Une soirée “Jazz sur le vif” contrastée - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 11 Jan 2026

Une soirée “Jazz sur le vif” contrastée

Titre pudique pour un compte rendu également contrasté : hier, 10 janvier, sur la scène du 104 de Radio France, la chanteuse et compositrice Ellinoa et son quintette de chambre “Mejiro” se produisait en première partie du saxophoniste Jowe Omicil.

Xavier Prévost (le 25 octobre dernier) comme moi-même (en juin dernier ) avait déjà salué dans ces pages le nouveau programme d’Ellinoa. Le recul d’un deuxième concert nous rendrait-il plus réservé ? C’est la même séduction qu’exerce cette écriture active, dynamique, qui magnifie la tradition des cordes à archet avec malice, y mêlant avec plus que de l’adresse le feutre des flûtes (en ut, en sol, plus un ocarina), le métallique de la mandoline, plus les voix, celle aérienne d’Ellinoa à laquelle font écho ici et là celles de ses comparses, et encore ce sens du détail avec lequel la compositrice et chanteuse écrit et dirige, ponctuant ici et là sa partition d’une touche de métallophone. Musique de chambre, sens orfèvre du détail, dotés de cette plasticité rythmique et de cette invitation à l’initiative individuelle qui viennent du jazz, assumées l’une et l’autre par ses complices. Plus un sens du programme et du récit qui porte l’œuvre d’Ellinoa depuis ses premières créations.

Ellinoa (voix, glockenspiel, composition et arrangements), Alba Obert (violon), Mathilde Vech (violon alto), Juliette Serrad (violoncelle), Arthur Henn (mandoline), Christelle Raquillet (flûtes, ocarina).

Pour ce qui est de la deuxième partie et cette “Bwa Kayiman Freedom Suite” présentée comme la célébration du soulèvement des esclaves de l’île d’Haiti en 1791, tout à la fois rituel religieux et rassemblement politique, quoique d’un naturel méfiant vis à vis des bigoteries et chasubles du “spiritual jazz”, je m’étais laissé attirer par le propos renvoyant à l’Histoire des Caraïbes et à ce jazz militant des sixties incarné par Max Roach et Archie Shepp. Plus encore, quelques échantillons sonores sur le net m’avaient interpelé quant à la dimension polyrythmique de ce tandem de batterie.

L’entrée de Jowee Omicil revêtu et encapuchonné d’une djellaba et proférant quelques formules rituelles séduisit d’autant plus le public que celui-ci fut invité à reprendre en chœur et à frapper dans ses mains. Se dévêtant successivement de sa soutane et de sweat shirts et t-shirts superposés, passant de l’un de ses saxophones à quelque idiophone retiré fiévreusement d’un grand sac fourre-tout, il fit preuve d’une débauche d’énergie, d’une gestuelle – il faut bien le dire – acrobatique et athlétique et, en dépit d’un esprit de totale improvisation, spectaculairement articulée avec son orchestre. Soit une sorte de cérémonie vaudou revue par un Achille Zavatta survolté. J’aurai rapidement fui, si, à l’arrière-plan de cette pitoyable débauche démagogique où le piano faisait figuration, il n’y avait eu cette très étourdissante polyrythmie fournie par la basse et les deux batteries, d’autant plus captivante que l’absence de sonorisation en préservait tout le relief en cette salle où l’on a vu trop souvent les ingénieurs du son écraser le relief des orchestres amplifiés. Triomphe public à douter de soi. Franck Bergerot

Jowee Omicil (saxophones, clarinettes, claviers, chant), Jonathan Jurion (piano), Jendah Manga (basse électrique), Tiss Rodriguez Yoann Danier (batterie).

À suivre dans Jazz sur le vif, le 28 février: Sullivan Fortner Trio et le duo Olivier Ker Ourio / Manuel Rocheman.