The Harlem Gospel Travelers à la Maroquinerie
2 février 2026
Le principe selon lequel les absents ont toujours tort se vérifie régulièrement à l’occasion des concerts, et cette soirée avec les Harlem Gospel Travelers, en ouverture du festival itinérant les Nuits de l’Alligator, est venu en confirmer la pertinence : si la Maroquinerie était loin d’être remplie pour accueillir le trio new-yorkais, de retour en France après une tournée très réussie au printemps 2023 et quelques dates festivalières à l’été, l’enthousiasme des présents a fait plus que compenser.
Pas de première partie ni de round d’observation : à peine le temps de remarquer que le groupe d’accompagnement se limite cette fois-ci à un duo (complété par des bandes) avec Kyle Lacy à la guitare et Chauncey Yearwood à la batterie, tous deux déjà présents en 2023, que les trois chanteurs – les deux membres fondateurs George Marage et Thomas « Ifedayo’ Gatling et Dennis Keith Bailey III qui les a rejoint à partir du deuxième album – déboulent sur scène au son de « He’s On Time », la chanson titre de leur premier disque. Les costumes et les chorégraphies – réglées au millimètre – sont un peu « over the top », sous inspiration des groupes soul seventies les plus extravertis, entre les Temptations et les Chi-Lites, mais la musique reste au cœur du programme, avec un répertoire emprunté aux différents enregistrements du groupe, et notamment à leur dernier, Rhapsody, qui leur a valu une nomination aux Grammys l’an passé. Compositions originales du groupe, à l’image de « Hold Your Head Up » et de « God’s In Control », et morceaux écrits pour lui, comme l’irrésistible « Look Up ! » signé par leur mentor Eli « Paperboy » Reed avec Aaron Frazer (de Durand Jones & The Indications) partagent sans rupture de ton le programme avec quelques classiques méconnus de la scène gospel indépendante des années 1960 et 1970, parmi lesquels « We Don’t Love Enough » des Triumphs (qui incorpore quelques phrases du « War » d’Edwin Starr), « Somebody’s Watching You » des Sacred Four ou « How Can I Lose » de Shirley Ann Lee. Seul « This Little Light Of Mine », prétexte à faire participer un public qui ne demande que ça, est une reprise un peu plus familière…
Les trois chanteurs se partagent les voix principales, parfois au sein d’un même morceau, et assurent en parallèle les chœurs, Gatling et Bailey s’offrant, sous les encouragements ironiques de leurs collègues quelques spectaculaires passages en falsetto qui font frissonner la salle. Si les thématiques ne s’éloignent jamais longtemps du registre spirituel, le show lui se nourrit volontiers du goût de la mise en scène de la soul, entre déplacements chorégraphiés et un changement de costume en plein milieu du concert. L’ensemble se déroule sur un rythme endiablé (oui, c’est exprès) pendant une bonne heure qui conduit tant les chanteurs que le public au bout de l’épuisement, mais le groupe revient volontiers pour un rappel à rallonge, pendant lequel Gatling descend chanter au milieu de spectateurs ravis, qui se ruent ensuite sur le stand de merchandising pour repartir avec un souvenir discographique de la soirée.
Les passages français de groupes de gospel américains sont une vraie rareté, mais l’enthousiasme des spectateurs ce soir confirme qu’il existe un public pour cette musique. Reste aux clubs et aux festivals de trouver la place dans leur programmation pour l’accueillir…
Frédéric Adrian