Pau Jazz: Stefano Di Battista en dolce vita
Stefano Di Battista (as, ss), Matteo Cutello (tp), Fred Nardin (p), Daniele Sorrentino (b), André Ceccarelli (dm)
Jazz à Pau, Le Foirail, 27 février

Stephane Kochoyan avait dû regarder la veille l’intro de Benjamin Lavernhe, maître de cérémonie lors de la soirée des Césars sur le petit écran. En matière de présentateur il a fait le show: va et vient micro en main sur le devant de la scène, feuilles de notes qui s’envolent de ses mains encombrées de papiers, invitations données de la main à la main au premier rang, confidence glissée mezzo vocce doigt sur les lèvres à propos d’un mystérieux « doyen » dans l’orchestre avec coup d’oeil complice vers les coulisses. Et pourtant, pourtant… le programmateur nimois de la saison Jazz à Pau a vite trouvé son maître sur ces mêmes planches de la scène du Foirail. Stefano Di Battista, sacré maestro du genre a peuplé à son habitude son jazz façon comedia del arte autant de mots que de notes. Moit moit dans l’illustration de la Dolce Vita, son dernier album paru en quintet.
Des notes en rafales: tout de suite le musicien italien use d’une grande volubilité dans le discours tel un sax américain qui entrerait à fond en compétition pro dans un club de New York où pour survivre il faut savoir/devoir s’imposer. Sfefano Di Battista le montre d’entrée: ce métier de saxophoniste de jazz il le possède sur le bout des phalanges. Ainsi se charge-t-il sans tarder d’insuffler une pincée d’acidité dans la sonorité de son sax alto, griffe toute personnelle. Et là, dans la minute, voilà André Ceccarelli, autre vieux routier (c’est bien lui le « doyen » annoncé) des routes du jazz qui se presse de coller sur sa caisse claire quelques mesures d’un chabada d’école. Autre sorte de signature jazz.

Le contenu du concert se veut un hommage à « la musique italienne de la fin du XXe siècle ». Forte de ses compositeurs, de ses chanteurs populaires dans la Botte, des bandes originales des films des grands réalisateurs du cinéma transalpin. Tous ayant traité ces mélodies chatoyantes, séduisantes aptes à définir les bonheurs de la dite « dolce vita » Liée au cinéma justement, La vita e bella, (film réalisé et interprété par Roberto Begnini ) dans sa musique porte les accents suaves d’une belle mélodie via les souffles conjugués sax/trompette. Le piano de Fred Nardin, arrangeur inspiré de tous les morceaux joués par le quintet, poursuit ici ce climat de douce lumière en un déroulé de notes claires. L’Italie toujours et encore dans son mythe de couleurs musicales et de bel canto: Stefano Di Battista s’arrange pour faire chanter appuyé par l’orchestre un public palois ravi qui marche à fond dans la combine sur une chanson, Caruso qui vit triompher mille fois Pavaroti. L’introduction en pur solo de trompette de la part de Matteo Cuttello, contours en caresse façon Miles période cool , permet d’approfondir toutes les nuances de la ligne mélodique. Le saxophoniste lui apporte sa patte instrumentale. Attaques, enchainements, son compressé au besoin: son jeu d’alto en devient exemplaire. Puis la sonorité vire au chaud dans le souffle apaisé du soprano (La Califfa sur une partition de Ennio Morricone) Lorsqu’il cesse de « parlare » à tout va, mi entertainer maestro mi bouffon ou arlequin sans costume désigné, le musicien italien au saxophone sans conteste fait référence.

Cet album, son contenu revisité, ré-insufflé live sur scène favorise les échanges entre les instruments, le dit interplay entre les musiciens. Et surtout valorise la mélodie. Ainsi cette version de « Sentirsi solo » lancée à l’origine par la trompette de Chet Baker laisse-t-elle percer un fin feeling de blues à l’italienne, ligne mélodique sculptée au plus près note par note par « le plus jeune des frères Cutello l’autre étant saxophoniste ce qui explique que je ne l’ai pas invité à lé fête » -galège Di Battista- dans un savoir faire policé à la Berkley School de Boston. Le piano de Fred Nardin s’emploie alors à aérer le canevas harmonique, conférant au son global une certaine brillance. D’autant que les accentuations, rythmes et couleurs percussives savantes – tel ce délicieux jeu aux balais sur la caisse claire, d’une continuité, d’une souplesse, d’une légèreté…- de la part du « doyen Dédé la Science » jamais ne font défaut. Cette musique d’aspect facile, sans gène, décidément, par l échange, la vibration positive, donne à respirer un air qui vit.

Une dolce vita ?
Robert Latxague