Jazz live
Publié le 12 Août 2015

Sylvain Beuf et Dhafer Youssef au festival Jazz en Baie (Granville)

Je découvre le Festival Jazz en Baie à l’occasion de sa 6e édition. Organisé tout au long de la baie du Mont st-Michel depuis le 5 août, il est déjà passé par St-Pair sur Mer, Carolles et Avranches et fait la part belle au funk, au blues, et à la voix au sens large. Il s’accompagne d’un tremplin Jeunes Talents (le 16) et d’un stage pédagogique coordonné par Pierre Bertrand, dont le niveau d’encadrement (Sylvain Beuf, Hervé Sellin, Stéphane Huchard, Christophe Walemme entre autres) explique qu’il draine des musiciens de la France entière.


Sylvain Beuf Quartet, Théâtre de l’Archipel (Granville), mardi 11 août 18h.

Sylvain Beuf (ts), Manu Codjia (g), Philippe Bussonnet (elb), Julien Charlet (d).

 

Côté jazz instrumental, après les guitares de Gypsy Eyes (Louis Winsberg) et du Trio Rosenberg, le public a pu entendre le projet de Riccardo del Fra autour de Chet Baker (avec Pierrick Pédron et Nicolas Folmer notamment) ou encore le trio de Monty Alexander. Ce mardi 11 août, un premier concert m’a conduit au Théâtre de l’Archipel de Granville, au pied des murailles, pour entendre le quartette de Sylvain Beuf (entendu et chroniqué ici même en juin 2014 après leur performance à Jazzin’ Cheverny). Au programme, le répertoire d’un CD encore chaud, « Plénitude », dans les bacs le mois prochain. La formation est rôdée, délivrant un jazz accessible, très physique, qui ne masque pas ses références dans la fusion des décennies 70 et 80.


Beuf1


Aucune facilité excessive pour autant, la sophistication tenant chez le leader à la fois à sa prédilection pour les métriques impaires (dès Moon on the Sea), et aux textures riches surgies de l’entrecroisement des lignes mélodiques et favorisées par des constructions de longue haleine. La guitare aérienne et acidulée de Manu Codjia (fraîchement arrivé de Marciac où il croisa le fer avec Emile Parisien et Michel Portal) se marie au mieux avec le ténor plus charnu, terrien mais tranchant par la précision de Sylvain Beuf. La mobilité féline de la basse électrique de Philippe Bussonnet convient parfaitement à cette texture tout en veinures, même si l’audition pâtit d’une réverbération excessive. Peu importe finalement, les espaces sont généreusement ouverts, les mises en place fines et la qualité des nuances remarquable. Clark and Division s’impose comme la pièce maîtresse, la construction la plus ambitieuse du programme avec son vaste crescendo collectif …. (à 23/8 si j’ai bien compté !).


Beuf2


En bis, une décoiffante Irish Walk finement soutenue, comme de bout en bout, par un Julien Charlet parfait dans son dosage, et toujours intéressant à suivre en solo. Finesse et générosité, performances individuelles jamais détachées de la « Plénitude » du collectif, une réjouissante entrée en matière en résumé.

 

Dhafer Youssef Quartet, Scène du Roc (Granville), mardi 11 août 20h.

Dhafer Youssef (oud, voc), Kristjan Randalu (p), Phil Donkin (b), Ferenc Nemeth (d).

 

La Scène du Roc consiste en un vaste chapiteau installé sur les hauteurs fortifiées de la vieille ville, un décor grandiose amplifié pour l’occasion par une météo agitée – vents et nuages gris démultipliant les ressources du décor naturel. Réfugiée à l’intérieur, une plutôt belle affluence pour le ticket Dhafer Youssef- Yuri Buenaventura programmé en seconde partie de soirée.


Youssef1


L’introduction voix-piano requiert et obtient d’emblée une qualité d’écoute et de silence que le public maintiendra (il en sera d’ailleurs remercié) tout au long du programme du chanteur et oudiste tunisien. La voix est souple et ductile jusqu’aux frontières du suraigu, le pianiste estonien Kristjan Randalu trouvant d’intéressantes combinaisons pour en soutenir la progression par paliers et les résonances parfois inattendues. A la concentration lyrique de la mélopée succède rapidement, avec l’entrée du groupe complet, l’autre facette de la musique de Youssef, centrée sur son goût des cycles rythmiques inlassablement répétés. On retrouvera d’ailleurs tout au long du set cette alternance assez stricte entre l’intimisme du chant et l’énergie plus exubérante des mélodies souvent à l’unisson de l’oud et du piano. Teinté de modalité orientale, certes, le langage musical emprunte à d’autres traditions (la seconde pièce a même quelques résonances celtiques…), et le son du trio n’est pas sans rappeler celui d’un certain Avishaï Cohen (le contrebassiste, naturellement).


Youssef2


Un rien distant, Dhafer Youssef communique d’une façon singulière, presque chorégraphique avec ses partenaires comme avec le public, par des gestes amples, souples et directifs à la fois tandis que le claquement des voiles supérieures du chapiteau rappelle aux auditeurs, à chaque retour au calme, la proximité des éléments naturels. Au-delà de quelques effets répétitifs ou de quelques clichés sans doute inévitables dans le mariage du jazz et de l’Orient – mariage amplement consommé depuis une dizaine d’années avec plus ou moins de bonheur – je sors de ce concert globalement enthousiaste. Impressionné même, notamment par l’extrême précision dans la décontraction du batteur hongrois Ferenc Nemeth, ou par la justesse des placements et interventions du pianiste, époustouflant dans son dernier chorus (Khamsa). Les oreilles suffisamment nourries pour la soirée, et dans la perspective d’un lever très matinal, je quitte la Scène du Roc avant le concert de Yuri Buenaventura.

par Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Richard Galliano avec Philippe Aerts et Van Oosterhout, Théâtre de l’Archipel, 18h

Brooklyn Funk Essentials, Scène du Roc, 20h

Jimmy Cliff, Scène du Roc, 22h15

jazzenbaie.com

   

 

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Je découvre le Festival Jazz en Baie à l’occasion de sa 6e édition. Organisé tout au long de la baie du Mont st-Michel depuis le 5 août, il est déjà passé par St-Pair sur Mer, Carolles et Avranches et fait la part belle au funk, au blues, et à la voix au sens large. Il s’accompagne d’un tremplin Jeunes Talents (le 16) et d’un stage pédagogique coordonné par Pierre Bertrand, dont le niveau d’encadrement (Sylvain Beuf, Hervé Sellin, Stéphane Huchard, Christophe Walemme entre autres) explique qu’il draine des musiciens de la France entière.


Sylvain Beuf Quartet, Théâtre de l’Archipel (Granville), mardi 11 août 18h.

Sylvain Beuf (ts), Manu Codjia (g), Philippe Bussonnet (elb), Julien Charlet (d).

 

Côté jazz instrumental, après les guitares de Gypsy Eyes (Louis Winsberg) et du Trio Rosenberg, le public a pu entendre le projet de Riccardo del Fra autour de Chet Baker (avec Pierrick Pédron et Nicolas Folmer notamment) ou encore le trio de Monty Alexander. Ce mardi 11 août, un premier concert m’a conduit au Théâtre de l’Archipel de Granville, au pied des murailles, pour entendre le quartette de Sylvain Beuf (entendu et chroniqué ici même en juin 2014 après leur performance à Jazzin’ Cheverny). Au programme, le répertoire d’un CD encore chaud, « Plénitude », dans les bacs le mois prochain. La formation est rôdée, délivrant un jazz accessible, très physique, qui ne masque pas ses références dans la fusion des décennies 70 et 80.


Beuf1


Aucune facilité excessive pour autant, la sophistication tenant chez le leader à la fois à sa prédilection pour les métriques impaires (dès Moon on the Sea), et aux textures riches surgies de l’entrecroisement des lignes mélodiques et favorisées par des constructions de longue haleine. La guitare aérienne et acidulée de Manu Codjia (fraîchement arrivé de Marciac où il croisa le fer avec Emile Parisien et Michel Portal) se marie au mieux avec le ténor plus charnu, terrien mais tranchant par la précision de Sylvain Beuf. La mobilité féline de la basse électrique de Philippe Bussonnet convient parfaitement à cette texture tout en veinures, même si l’audition pâtit d’une réverbération excessive. Peu importe finalement, les espaces sont généreusement ouverts, les mises en place fines et la qualité des nuances remarquable. Clark and Division s’impose comme la pièce maîtresse, la construction la plus ambitieuse du programme avec son vaste crescendo collectif …. (à 23/8 si j’ai bien compté !).


Beuf2


En bis, une décoiffante Irish Walk finement soutenue, comme de bout en bout, par un Julien Charlet parfait dans son dosage, et toujours intéressant à suivre en solo. Finesse et générosité, performances individuelles jamais détachées de la « Plénitude » du collectif, une réjouissante entrée en matière en résumé.

 

Dhafer Youssef Quartet, Scène du Roc (Granville), mardi 11 août 20h.

Dhafer Youssef (oud, voc), Kristjan Randalu (p), Phil Donkin (b), Ferenc Nemeth (d).

 

La Scène du Roc consiste en un vaste chapiteau installé sur les hauteurs fortifiées de la vieille ville, un décor grandiose amplifié pour l’occasion par une météo agitée – vents et nuages gris démultipliant les ressources du décor naturel. Réfugiée à l’intérieur, une plutôt belle affluence pour le ticket Dhafer Youssef- Yuri Buenaventura programmé en seconde partie de soirée.


Youssef1


L’introduction voix-piano requiert et obtient d’emblée une qualité d’écoute et de silence que le public maintiendra (il en sera d’ailleurs remercié) tout au long du programme du chanteur et oudiste tunisien. La voix est souple et ductile jusqu’aux frontières du suraigu, le pianiste estonien Kristjan Randalu trouvant d’intéressantes combinaisons pour en soutenir la progression par paliers et les résonances parfois inattendues. A la concentration lyrique de la mélopée succède rapidement, avec l’entrée du groupe complet, l’autre facette de la musique de Youssef, centrée sur son goût des cycles rythmiques inlassablement répétés. On retrouvera d’ailleurs tout au long du set cette alternance assez stricte entre l’intimisme du chant et l’énergie plus exubérante des mélodies souvent à l’unisson de l’oud et du piano. Teinté de modalité orientale, certes, le langage musical emprunte à d’autres traditions (la seconde pièce a même quelques résonances celtiques…), et le son du trio n’est pas sans rappeler celui d’un certain Avishaï Cohen (le contrebassiste, naturellement).


Youssef2


Un rien distant, Dhafer Youssef communique d’une façon singulière, presque chorégraphique avec ses partenaires comme avec le public, par des gestes amples, souples et directifs à la fois tandis que le claquement des voiles supérieures du chapiteau rappelle aux auditeurs, à chaque retour au calme, la proximité des éléments naturels. Au-delà de quelques effets répétitifs ou de quelques clichés sans doute inévitables dans le mariage du jazz et de l’Orient – mariage amplement consommé depuis une dizaine d’années avec plus ou moins de bonheur – je sors de ce concert globalement enthousiaste. Impressionné même, notamment par l’extrême précision dans la décontraction du batteur hongrois Ferenc Nemeth, ou par la justesse des placements et interventions du pianiste, époustouflant dans son dernier chorus (Khamsa). Les oreilles suffisamment nourries pour la soirée, et dans la perspective d’un lever très matinal, je quitte la Scène du Roc avant le concert de Yuri Buenaventura.

par Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Richard Galliano avec Philippe Aerts et Van Oosterhout, Théâtre de l’Archipel, 18h

Brooklyn Funk Essentials, Scène du Roc, 20h

Jimmy Cliff, Scène du Roc, 22h15

jazzenbaie.com

   

 

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Je découvre le Festival Jazz en Baie à l’occasion de sa 6e édition. Organisé tout au long de la baie du Mont st-Michel depuis le 5 août, il est déjà passé par St-Pair sur Mer, Carolles et Avranches et fait la part belle au funk, au blues, et à la voix au sens large. Il s’accompagne d’un tremplin Jeunes Talents (le 16) et d’un stage pédagogique coordonné par Pierre Bertrand, dont le niveau d’encadrement (Sylvain Beuf, Hervé Sellin, Stéphane Huchard, Christophe Walemme entre autres) explique qu’il draine des musiciens de la France entière.


Sylvain Beuf Quartet, Théâtre de l’Archipel (Granville), mardi 11 août 18h.

Sylvain Beuf (ts), Manu Codjia (g), Philippe Bussonnet (elb), Julien Charlet (d).

 

Côté jazz instrumental, après les guitares de Gypsy Eyes (Louis Winsberg) et du Trio Rosenberg, le public a pu entendre le projet de Riccardo del Fra autour de Chet Baker (avec Pierrick Pédron et Nicolas Folmer notamment) ou encore le trio de Monty Alexander. Ce mardi 11 août, un premier concert m’a conduit au Théâtre de l’Archipel de Granville, au pied des murailles, pour entendre le quartette de Sylvain Beuf (entendu et chroniqué ici même en juin 2014 après leur performance à Jazzin’ Cheverny). Au programme, le répertoire d’un CD encore chaud, « Plénitude », dans les bacs le mois prochain. La formation est rôdée, délivrant un jazz accessible, très physique, qui ne masque pas ses références dans la fusion des décennies 70 et 80.


Beuf1


Aucune facilité excessive pour autant, la sophistication tenant chez le leader à la fois à sa prédilection pour les métriques impaires (dès Moon on the Sea), et aux textures riches surgies de l’entrecroisement des lignes mélodiques et favorisées par des constructions de longue haleine. La guitare aérienne et acidulée de Manu Codjia (fraîchement arrivé de Marciac où il croisa le fer avec Emile Parisien et Michel Portal) se marie au mieux avec le ténor plus charnu, terrien mais tranchant par la précision de Sylvain Beuf. La mobilité féline de la basse électrique de Philippe Bussonnet convient parfaitement à cette texture tout en veinures, même si l’audition pâtit d’une réverbération excessive. Peu importe finalement, les espaces sont généreusement ouverts, les mises en place fines et la qualité des nuances remarquable. Clark and Division s’impose comme la pièce maîtresse, la construction la plus ambitieuse du programme avec son vaste crescendo collectif …. (à 23/8 si j’ai bien compté !).


Beuf2


En bis, une décoiffante Irish Walk finement soutenue, comme de bout en bout, par un Julien Charlet parfait dans son dosage, et toujours intéressant à suivre en solo. Finesse et générosité, performances individuelles jamais détachées de la « Plénitude » du collectif, une réjouissante entrée en matière en résumé.

 

Dhafer Youssef Quartet, Scène du Roc (Granville), mardi 11 août 20h.

Dhafer Youssef (oud, voc), Kristjan Randalu (p), Phil Donkin (b), Ferenc Nemeth (d).

 

La Scène du Roc consiste en un vaste chapiteau installé sur les hauteurs fortifiées de la vieille ville, un décor grandiose amplifié pour l’occasion par une météo agitée – vents et nuages gris démultipliant les ressources du décor naturel. Réfugiée à l’intérieur, une plutôt belle affluence pour le ticket Dhafer Youssef- Yuri Buenaventura programmé en seconde partie de soirée.


Youssef1


L’introduction voix-piano requiert et obtient d’emblée une qualité d’écoute et de silence que le public maintiendra (il en sera d’ailleurs remercié) tout au long du programme du chanteur et oudiste tunisien. La voix est souple et ductile jusqu’aux frontières du suraigu, le pianiste estonien Kristjan Randalu trouvant d’intéressantes combinaisons pour en soutenir la progression par paliers et les résonances parfois inattendues. A la concentration lyrique de la mélopée succède rapidement, avec l’entrée du groupe complet, l’autre facette de la musique de Youssef, centrée sur son goût des cycles rythmiques inlassablement répétés. On retrouvera d’ailleurs tout au long du set cette alternance assez stricte entre l’intimisme du chant et l’énergie plus exubérante des mélodies souvent à l’unisson de l’oud et du piano. Teinté de modalité orientale, certes, le langage musical emprunte à d’autres traditions (la seconde pièce a même quelques résonances celtiques…), et le son du trio n’est pas sans rappeler celui d’un certain Avishaï Cohen (le contrebassiste, naturellement).


Youssef2


Un rien distant, Dhafer Youssef communique d’une façon singulière, presque chorégraphique avec ses partenaires comme avec le public, par des gestes amples, souples et directifs à la fois tandis que le claquement des voiles supérieures du chapiteau rappelle aux auditeurs, à chaque retour au calme, la proximité des éléments naturels. Au-delà de quelques effets répétitifs ou de quelques clichés sans doute inévitables dans le mariage du jazz et de l’Orient – mariage amplement consommé depuis une dizaine d’années avec plus ou moins de bonheur – je sors de ce concert globalement enthousiaste. Impressionné même, notamment par l’extrême précision dans la décontraction du batteur hongrois Ferenc Nemeth, ou par la justesse des placements et interventions du pianiste, époustouflant dans son dernier chorus (Khamsa). Les oreilles suffisamment nourries pour la soirée, et dans la perspective d’un lever très matinal, je quitte la Scène du Roc avant le concert de Yuri Buenaventura.

par Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Richard Galliano avec Philippe Aerts et Van Oosterhout, Théâtre de l’Archipel, 18h

Brooklyn Funk Essentials, Scène du Roc, 20h

Jimmy Cliff, Scène du Roc, 22h15

jazzenbaie.com

   

 

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Je découvre le Festival Jazz en Baie à l’occasion de sa 6e édition. Organisé tout au long de la baie du Mont st-Michel depuis le 5 août, il est déjà passé par St-Pair sur Mer, Carolles et Avranches et fait la part belle au funk, au blues, et à la voix au sens large. Il s’accompagne d’un tremplin Jeunes Talents (le 16) et d’un stage pédagogique coordonné par Pierre Bertrand, dont le niveau d’encadrement (Sylvain Beuf, Hervé Sellin, Stéphane Huchard, Christophe Walemme entre autres) explique qu’il draine des musiciens de la France entière.


Sylvain Beuf Quartet, Théâtre de l’Archipel (Granville), mardi 11 août 18h.

Sylvain Beuf (ts), Manu Codjia (g), Philippe Bussonnet (elb), Julien Charlet (d).

 

Côté jazz instrumental, après les guitares de Gypsy Eyes (Louis Winsberg) et du Trio Rosenberg, le public a pu entendre le projet de Riccardo del Fra autour de Chet Baker (avec Pierrick Pédron et Nicolas Folmer notamment) ou encore le trio de Monty Alexander. Ce mardi 11 août, un premier concert m’a conduit au Théâtre de l’Archipel de Granville, au pied des murailles, pour entendre le quartette de Sylvain Beuf (entendu et chroniqué ici même en juin 2014 après leur performance à Jazzin’ Cheverny). Au programme, le répertoire d’un CD encore chaud, « Plénitude », dans les bacs le mois prochain. La formation est rôdée, délivrant un jazz accessible, très physique, qui ne masque pas ses références dans la fusion des décennies 70 et 80.


Beuf1


Aucune facilité excessive pour autant, la sophistication tenant chez le leader à la fois à sa prédilection pour les métriques impaires (dès Moon on the Sea), et aux textures riches surgies de l’entrecroisement des lignes mélodiques et favorisées par des constructions de longue haleine. La guitare aérienne et acidulée de Manu Codjia (fraîchement arrivé de Marciac où il croisa le fer avec Emile Parisien et Michel Portal) se marie au mieux avec le ténor plus charnu, terrien mais tranchant par la précision de Sylvain Beuf. La mobilité féline de la basse électrique de Philippe Bussonnet convient parfaitement à cette texture tout en veinures, même si l’audition pâtit d’une réverbération excessive. Peu importe finalement, les espaces sont généreusement ouverts, les mises en place fines et la qualité des nuances remarquable. Clark and Division s’impose comme la pièce maîtresse, la construction la plus ambitieuse du programme avec son vaste crescendo collectif …. (à 23/8 si j’ai bien compté !).


Beuf2


En bis, une décoiffante Irish Walk finement soutenue, comme de bout en bout, par un Julien Charlet parfait dans son dosage, et toujours intéressant à suivre en solo. Finesse et générosité, performances individuelles jamais détachées de la « Plénitude » du collectif, une réjouissante entrée en matière en résumé.

 

Dhafer Youssef Quartet, Scène du Roc (Granville), mardi 11 août 20h.

Dhafer Youssef (oud, voc), Kristjan Randalu (p), Phil Donkin (b), Ferenc Nemeth (d).

 

La Scène du Roc consiste en un vaste chapiteau installé sur les hauteurs fortifiées de la vieille ville, un décor grandiose amplifié pour l’occasion par une météo agitée – vents et nuages gris démultipliant les ressources du décor naturel. Réfugiée à l’intérieur, une plutôt belle affluence pour le ticket Dhafer Youssef- Yuri Buenaventura programmé en seconde partie de soirée.


Youssef1


L’introduction voix-piano requiert et obtient d’emblée une qualité d’écoute et de silence que le public maintiendra (il en sera d’ailleurs remercié) tout au long du programme du chanteur et oudiste tunisien. La voix est souple et ductile jusqu’aux frontières du suraigu, le pianiste estonien Kristjan Randalu trouvant d’intéressantes combinaisons pour en soutenir la progression par paliers et les résonances parfois inattendues. A la concentration lyrique de la mélopée succède rapidement, avec l’entrée du groupe complet, l’autre facette de la musique de Youssef, centrée sur son goût des cycles rythmiques inlassablement répétés. On retrouvera d’ailleurs tout au long du set cette alternance assez stricte entre l’intimisme du chant et l’énergie plus exubérante des mélodies souvent à l’unisson de l’oud et du piano. Teinté de modalité orientale, certes, le langage musical emprunte à d’autres traditions (la seconde pièce a même quelques résonances celtiques…), et le son du trio n’est pas sans rappeler celui d’un certain Avishaï Cohen (le contrebassiste, naturellement).


Youssef2


Un rien distant, Dhafer Youssef communique d’une façon singulière, presque chorégraphique avec ses partenaires comme avec le public, par des gestes amples, souples et directifs à la fois tandis que le claquement des voiles supérieures du chapiteau rappelle aux auditeurs, à chaque retour au calme, la proximité des éléments naturels. Au-delà de quelques effets répétitifs ou de quelques clichés sans doute inévitables dans le mariage du jazz et de l’Orient – mariage amplement consommé depuis une dizaine d’années avec plus ou moins de bonheur – je sors de ce concert globalement enthousiaste. Impressionné même, notamment par l’extrême précision dans la décontraction du batteur hongrois Ferenc Nemeth, ou par la justesse des placements et interventions du pianiste, époustouflant dans son dernier chorus (Khamsa). Les oreilles suffisamment nourries pour la soirée, et dans la perspective d’un lever très matinal, je quitte la Scène du Roc avant le concert de Yuri Buenaventura.

par Vincent Cotro

Photos : Chloé Robine

 

Ce soir :

Richard Galliano avec Philippe Aerts et Van Oosterhout, Théâtre de l’Archipel, 18h

Brooklyn Funk Essentials, Scène du Roc, 20h

Jimmy Cliff, Scène du Roc, 22h15

jazzenbaie.com