Jazz live
Publié le 24 Nov 2012

Variations Goldberg (G. Foccroulle) & La Friture Moderne à Cugnaux (31)

Dernière soirée très contrastée à Cugnaux (31), pour la conclusion de la quatrième édition de la « semaine jazz », une manifestation qui prend visiblement sur le public local, et s’annonce plutôt bien pour l’avenir. Grand écart même, entre les « Variations Goldberg » de Jean-Sébastien Bach, revisitées par Geneviève Foccroulle, qui aura auparavant « traficoté » son piano, et le parcours un peu fou de la « Friture Moderne » à travers les airs fameux ou oubliés de l’année 1969.

 

Geneviève Foccroule (p, p préparé)

Walter Barbera (tp, voc), Benoît Casamayou (acc, voc), Marc Démereau (as, voc, arr, comp, direction musicale), Fabien Duscombs (dm), Ruben Gulu (tb, voc), Piéro Pépin (tp, voc), Olivier Selvert (ts, voc), Mathieu Sourisseau (soubassophone, voc)

 

Mais commençons par le baroque, avant d’en venir au rock tout court. On a souvent souligné les liens entre l’écriture du XVIII° siècle, avec ses notations et ses basses chiffrées, et celle qui guide les jazzmen dans leurs progressions d’accords. Par ailleurs, Bach a très souvent été sollicité pour des adaptations jazzées, dont la plus fameuse en terme de célébrité médiatique fut celle de Jacques Loussier. Dans le cas présent, il s’agit de toute autre chose, puisque Geneviève Foccroulle (neuf CD chez Leo Records, la musique d’Anthony Braxton jouée au piano, « Piano Music, 1968 – 2000 ») souhaite jouer les Variations Goldberg sans rien changer dans le texte, mais en modifiant le son de son grand Steinway à sa guise, au moyen de divers instruments, outils et feuilles de papier, disposés, posés, collés, puis enlevés, décollés ou rajoutés tout au long du concert. Une sorte de jeu entre Bach et Cage, si l’on veut. Après un exposé du thème plutôt grinçant et quelque peu distordu par le papier, l’interprète va jouer l’ensemble des variations avec un maximum d’attention, ne donnant à son piano qu’une coloration d’ensemble un peu étouffée, de façon qu’on ait l’impression d’un « piano forte » plus que d’un grand Steinway moderne, particulièrement brillant d’ailleurs. Et c’est dans la réexposition du thème, à la fin, que par le biais d’une boîte, d’une brosse et d’un linge, elle finira par donner de façon très convaincante le sentiment qu’on entend à la fois un claveçin, un piano forte et un grand piano. En même temps ! La liberté du son est seulement ici poussée un peu plus loin que d’habitude, et par des moyens autres que ceux qui prévalent dans les interprétations classiques. Rien de très choquant aujourd’hui, rien qui empêche d’accéder à la musique, et c’est bien l’essentiel.

 

Après un temps de palabres et discussions autour d’un verre de Gaillac nouveau, où l’interprète fut très sollicitée et interrogée, place de nouveau à la musique et au spectacle avec « La Friture Moderne », cette fanfare toulousaine animée par Marc Démereau, dont le projet était hier soir « d’en finir avec 69 », histoire de rappeler qu’un président de la République aujourd’hui écarté avait voulu faire de même avec 68… Prétexte. Prétexte à nous faire repasser des thèmes illustres ou méconnus, de Mercedes Benz de Janis Joplin à Comme à la radio de Brigitte Fontaine en passant par des flambées empruntées au Liberation Music Orchestra ou des envolées liées au roi cramoisi. 

 

J’ai un problème récurrent avec les fanfares, et leur rapport avec la musique populaire. Pour aller vite, disons que je soutiens mal la vision, la mise en spectacle, de ce que l’on pourrait appeler le « débridé », et que je ne supporte la musique souvent extérieurement « joyeuse » qui en découle que lorsqu’elle consent à s’assombrir, et à reconnaître dans l’évocation des luttes populaires ce qu’elles n’ont été au cours des temps : une succession d’échecs dont on ne peut que déplorer l’éternel retour. Le peuple uni ne vaincra jamais, car l’idée même d’un peuple uni est imaginaire. La plupart du temps, il confie cette unité à un seul, et se donne donc à un dictateur. Cet imaginaire sous tend notre vie, je le reconnais, mais en même temps je ne peux y croire une seule seconde. Mais cela ne touche pas, évidemment, à la qualité de la prestation de la « Friture Moderne », et au travail considérable qui s’y entend. 

 

Philippe Méziat

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Dernière soirée très contrastée à Cugnaux (31), pour la conclusion de la quatrième édition de la « semaine jazz », une manifestation qui prend visiblement sur le public local, et s’annonce plutôt bien pour l’avenir. Grand écart même, entre les « Variations Goldberg » de Jean-Sébastien Bach, revisitées par Geneviève Foccroulle, qui aura auparavant « traficoté » son piano, et le parcours un peu fou de la « Friture Moderne » à travers les airs fameux ou oubliés de l’année 1969.

 

Geneviève Foccroule (p, p préparé)

Walter Barbera (tp, voc), Benoît Casamayou (acc, voc), Marc Démereau (as, voc, arr, comp, direction musicale), Fabien Duscombs (dm), Ruben Gulu (tb, voc), Piéro Pépin (tp, voc), Olivier Selvert (ts, voc), Mathieu Sourisseau (soubassophone, voc)

 

Mais commençons par le baroque, avant d’en venir au rock tout court. On a souvent souligné les liens entre l’écriture du XVIII° siècle, avec ses notations et ses basses chiffrées, et celle qui guide les jazzmen dans leurs progressions d’accords. Par ailleurs, Bach a très souvent été sollicité pour des adaptations jazzées, dont la plus fameuse en terme de célébrité médiatique fut celle de Jacques Loussier. Dans le cas présent, il s’agit de toute autre chose, puisque Geneviève Foccroulle (neuf CD chez Leo Records, la musique d’Anthony Braxton jouée au piano, « Piano Music, 1968 – 2000 ») souhaite jouer les Variations Goldberg sans rien changer dans le texte, mais en modifiant le son de son grand Steinway à sa guise, au moyen de divers instruments, outils et feuilles de papier, disposés, posés, collés, puis enlevés, décollés ou rajoutés tout au long du concert. Une sorte de jeu entre Bach et Cage, si l’on veut. Après un exposé du thème plutôt grinçant et quelque peu distordu par le papier, l’interprète va jouer l’ensemble des variations avec un maximum d’attention, ne donnant à son piano qu’une coloration d’ensemble un peu étouffée, de façon qu’on ait l’impression d’un « piano forte » plus que d’un grand Steinway moderne, particulièrement brillant d’ailleurs. Et c’est dans la réexposition du thème, à la fin, que par le biais d’une boîte, d’une brosse et d’un linge, elle finira par donner de façon très convaincante le sentiment qu’on entend à la fois un claveçin, un piano forte et un grand piano. En même temps ! La liberté du son est seulement ici poussée un peu plus loin que d’habitude, et par des moyens autres que ceux qui prévalent dans les interprétations classiques. Rien de très choquant aujourd’hui, rien qui empêche d’accéder à la musique, et c’est bien l’essentiel.

 

Après un temps de palabres et discussions autour d’un verre de Gaillac nouveau, où l’interprète fut très sollicitée et interrogée, place de nouveau à la musique et au spectacle avec « La Friture Moderne », cette fanfare toulousaine animée par Marc Démereau, dont le projet était hier soir « d’en finir avec 69 », histoire de rappeler qu’un président de la République aujourd’hui écarté avait voulu faire de même avec 68… Prétexte. Prétexte à nous faire repasser des thèmes illustres ou méconnus, de Mercedes Benz de Janis Joplin à Comme à la radio de Brigitte Fontaine en passant par des flambées empruntées au Liberation Music Orchestra ou des envolées liées au roi cramoisi. 

 

J’ai un problème récurrent avec les fanfares, et leur rapport avec la musique populaire. Pour aller vite, disons que je soutiens mal la vision, la mise en spectacle, de ce que l’on pourrait appeler le « débridé », et que je ne supporte la musique souvent extérieurement « joyeuse » qui en découle que lorsqu’elle consent à s’assombrir, et à reconnaître dans l’évocation des luttes populaires ce qu’elles n’ont été au cours des temps : une succession d’échecs dont on ne peut que déplorer l’éternel retour. Le peuple uni ne vaincra jamais, car l’idée même d’un peuple uni est imaginaire. La plupart du temps, il confie cette unité à un seul, et se donne donc à un dictateur. Cet imaginaire sous tend notre vie, je le reconnais, mais en même temps je ne peux y croire une seule seconde. Mais cela ne touche pas, évidemment, à la qualité de la prestation de la « Friture Moderne », et au travail considérable qui s’y entend. 

 

Philippe Méziat

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Dernière soirée très contrastée à Cugnaux (31), pour la conclusion de la quatrième édition de la « semaine jazz », une manifestation qui prend visiblement sur le public local, et s’annonce plutôt bien pour l’avenir. Grand écart même, entre les « Variations Goldberg » de Jean-Sébastien Bach, revisitées par Geneviève Foccroulle, qui aura auparavant « traficoté » son piano, et le parcours un peu fou de la « Friture Moderne » à travers les airs fameux ou oubliés de l’année 1969.

 

Geneviève Foccroule (p, p préparé)

Walter Barbera (tp, voc), Benoît Casamayou (acc, voc), Marc Démereau (as, voc, arr, comp, direction musicale), Fabien Duscombs (dm), Ruben Gulu (tb, voc), Piéro Pépin (tp, voc), Olivier Selvert (ts, voc), Mathieu Sourisseau (soubassophone, voc)

 

Mais commençons par le baroque, avant d’en venir au rock tout court. On a souvent souligné les liens entre l’écriture du XVIII° siècle, avec ses notations et ses basses chiffrées, et celle qui guide les jazzmen dans leurs progressions d’accords. Par ailleurs, Bach a très souvent été sollicité pour des adaptations jazzées, dont la plus fameuse en terme de célébrité médiatique fut celle de Jacques Loussier. Dans le cas présent, il s’agit de toute autre chose, puisque Geneviève Foccroulle (neuf CD chez Leo Records, la musique d’Anthony Braxton jouée au piano, « Piano Music, 1968 – 2000 ») souhaite jouer les Variations Goldberg sans rien changer dans le texte, mais en modifiant le son de son grand Steinway à sa guise, au moyen de divers instruments, outils et feuilles de papier, disposés, posés, collés, puis enlevés, décollés ou rajoutés tout au long du concert. Une sorte de jeu entre Bach et Cage, si l’on veut. Après un exposé du thème plutôt grinçant et quelque peu distordu par le papier, l’interprète va jouer l’ensemble des variations avec un maximum d’attention, ne donnant à son piano qu’une coloration d’ensemble un peu étouffée, de façon qu’on ait l’impression d’un « piano forte » plus que d’un grand Steinway moderne, particulièrement brillant d’ailleurs. Et c’est dans la réexposition du thème, à la fin, que par le biais d’une boîte, d’une brosse et d’un linge, elle finira par donner de façon très convaincante le sentiment qu’on entend à la fois un claveçin, un piano forte et un grand piano. En même temps ! La liberté du son est seulement ici poussée un peu plus loin que d’habitude, et par des moyens autres que ceux qui prévalent dans les interprétations classiques. Rien de très choquant aujourd’hui, rien qui empêche d’accéder à la musique, et c’est bien l’essentiel.

 

Après un temps de palabres et discussions autour d’un verre de Gaillac nouveau, où l’interprète fut très sollicitée et interrogée, place de nouveau à la musique et au spectacle avec « La Friture Moderne », cette fanfare toulousaine animée par Marc Démereau, dont le projet était hier soir « d’en finir avec 69 », histoire de rappeler qu’un président de la République aujourd’hui écarté avait voulu faire de même avec 68… Prétexte. Prétexte à nous faire repasser des thèmes illustres ou méconnus, de Mercedes Benz de Janis Joplin à Comme à la radio de Brigitte Fontaine en passant par des flambées empruntées au Liberation Music Orchestra ou des envolées liées au roi cramoisi. 

 

J’ai un problème récurrent avec les fanfares, et leur rapport avec la musique populaire. Pour aller vite, disons que je soutiens mal la vision, la mise en spectacle, de ce que l’on pourrait appeler le « débridé », et que je ne supporte la musique souvent extérieurement « joyeuse » qui en découle que lorsqu’elle consent à s’assombrir, et à reconnaître dans l’évocation des luttes populaires ce qu’elles n’ont été au cours des temps : une succession d’échecs dont on ne peut que déplorer l’éternel retour. Le peuple uni ne vaincra jamais, car l’idée même d’un peuple uni est imaginaire. La plupart du temps, il confie cette unité à un seul, et se donne donc à un dictateur. Cet imaginaire sous tend notre vie, je le reconnais, mais en même temps je ne peux y croire une seule seconde. Mais cela ne touche pas, évidemment, à la qualité de la prestation de la « Friture Moderne », et au travail considérable qui s’y entend. 

 

Philippe Méziat

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Dernière soirée très contrastée à Cugnaux (31), pour la conclusion de la quatrième édition de la « semaine jazz », une manifestation qui prend visiblement sur le public local, et s’annonce plutôt bien pour l’avenir. Grand écart même, entre les « Variations Goldberg » de Jean-Sébastien Bach, revisitées par Geneviève Foccroulle, qui aura auparavant « traficoté » son piano, et le parcours un peu fou de la « Friture Moderne » à travers les airs fameux ou oubliés de l’année 1969.

 

Geneviève Foccroule (p, p préparé)

Walter Barbera (tp, voc), Benoît Casamayou (acc, voc), Marc Démereau (as, voc, arr, comp, direction musicale), Fabien Duscombs (dm), Ruben Gulu (tb, voc), Piéro Pépin (tp, voc), Olivier Selvert (ts, voc), Mathieu Sourisseau (soubassophone, voc)

 

Mais commençons par le baroque, avant d’en venir au rock tout court. On a souvent souligné les liens entre l’écriture du XVIII° siècle, avec ses notations et ses basses chiffrées, et celle qui guide les jazzmen dans leurs progressions d’accords. Par ailleurs, Bach a très souvent été sollicité pour des adaptations jazzées, dont la plus fameuse en terme de célébrité médiatique fut celle de Jacques Loussier. Dans le cas présent, il s’agit de toute autre chose, puisque Geneviève Foccroulle (neuf CD chez Leo Records, la musique d’Anthony Braxton jouée au piano, « Piano Music, 1968 – 2000 ») souhaite jouer les Variations Goldberg sans rien changer dans le texte, mais en modifiant le son de son grand Steinway à sa guise, au moyen de divers instruments, outils et feuilles de papier, disposés, posés, collés, puis enlevés, décollés ou rajoutés tout au long du concert. Une sorte de jeu entre Bach et Cage, si l’on veut. Après un exposé du thème plutôt grinçant et quelque peu distordu par le papier, l’interprète va jouer l’ensemble des variations avec un maximum d’attention, ne donnant à son piano qu’une coloration d’ensemble un peu étouffée, de façon qu’on ait l’impression d’un « piano forte » plus que d’un grand Steinway moderne, particulièrement brillant d’ailleurs. Et c’est dans la réexposition du thème, à la fin, que par le biais d’une boîte, d’une brosse et d’un linge, elle finira par donner de façon très convaincante le sentiment qu’on entend à la fois un claveçin, un piano forte et un grand piano. En même temps ! La liberté du son est seulement ici poussée un peu plus loin que d’habitude, et par des moyens autres que ceux qui prévalent dans les interprétations classiques. Rien de très choquant aujourd’hui, rien qui empêche d’accéder à la musique, et c’est bien l’essentiel.

 

Après un temps de palabres et discussions autour d’un verre de Gaillac nouveau, où l’interprète fut très sollicitée et interrogée, place de nouveau à la musique et au spectacle avec « La Friture Moderne », cette fanfare toulousaine animée par Marc Démereau, dont le projet était hier soir « d’en finir avec 69 », histoire de rappeler qu’un président de la République aujourd’hui écarté avait voulu faire de même avec 68… Prétexte. Prétexte à nous faire repasser des thèmes illustres ou méconnus, de Mercedes Benz de Janis Joplin à Comme à la radio de Brigitte Fontaine en passant par des flambées empruntées au Liberation Music Orchestra ou des envolées liées au roi cramoisi. 

 

J’ai un problème récurrent avec les fanfares, et leur rapport avec la musique populaire. Pour aller vite, disons que je soutiens mal la vision, la mise en spectacle, de ce que l’on pourrait appeler le « débridé », et que je ne supporte la musique souvent extérieurement « joyeuse » qui en découle que lorsqu’elle consent à s’assombrir, et à reconnaître dans l’évocation des luttes populaires ce qu’elles n’ont été au cours des temps : une succession d’échecs dont on ne peut que déplorer l’éternel retour. Le peuple uni ne vaincra jamais, car l’idée même d’un peuple uni est imaginaire. La plupart du temps, il confie cette unité à un seul, et se donne donc à un dictateur. Cet imaginaire sous tend notre vie, je le reconnais, mais en même temps je ne peux y croire une seule seconde. Mais cela ne touche pas, évidemment, à la qualité de la prestation de la « Friture Moderne », et au travail considérable qui s’y entend. 

 

Philippe Méziat