Pan Piper: Léo Jeannet, pianos prêts parés
Piano Extended
Pan Piper, Paris, 17 janvier
Il sera toujours question de piano bien sûr au beau milieu de la vingtaine de musiciens convoqués ici pour une première sur scène. Le concert se vivra en trois partie distinctes, avec en son centre une dite « surprise » annoncée d’entrée de jeu par Léo Jeannet maître de cérémonie.
Thibault Gomez, Estreilla Besson, Grégoire Lecouvet, Nina Gat (p)

Une session de pianos préparés vient en hors d’œuvre: Soit l’action directe de chacun et chacune des pianistes à partir de divers objets ou ustensiles exogènes au biotope de l’instrument: ficelle, aimant, pince à linge, patafix, mailloche, tringle métallique, archet interviennent en frappes, frottis, grattage, secousses etc. sous des mains appliquées, des doigts inventifs. Soit sur chacune des quatre pièces jouées à la suite la production instantanée de sons divers. On trouve dès lors de tout dans ce moment, rythmes, formes, reliefs, couleurs comme sur un marché de Kinshasa, Bamako ou qui sait, Samarcande. Question contenu exposé dans ces conditions on assiste en visuel comme en auditif à une étrange cérémonie perpétrée à huit mains, quatre par clavier, deux instrumentistes à la fois sur le même piano. Des pluies de notes tombent en averses plus ou moins harmonisées. Objet d’un rituel de frappes données à bout de doigts, parsemées. De quoi nourrir le contenu de petits motifs rythmiques.

Plus de détail quant aux compositions proposées. Quiproco signé Thibaut Gomez. Exercice libre basé sur une écriture pianistique en figures de machine à rythme. Longue partie étirée avec points de repères rythmiques appuyés. Sorte de volonté bruitiste appliquée sur peu de notes. Plus une singulière série de coups de mailloches sur le plan de cordes dans le ventre du piano. Zénith de Grégoire Lecouvet exploite un substrat de polyphonie marquée en noir et blanc sur les touches d’ivoire. De quoi accoucher de petites mélopée guillerettes sur une base d’accords croisés à deux pianos in fine générateurs de pas de danse. Nina Gat, elle, la benjamine conclue l’histoire via une ritournelle obsédante à sept temps. Elle y construit, toujours avec la complicité des trois autres pianistes, le fil d’une histoire pleine. Sans parole.
Léo Jeannet (tp), Guillaume Guedin (bas, as, direct), Quentin Louries (tp, bug), Mederic Collignon (tp), Nico Benedetti (btb), Jules Boittin (tb), Xavier Trombini (ss, as), Etienne Juan Gesta (as), Remi Scribe (ts), Balthazar Naturel (bas), Ivan Quintero (g), Thomas Julienne (b), Pierre Demange (dm) + Sandrine Marchetti, Etienne Manchon, Estreilla Besson, Enzo Carniel, Clélya Abraham, Alexis Barjot-Nercessian (p)
1 La « Surprise »

Bribes d’improvisation conjuguées en commun, échos disparates, lignes brisées… Puis les éléments instrumentaux se groupent, le volume monte pour éclater en un élan collectif quasi symphonique. Effet d’écriture, travail sur le nombre, l’addition des souffles de cuivre, de bois, de voix (Mederic Collignon, dans son rôle de trouble fête du son), de cordes (entre)mêlés. Au final se glisse une délicate trouée d’Andrea Romani au ney de bambou…
2 Panoramic Project-Piano Extended
Les pianistes compositeurs(trices ) invités définissent le climat de chaque pièce jouée.
Sandrine Marchetti pour « Elleen »

Une musique offerte en un élan nourri, généreux. Un tempo moyen apte à construire des lignes musicales élastiques, jamais (trop) tendues. Un continuum, pas d’explosion: dans le jeu global, la puissance du back ground orchestral demeure parfaitement contrôlée. Respect de l’écriture.
Estreilla Besson pour « Les Nuits d’avril »

Une très longue pièce dans laquelle on entre comme l’on se sait commencer un voyage. Le piano s’y montre très expressif, martelé jusqu’au brutal sous les assauts du couple basse batterie – incise: on parlait récemment de Buddy Rich avec Fabrice Moreau. Cette batterie là suit la filiation punchy d’une telle école…Sous la conduite de Guillaume Guedin qui a réalisé les arrangements les pupitres cartonnent aussi.
Clélya Abraham pour « Padjambel »
Un piano plus léger. Portée par une percussion douce les vagues de musiques coulent en nuances comme sa voix glisse sur les harmonies. Bugle et trombones marquent les couleurs du tableau musical exposé de notes de grave softs. La guitare restée discrète apporte une lumière.
Enzo Carniel pour Arc

Maintenant le son jaillit énorme à partir d’une masse introductive -vingt instruments et plus- dans le pic d’une basse tendue à l’archet. Le pianiste insiste, appuyant son effet de tension sur le centre du clavier. Le thème se construit dans une architecture complexe qui se libère au final, phase d’apaisement, en nuances plutôt douces. Les solos, trompette et piano, sonnent plus ou moins tempérés.
Alexis Barjot-Nercissian pour Haz

Jeu de piano volubile, une dextérité de main droite notable sur les aiguës du clavier. Le pianiste aux racines orientales s’appuie en permanence sur les rebonds de la rythmique. La bande cuivres et bois enrichit les lignes harmoniques élégantes ainsi tracées.
Etienne Manchon pour 13 h 11

Sur un morceau composé par le jeune pianiste toulousain évoquant un horaire de train pour Paris, les enchaînements, les breaks, les relances sur le clavier extériorisent un exercice de piano que l’on qualifierait (trop ?) facilement de…jazz. Le vocal de tous les pupitres de souffleurs chanté en choeur comme un murmure, plus le silo d’alto fidèle aux canons du genre, le tout accentue ce versant d’une histoire…jazzistique.
En bis : Boxing Miles, composition de Léo Jeannet.

Clélya Abraham au piano s’y recolle…avec le punch qui convient pile poil pour distribuer des coups sur un ring jazz. Dont ceux, juste avant le coup de gong, en découpe sèche, tranchante de Mederic Collignon. À la trompette cette fois.
Robert Latxague