de Cugnaux, en une alternance de bons moments avec d’autres où les artistes étaient moins en phase.

Et cela aura bien commencé : Tandis que Louis Sclavis déroule sans fin ses volutes de notes, Michele Rabbia piste les inflexions rythmiques du clarinettiste avec un rouleau de papier d’aluminium. Rabbia prend ensuite l’initiative en frottant une boule de plastique sur ses peaux, et Sclavis de le suivre dans cette voie en émettant des sons doubles ou triples dans l’aigu de son instrument, toute ligne mélodique ayant disparu. Les présentations viennent d’être faites.
Les moments se succèdent ensuite, pas toujours inspirés. Mais c’est le charme même de l’improvisation libre, les moins bons permettant justement à l’auditeur de savourer d’autant plus ceux où tout semble couler de source.
La prestation avançant, on se rend compte que la rencontre repose sur l’attraction l’une par l’autre de deux conceptions musicales. En grossissant le trait, on peut dire que l’approche de Sclavis procède d’abord de la note, tandis que celle de Rabbia est davantage centrée sur le son. Comme il s’agit de deux gentlemen, les points de rencontre se manifestent en douceur, leur attitude étant avenante, courtoise, de bonne volonté.

 

Sclavis Rabbia 1

 

Parvenu à ce point de leur conversation, nos deux hommes ont pu se jauger. Ils ont découvert qu’ils ont des connaissances qui se croisent, qu’ils sont déjà tous deux allés dans les mêmes pays, et qu’ils ont des amis en commun. Au détour d’une phrase, presque sans s’en apercevoir, ils se lancent soudain sur un sujet qui les réunit naturellement, en une osmose évidente. Ils ne se posent plus de questions et échangent vraiment. L’image vaut pour la seconde moitié du concert.
Seul, Louis Sclavis se lance dans une des figures musicales en respiration continue dont il a le secret, littéralement envoûtante. Au lieu de jouer des baguettes, Michele Rabbia choisit de transformer cette matière musicale par le biais de capteurs reliés à son ordinateur. Il réinjecte de la sorte la musique de Sclavis en des échos transposés, accélérés ou ralentis, déformés. Parfois le clarinettiste s’arrête pour laisser la place à ses multiples clones sonores. Rien que pour cette création dans l’instant, le déplacement valait la peine.

Un peu plus tard, Sclavis prend son harmonica ; auparavant il s’était improvisé danseur de flamenco ; Rabbia n’a pas hésité à ranger bruyamment tout son matériel en guise de bis, sifflotant l’air de la Dolce Vita avec nonchalance. Le sifflet aux lèvres, lui aussi, Sclavis l’accompagne dans cet oubli volontaire de la position de concert en vérifiant son anche, sans oublier ensuite de consciencieusement nettoyer son bec ; un autre passage se fait bruitisme (craquements du plancher, raclements, growl, apparitions d’objets divers) avant de se voir entraîné vers un blues étrange vite transformé en scansions quasi chamaniques. Ne pas négliger non plus des traces d’une saltarelle trop rapide, d’une bourrée tirée d’un folklore imaginaire, et on aura une idée des multiples paysages entraperçus par ces deux nomades.

 

Sclavis Rabbia 2

 

Ce concert aura ainsi oscillé entre fourre-tout et osmose. Aller au concert réclame l’adhésion à ce type d’aléas. Il ne s’agit pas de consommation, d’en avoir pour son argent, mais bien d’accompagner des artistes dans l’exploration de l’inconnu. Cela consiste à, parfois, être déçu un temps pour mieux se laisser surprendre, pour tout à coup se retrouver plongé dans un monde inconnu, unique, éphémère mais ô combien précieux.
C’est l’aventure audacieuse et rare que la ville de Cugnaux propose à ses spectateurs par l’entremise de son coordinateur artistique Yan Beigbeder. Sans risque pour la santé mentale, mais riche pour l’ouverture d’esprit.

 

Prochain concert : mercredi 21 novembre à 17h30 : Ciné-concert avec Christine Wodrascka et Ramon Lopez.

 

Lien internet : Mairie de Cugnaux

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La ville de Cugnaux continue son travail d’ouverture culturelle en proposant à sa population la 3e édition de sa « Semaine jazz ». Située dans la banlieue toulousaine, son service culturel a su habilement construire un programme capable d’attirer un public curieux en invitant des artistes dont les esthétiques vont de l’improvisation libre jusqu’à la soul. Cette année, la thématique tourne autour de la « dolce vita », histoire d’échapper à la grisaille ambiante. C’est le duo Louis Sclavis – Michele Rabbia qui a ouvert les festivités.
On n’a pas souvent la chance d’entendre Michele Rabbia en France. Il est pourtant un artisan reconnu de la très active scène italienne. Belle opportunité donc de l’apprécier dans un concert totalement improvisé.

 

Louis Sclavis et Michele Rabbia
Louis Sclavis (cl, bcl), Michele Rabbia (dm, perc, ordi).
Mardi 20 novembre 2012, Théâtre Paul Eluard, Cugnaux (31), 21h00.

Deux hommes se rencontrent. Ils ne se connaissent pas très bien ; ils se découvrent en entamant une discussion. Les présentations faites, ils s’informent mutuellement de leur lieu d’origine, de la raison de leur présence en ces murs. Ils abordent ensuite leurs centres intérêts, constatent qu’ils n’ont pas tout à fait les mêmes. Parfois, il y a un peu d’incompréhension, un mot pour l’un ne recouvrant pas le même sens pour l’autre. Ils prennent donc le temps de préciser leurs pensées. Ainsi se déroule leur échange, en plusieurs moments qui s’enchaînent de façon plus ou moins fluide, avec des changements abrupts de sujet et des dérives à la Debord. Mais toujours ils s’écoutent, vont l’un vers l’autre. Ainsi peut-on rendre compte de la première longue plage musicale que Louis Sclavis et Michele Rabbia ont proposé au public de Cugnaux, en une alternance de bons moments avec d’autres où les artistes étaient moins en phase.

Et cela aura bien commencé : Tandis que Louis Sclavis déroule sans fin ses volutes de notes, Michele Rabbia piste les inflexions rythmiques du clarinettiste avec un rouleau de papier d’aluminium. Rabbia prend ensuite l’initiative en frottant une boule de plastique sur ses peaux, et Sclavis de le suivre dans cette voie en émettant des sons doubles ou triples dans l’aigu de son instrument, toute ligne mélodique ayant disparu. Les présentations viennent d’être faites.
Les moments se succèdent ensuite, pas toujours inspirés. Mais c’est le charme même de l’improvisation libre, les moins bons permettant justement à l’auditeur de savourer d’autant plus ceux où tout semble couler de source.
La prestation avançant, on se rend compte que la rencontre repose sur l’attraction l’une par l’autre de deux conceptions musicales. En grossissant le trait, on peut dire que l’approche de Sclavis procède d’abord de la note, tandis que celle de Rabbia est davantage centrée sur le son. Comme il s’agit de deux gentlemen, les points de rencontre se manifestent en douceur, leur attitude étant avenante, courtoise, de bonne volonté.

 

Sclavis Rabbia 1

 

Parvenu à ce point de leur conversation, nos deux hommes ont pu se jauger. Ils ont découvert qu’ils ont des connaissances qui se croisent, qu’ils sont déjà tous deux allés dans les mêmes pays, et qu’ils ont des amis en commun. Au détour d’une phrase, presque sans s’en apercevoir, ils se lancent soudain sur un sujet qui les réunit naturellement, en une osmose évidente. Ils ne se posent plus de questions et échangent vraiment. L’image vaut pour la seconde moitié du concert.
Seul, Louis Sclavis se lance dans une des figures musicales en respiration continue dont il a le secret, littéralement envoûtante. Au lieu de jouer des baguettes, Michele Rabbia choisit de transformer cette matière musicale par le biais de capteurs reliés à son ordinateur. Il réinjecte de la sorte la musique de Sclavis en des échos transposés, accélérés ou ralentis, déformés. Parfois le clarinettiste s’arrête pour laisser la place à ses multiples clones sonores. Rien que pour cette création dans l’instant, le déplacement valait la peine.

Un peu plus tard, Sclavis prend son harmonica ; auparavant il s’était improvisé danseur de flamenco ; Rabbia n’a pas hésité à ranger bruyamment tout son matériel en guise de bis, sifflotant l’air de la Dolce Vita avec nonchalance. Le sifflet aux lèvres, lui aussi, Sclavis l’accompagne dans cet oubli volontaire de la position de concert en vérifiant son anche, sans oublier ensuite de consciencieusement nettoyer son bec ; un autre passage se fait bruitisme (craquements du plancher, raclements, growl, apparitions d’objets divers) avant de se voir entraîné vers un blues étrange vite transformé en scansions quasi chamaniques. Ne pas négliger non plus des traces d’une saltarelle trop rapide, d’une bourrée tirée d’un folklore imaginaire, et on aura une idée des multiples paysages entraperçus par ces deux nomades.

 

Sclavis Rabbia 2

 

Ce concert aura ainsi oscillé entre fourre-tout et osmose. Aller au concert réclame l’adhésion à ce type d’aléas. Il ne s’agit pas de consommation, d’en avoir pour son argent, mais bien d’accompagner des artistes dans l’exploration de l’inconnu. Cela consiste à, parfois, être déçu un temps pour mieux se laisser surprendre, pour tout à coup se retrouver plongé dans un monde inconnu, unique, éphémère mais ô combien précieux.
C’est l’aventure audacieuse et rare que la ville de Cugnaux propose à ses spectateurs par l’entremise de son coordinateur artistique Yan Beigbeder. Sans risque pour la santé mentale, mais riche pour l’ouverture d’esprit.

 

Prochain concert : mercredi 21 novembre à 17h30 : Ciné-concert avec Christine Wodrascka et Ramon Lopez.

 

Lien internet : Mairie de Cugnaux

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La ville de Cugnaux continue son travail d’ouverture culturelle en proposant à sa population la 3e édition de sa « Semaine jazz ». Située dans la banlieue toulousaine, son service culturel a su habilement construire un programme capable d’attirer un public curieux en invitant des artistes dont les esthétiques vont de l’improvisation libre jusqu’à la soul. Cette année, la thématique tourne autour de la « dolce vita », histoire d’échapper à la grisaille ambiante. C’est le duo Louis Sclavis – Michele Rabbia qui a ouvert les festivités.
On n’a pas souvent la chance d’entendre Michele Rabbia en France. Il est pourtant un artisan reconnu de la très active scène italienne. Belle opportunité donc de l’apprécier dans un concert totalement improvisé.

 

Louis Sclavis et Michele Rabbia
Louis Sclavis (cl, bcl), Michele Rabbia (dm, perc, ordi).
Mardi 20 novembre 2012, Théâtre Paul Eluard, Cugnaux (31), 21h00.

Deux hommes se rencontrent. Ils ne se connaissent pas très bien ; ils se découvrent en entamant une discussion. Les présentations faites, ils s’informent mutuellement de leur lieu d’origine, de la raison de leur présence en ces murs. Ils abordent ensuite leurs centres intérêts, constatent qu’ils n’ont pas tout à fait les mêmes. Parfois, il y a un peu d’incompréhension, un mot pour l’un ne recouvrant pas le même sens pour l’autre. Ils prennent donc le temps de préciser leurs pensées. Ainsi se déroule leur échange, en plusieurs moments qui s’enchaînent de façon plus ou moins fluide, avec des changements abrupts de sujet et des dérives à la Debord. Mais toujours ils s’écoutent, vont l’un vers l’autre. Ainsi peut-on rendre compte de la première longue plage musicale que Louis Sclavis et Michele Rabbia ont proposé au public de Cugnaux, en une alternance de bons moments avec d’autres où les artistes étaient moins en phase.

Et cela aura bien commencé : Tandis que Louis Sclavis déroule sans fin ses volutes de notes, Michele Rabbia piste les inflexions rythmiques du clarinettiste avec un rouleau de papier d’aluminium. Rabbia prend ensuite l’initiative en frottant une boule de plastique sur ses peaux, et Sclavis de le suivre dans cette voie en émettant des sons doubles ou triples dans l’aigu de son instrument, toute ligne mélodique ayant disparu. Les présentations viennent d’être faites.
Les moments se succèdent ensuite, pas toujours inspirés. Mais c’est le charme même de l’improvisation libre, les moins bons permettant justement à l’auditeur de savourer d’autant plus ceux où tout semble couler de source.
La prestation avançant, on se rend compte que la rencontre repose sur l’attraction l’une par l’autre de deux conceptions musicales. En grossissant le trait, on peut dire que l’approche de Sclavis procède d’abord de la note, tandis que celle de Rabbia est davantage centrée sur le son. Comme il s’agit de deux gentlemen, les points de rencontre se manifestent en douceur, leur attitude étant avenante, courtoise, de bonne volonté.

 

Sclavis Rabbia 1

 

Parvenu à ce point de leur conversation, nos deux hommes ont pu se jauger. Ils ont découvert qu’ils ont des connaissances qui se croisent, qu’ils sont déjà tous deux allés dans les mêmes pays, et qu’ils ont des amis en commun. Au détour d’une phrase, presque sans s’en apercevoir, ils se lancent soudain sur un sujet qui les réunit naturellement, en une osmose évidente. Ils ne se posent plus de questions et échangent vraiment. L’image vaut pour la seconde moitié du concert.
Seul, Louis Sclavis se lance dans une des figures musicales en respiration continue dont il a le secret, littéralement envoûtante. Au lieu de jouer des baguettes, Michele Rabbia choisit de transformer cette matière musicale par le biais de capteurs reliés à son ordinateur. Il réinjecte de la sorte la musique de Sclavis en des échos transposés, accélérés ou ralentis, déformés. Parfois le clarinettiste s’arrête pour laisser la place à ses multiples clones sonores. Rien que pour cette création dans l’instant, le déplacement valait la peine.

Un peu plus tard, Sclavis prend son harmonica ; auparavant il s’était improvisé danseur de flamenco ; Rabbia n’a pas hésité à ranger bruyamment tout son matériel en guise de bis, sifflotant l’air de la Dolce Vita avec nonchalance. Le sifflet aux lèvres, lui aussi, Sclavis l’accompagne dans cet oubli volontaire de la position de concert en vérifiant son anche, sans oublier ensuite de consciencieusement nettoyer son bec ; un autre passage se fait bruitisme (craquements du plancher, raclements, growl, apparitions d’objets divers) avant de se voir entraîné vers un blues étrange vite transformé en scansions quasi chamaniques. Ne pas négliger non plus des traces d’une saltarelle trop rapide, d’une bourrée tirée d’un folklore imaginaire, et on aura une idée des multiples paysages entraperçus par ces deux nomades.

 

Sclavis Rabbia 2

 

Ce concert aura ainsi oscillé entre fourre-tout et osmose. Aller au concert réclame l’adhésion à ce type d’aléas. Il ne s’agit pas de consommation, d’en avoir pour son argent, mais bien d’accompagner des artistes dans l’exploration de l’inconnu. Cela consiste à, parfois, être déçu un temps pour mieux se laisser surprendre, pour tout à coup se retrouver plongé dans un monde inconnu, unique, éphémère mais ô combien précieux.
C’est l’aventure audacieuse et rare que la ville de Cugnaux propose à ses spectateurs par l’entremise de son coordinateur artistique Yan Beigbeder. Sans risque pour la santé mentale, mais riche pour l’ouverture d’esprit.

 

Prochain concert : mercredi 21 novembre à 17h30 : Ciné-concert avec Christine Wodrascka et Ramon Lopez.

 

Lien internet : Mairie de Cugnaux

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La ville de Cugnaux continue son travail d’ouverture culturelle en proposant à sa population la 3e édition de sa « Semaine jazz ». Située dans la banlieue toulousaine, son service culturel a su habilement construire un programme capable d’attirer un public curieux en invitant des artistes dont les esthétiques vont de l’improvisation libre jusqu’à la soul. Cette année, la thématique tourne autour de la « dolce vita », histoire d’échapper à la grisaille ambiante. C’est le duo Louis Sclavis – Michele Rabbia qui a ouvert les festivités.
On n’a pas souvent la chance d’entendre Michele Rabbia en France. Il est pourtant un artisan reconnu de la très active scène italienne. Belle opportunité donc de l’apprécier dans un concert totalement improvisé.

 

Louis Sclavis et Michele Rabbia
Louis Sclavis (cl, bcl), Michele Rabbia (dm, perc, ordi).
Mardi 20 novembre 2012, Théâtre Paul Eluard, Cugnaux (31), 21h00.

Deux hommes se rencontrent. Ils ne se connaissent pas très bien ; ils se découvrent en entamant une discussion. Les présentations faites, ils s’informent mutuellement de leur lieu d’origine, de la raison de leur présence en ces murs. Ils abordent ensuite leurs centres intérêts, constatent qu’ils n’ont pas tout à fait les mêmes. Parfois, il y a un peu d’incompréhension, un mot pour l’un ne recouvrant pas le même sens pour l’autre. Ils prennent donc le temps de préciser leurs pensées. Ainsi se déroule leur échange, en plusieurs moments qui s’enchaînent de façon plus ou moins fluide, avec des changements abrupts de sujet et des dérives à la Debord. Mais toujours ils s’écoutent, vont l’un vers l’autre. Ainsi peut-on rendre compte de la première longue plage musicale que Louis Sclavis et Michele Rabbia ont proposé au public de Cugnaux, en une alternance de bons moments avec d’autres où les artistes étaient moins en phase.

Et cela aura bien commencé : Tandis que Louis Sclavis déroule sans fin ses volutes de notes, Michele Rabbia piste les inflexions rythmiques du clarinettiste avec un rouleau de papier d’aluminium. Rabbia prend ensuite l’initiative en frottant une boule de plastique sur ses peaux, et Sclavis de le suivre dans cette voie en émettant des sons doubles ou triples dans l’aigu de son instrument, toute ligne mélodique ayant disparu. Les présentations viennent d’être faites.
Les moments se succèdent ensuite, pas toujours inspirés. Mais c’est le charme même de l’improvisation libre, les moins bons permettant justement à l’auditeur de savourer d’autant plus ceux où tout semble couler de source.
La prestation avançant, on se rend compte que la rencontre repose sur l’attraction l’une par l’autre de deux conceptions musicales. En grossissant le trait, on peut dire que l’approche de Sclavis procède d’abord de la note, tandis que celle de Rabbia est davantage centrée sur le son. Comme il s’agit de deux gentlemen, les points de rencontre se manifestent en douceur, leur attitude étant avenante, courtoise, de bonne volonté.

 

Sclavis Rabbia 1

 

Parvenu à ce point de leur conversation, nos deux hommes ont pu se jauger. Ils ont découvert qu’ils ont des connaissances qui se croisent, qu’ils sont déjà tous deux allés dans les mêmes pays, et qu’ils ont des amis en commun. Au détour d’une phrase, presque sans s’en apercevoir, ils se lancent soudain sur un sujet qui les réunit naturellement, en une osmose évidente. Ils ne se posent plus de questions et échangent vraiment. L’image vaut pour la seconde moitié du concert.
Seul, Louis Sclavis se lance dans une des figures musicales en respiration continue dont il a le secret, littéralement envoûtante. Au lieu de jouer des baguettes, Michele Rabbia choisit de transformer cette matière musicale par le biais de capteurs reliés à son ordinateur. Il réinjecte de la sorte la musique de Sclavis en des échos transposés, accélérés ou ralentis, déformés. Parfois le clarinettiste s’arrête pour laisser la place à ses multiples clones sonores. Rien que pour cette création dans l’instant, le déplacement valait la peine.

Un peu plus tard, Sclavis prend son harmonica ; auparavant il s’était improvisé danseur de flamenco ; Rabbia n’a pas hésité à ranger bruyamment tout son matériel en guise de bis, sifflotant l’air de la Dolce Vita avec nonchalance. Le sifflet aux lèvres, lui aussi, Sclavis l’accompagne dans cet oubli volontaire de la position de concert en vérifiant son anche, sans oublier ensuite de consciencieusement nettoyer son bec ; un autre passage se fait bruitisme (craquements du plancher, raclements, growl, apparitions d’objets divers) avant de se voir entraîné vers un blues étrange vite transformé en scansions quasi chamaniques. Ne pas négliger non plus des traces d’une saltarelle trop rapide, d’une bourrée tirée d’un folklore imaginaire, et on aura une idée des multiples paysages entraperçus par ces deux nomades.

 

Sclavis Rabbia 2

 

Ce concert aura ainsi oscillé entre fourre-tout et osmose. Aller au concert réclame l’adhésion à ce type d’aléas. Il ne s’agit pas de consommation, d’en avoir pour son argent, mais bien d’accompagner des artistes dans l’exploration de l’inconnu. Cela consiste à, parfois, être déçu un temps pour mieux se laisser surprendre, pour tout à coup se retrouver plongé dans un monde inconnu, unique, éphémère mais ô combien précieux.
C’est l’aventure audacieuse et rare que la ville de Cugnaux propose à ses spectateurs par l’entremise de son coordinateur artistique Yan Beigbeder. Sans risque pour la santé mentale, mais riche pour l’ouverture d’esprit.

 

Prochain concert : mercredi 21 novembre à 17h30 : Ciné-concert avec Christine Wodrascka et Ramon Lopez.

 

Lien internet : Mairie de Cugnaux