Jazz live
Publié le 19 Juil 2015

Zenon, Troupé: des armes miraculeuses à Palmer

Pourquoi Miguel Zenon n’était-il présent qu’à ce festival là (au passage chapeau M. Duval !) ? Pourquoi ce musicien portoricain vivant à New York et qui ne manque pas de références -sorti du Berkley College de Boston et diplômé de la Manhattan School of Music, dix albums parus sous son nom, participation aux Big Bands de Charlie Haden et Carla Bley, Directeur Musical du San Francisco Jazz Collective à la suite de Joshua Redman, choisi par le gouvernement de Puerto Rico pour un travail sur les musiques populaires de son île et en charge d’ateliers à San Juan pour former les jeunes jazzmen de Puerto Rico- pourquoi donc ce type qui sort de l’ordinaire artistique et culturel aura-il joué dans des festivals à Berlin, Umbria, Madrid, Pori et pas en France hors mis au Sunside ? Pourquoi les oreilles des mille vingt et un patrons d’autant de festivals de l’hexagone sont-elles demeurées hermétiquement closes  au talent de ce musicien de jazz aussi brillant que singulier ?

Miguel Zenon (as), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dm)

Sonny Troupé (dm, ka, voc), Grégory Privat (p, keyb), Mike Armoogum (elb, voc), Arnaud Dolmen (ka, voc)

Festival des Hauts de Garonne, Parc Palmer, Cenon, 16 juillet

 

Le paradoxe veut qu’à contrario du libellé de son ultime album paru (Identities are changeable/ Miel Music) sa griffe musicale ne change pas en fonction du contexte rencontré. Le contenu garde son niveau quel que soit le contenant, club, salle de concert ou scène de festival. A preuve le set engagé entre chien et loup dans le parc arboré d’une maison de maître des hauts de Cenon. Demie lumière de soleil couchant et un public mi-famille mi-curieux venus profiter d’une douce soirée de juillet à l’occasion d’un double concert gratuit. Zenon et son quartet démarrent sur leurs bases habituelles. Soit une musique construite, mouvante, exposée sans accroche facile d’accès ou clins d’oeil forcés. Les lignes rythmiques édifient le socle, l’alto de Zenon tire les fils vers le haut. Et puis, limite di quartet oblige, il n’est pas comme dans l’album un renfort du côté des cuivres   pour densifier les effets de timbres ou de section. Ni même de voix de récitants pour étayer l’histoire des émigrants portoricains de New York. Ce soir chacun à sa place, et quatre instruments pas davantage pour construire, étayer les étages d’une musique plus ou moins complexe dans son accomplissement live. Luis Perdomo lui -là encore on ne parle pas assez du rôle de ce pianiste dans l’écriture orchestrale des musiques signées Zenon à l’instar de celui de Danilo Perez auprès de Wayne Shorter- toujours mets du lien. Et la machine tourne sur des moteurs programmés ou en réaction- jazz, musiques latines, couleurs caribéennes- improvisées. Et voilà que la nuit venue enfin sous un petit vent frais porté de l’estuaire enveloppe ce programme très édifié d’un chouia d’intimité partagée. Le public varié mais peuplé de peu de connaisseurs mord à l’âme son. Une fois encore, sans trop de bruit, fidèle à son propos réfléchi et organisé en connaissance, à très peu (d’effets) de mots pour beaucoup de substance musicale, Miguel Zenon, son alto, ses convictions et sa proposition comme seules armes, au dessus de Bordeaux a trouvé de l’écho. Qui sait, l’an prochain ou dans les années à venir, toujours muni de son alto comme seule « arme miraculeuse » pour paraphraser Césaire et sans bénéficier de l‘avis d’autorité un autre Parker, le musicien made in Puerto Rico sera-t-il enfin invité au Vinexpo des festivals en tant que…part des anges du jazz ?

Cette fois Sonny Troupé le Guadeloupéen vient et intervient en tant que leader. Car avec son complice martiniquais Grégory Privat, ceura pu l’entendre cet été sous différentes formations, en quintet, duo ou dans l’orchestre de son compatriote et saxophoniste Jacques Schwartz-Bart. Dans cette formule du quartet porté sous son nom la musique résonne de plus de rythmes encore. Le matériau musical en sort plus compact, plus typé percussif dès lors que Sonny T en ordonne le contenu. Parole est donnée en priorité aux tambours, à leurs raisons d’être, leurs résonances et leurs raisonnements de peaux et bois mêlés (Jénérik) Ce qui ne veut pas dire -complicité, complémentarité, co-filiations iliennes,  connexion de convictions profondes- que Grégory Privat se prive pour autant par accords, clusters frappés ou lignes dessinées au synthé- d’accentuer cette tendance d’appel direct à la danse comme langage musical privilégié du corps (Ki koté) Il suffit de le regarder évoluer lui entre siège et clavier…Point culminant de ce bal d’impacts et de gestuelles croisées: le duo -long, insistant, occasion de rebonds au beau milieu des futaies du parc Palmer– de kas en côte à côte avec Arnaud Dolmen. Sonny Troupé toujours travaille à façon, multipliant lignes croisées et séquences en ruptures au bout de breaks et syncopes. La musique alors générée profite de la multiplicité des sources, d’autant de jaillissements (Balansé a péyi là) Propulsée en direct, amplifiée dans un cadre naturel elle justifie au plus près le titre de l’album éponyme (Voyages et Rêves/Musicast)

 

Robert Latxague

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Pourquoi Miguel Zenon n’était-il présent qu’à ce festival là (au passage chapeau M. Duval !) ? Pourquoi ce musicien portoricain vivant à New York et qui ne manque pas de références -sorti du Berkley College de Boston et diplômé de la Manhattan School of Music, dix albums parus sous son nom, participation aux Big Bands de Charlie Haden et Carla Bley, Directeur Musical du San Francisco Jazz Collective à la suite de Joshua Redman, choisi par le gouvernement de Puerto Rico pour un travail sur les musiques populaires de son île et en charge d’ateliers à San Juan pour former les jeunes jazzmen de Puerto Rico- pourquoi donc ce type qui sort de l’ordinaire artistique et culturel aura-il joué dans des festivals à Berlin, Umbria, Madrid, Pori et pas en France hors mis au Sunside ? Pourquoi les oreilles des mille vingt et un patrons d’autant de festivals de l’hexagone sont-elles demeurées hermétiquement closes  au talent de ce musicien de jazz aussi brillant que singulier ?

Miguel Zenon (as), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dm)

Sonny Troupé (dm, ka, voc), Grégory Privat (p, keyb), Mike Armoogum (elb, voc), Arnaud Dolmen (ka, voc)

Festival des Hauts de Garonne, Parc Palmer, Cenon, 16 juillet

 

Le paradoxe veut qu’à contrario du libellé de son ultime album paru (Identities are changeable/ Miel Music) sa griffe musicale ne change pas en fonction du contexte rencontré. Le contenu garde son niveau quel que soit le contenant, club, salle de concert ou scène de festival. A preuve le set engagé entre chien et loup dans le parc arboré d’une maison de maître des hauts de Cenon. Demie lumière de soleil couchant et un public mi-famille mi-curieux venus profiter d’une douce soirée de juillet à l’occasion d’un double concert gratuit. Zenon et son quartet démarrent sur leurs bases habituelles. Soit une musique construite, mouvante, exposée sans accroche facile d’accès ou clins d’oeil forcés. Les lignes rythmiques édifient le socle, l’alto de Zenon tire les fils vers le haut. Et puis, limite di quartet oblige, il n’est pas comme dans l’album un renfort du côté des cuivres   pour densifier les effets de timbres ou de section. Ni même de voix de récitants pour étayer l’histoire des émigrants portoricains de New York. Ce soir chacun à sa place, et quatre instruments pas davantage pour construire, étayer les étages d’une musique plus ou moins complexe dans son accomplissement live. Luis Perdomo lui -là encore on ne parle pas assez du rôle de ce pianiste dans l’écriture orchestrale des musiques signées Zenon à l’instar de celui de Danilo Perez auprès de Wayne Shorter- toujours mets du lien. Et la machine tourne sur des moteurs programmés ou en réaction- jazz, musiques latines, couleurs caribéennes- improvisées. Et voilà que la nuit venue enfin sous un petit vent frais porté de l’estuaire enveloppe ce programme très édifié d’un chouia d’intimité partagée. Le public varié mais peuplé de peu de connaisseurs mord à l’âme son. Une fois encore, sans trop de bruit, fidèle à son propos réfléchi et organisé en connaissance, à très peu (d’effets) de mots pour beaucoup de substance musicale, Miguel Zenon, son alto, ses convictions et sa proposition comme seules armes, au dessus de Bordeaux a trouvé de l’écho. Qui sait, l’an prochain ou dans les années à venir, toujours muni de son alto comme seule « arme miraculeuse » pour paraphraser Césaire et sans bénéficier de l‘avis d’autorité un autre Parker, le musicien made in Puerto Rico sera-t-il enfin invité au Vinexpo des festivals en tant que…part des anges du jazz ?

Cette fois Sonny Troupé le Guadeloupéen vient et intervient en tant que leader. Car avec son complice martiniquais Grégory Privat, ceura pu l’entendre cet été sous différentes formations, en quintet, duo ou dans l’orchestre de son compatriote et saxophoniste Jacques Schwartz-Bart. Dans cette formule du quartet porté sous son nom la musique résonne de plus de rythmes encore. Le matériau musical en sort plus compact, plus typé percussif dès lors que Sonny T en ordonne le contenu. Parole est donnée en priorité aux tambours, à leurs raisons d’être, leurs résonances et leurs raisonnements de peaux et bois mêlés (Jénérik) Ce qui ne veut pas dire -complicité, complémentarité, co-filiations iliennes,  connexion de convictions profondes- que Grégory Privat se prive pour autant par accords, clusters frappés ou lignes dessinées au synthé- d’accentuer cette tendance d’appel direct à la danse comme langage musical privilégié du corps (Ki koté) Il suffit de le regarder évoluer lui entre siège et clavier…Point culminant de ce bal d’impacts et de gestuelles croisées: le duo -long, insistant, occasion de rebonds au beau milieu des futaies du parc Palmer– de kas en côte à côte avec Arnaud Dolmen. Sonny Troupé toujours travaille à façon, multipliant lignes croisées et séquences en ruptures au bout de breaks et syncopes. La musique alors générée profite de la multiplicité des sources, d’autant de jaillissements (Balansé a péyi là) Propulsée en direct, amplifiée dans un cadre naturel elle justifie au plus près le titre de l’album éponyme (Voyages et Rêves/Musicast)

 

Robert Latxague

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Pourquoi Miguel Zenon n’était-il présent qu’à ce festival là (au passage chapeau M. Duval !) ? Pourquoi ce musicien portoricain vivant à New York et qui ne manque pas de références -sorti du Berkley College de Boston et diplômé de la Manhattan School of Music, dix albums parus sous son nom, participation aux Big Bands de Charlie Haden et Carla Bley, Directeur Musical du San Francisco Jazz Collective à la suite de Joshua Redman, choisi par le gouvernement de Puerto Rico pour un travail sur les musiques populaires de son île et en charge d’ateliers à San Juan pour former les jeunes jazzmen de Puerto Rico- pourquoi donc ce type qui sort de l’ordinaire artistique et culturel aura-il joué dans des festivals à Berlin, Umbria, Madrid, Pori et pas en France hors mis au Sunside ? Pourquoi les oreilles des mille vingt et un patrons d’autant de festivals de l’hexagone sont-elles demeurées hermétiquement closes  au talent de ce musicien de jazz aussi brillant que singulier ?

Miguel Zenon (as), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dm)

Sonny Troupé (dm, ka, voc), Grégory Privat (p, keyb), Mike Armoogum (elb, voc), Arnaud Dolmen (ka, voc)

Festival des Hauts de Garonne, Parc Palmer, Cenon, 16 juillet

 

Le paradoxe veut qu’à contrario du libellé de son ultime album paru (Identities are changeable/ Miel Music) sa griffe musicale ne change pas en fonction du contexte rencontré. Le contenu garde son niveau quel que soit le contenant, club, salle de concert ou scène de festival. A preuve le set engagé entre chien et loup dans le parc arboré d’une maison de maître des hauts de Cenon. Demie lumière de soleil couchant et un public mi-famille mi-curieux venus profiter d’une douce soirée de juillet à l’occasion d’un double concert gratuit. Zenon et son quartet démarrent sur leurs bases habituelles. Soit une musique construite, mouvante, exposée sans accroche facile d’accès ou clins d’oeil forcés. Les lignes rythmiques édifient le socle, l’alto de Zenon tire les fils vers le haut. Et puis, limite di quartet oblige, il n’est pas comme dans l’album un renfort du côté des cuivres   pour densifier les effets de timbres ou de section. Ni même de voix de récitants pour étayer l’histoire des émigrants portoricains de New York. Ce soir chacun à sa place, et quatre instruments pas davantage pour construire, étayer les étages d’une musique plus ou moins complexe dans son accomplissement live. Luis Perdomo lui -là encore on ne parle pas assez du rôle de ce pianiste dans l’écriture orchestrale des musiques signées Zenon à l’instar de celui de Danilo Perez auprès de Wayne Shorter- toujours mets du lien. Et la machine tourne sur des moteurs programmés ou en réaction- jazz, musiques latines, couleurs caribéennes- improvisées. Et voilà que la nuit venue enfin sous un petit vent frais porté de l’estuaire enveloppe ce programme très édifié d’un chouia d’intimité partagée. Le public varié mais peuplé de peu de connaisseurs mord à l’âme son. Une fois encore, sans trop de bruit, fidèle à son propos réfléchi et organisé en connaissance, à très peu (d’effets) de mots pour beaucoup de substance musicale, Miguel Zenon, son alto, ses convictions et sa proposition comme seules armes, au dessus de Bordeaux a trouvé de l’écho. Qui sait, l’an prochain ou dans les années à venir, toujours muni de son alto comme seule « arme miraculeuse » pour paraphraser Césaire et sans bénéficier de l‘avis d’autorité un autre Parker, le musicien made in Puerto Rico sera-t-il enfin invité au Vinexpo des festivals en tant que…part des anges du jazz ?

Cette fois Sonny Troupé le Guadeloupéen vient et intervient en tant que leader. Car avec son complice martiniquais Grégory Privat, ceura pu l’entendre cet été sous différentes formations, en quintet, duo ou dans l’orchestre de son compatriote et saxophoniste Jacques Schwartz-Bart. Dans cette formule du quartet porté sous son nom la musique résonne de plus de rythmes encore. Le matériau musical en sort plus compact, plus typé percussif dès lors que Sonny T en ordonne le contenu. Parole est donnée en priorité aux tambours, à leurs raisons d’être, leurs résonances et leurs raisonnements de peaux et bois mêlés (Jénérik) Ce qui ne veut pas dire -complicité, complémentarité, co-filiations iliennes,  connexion de convictions profondes- que Grégory Privat se prive pour autant par accords, clusters frappés ou lignes dessinées au synthé- d’accentuer cette tendance d’appel direct à la danse comme langage musical privilégié du corps (Ki koté) Il suffit de le regarder évoluer lui entre siège et clavier…Point culminant de ce bal d’impacts et de gestuelles croisées: le duo -long, insistant, occasion de rebonds au beau milieu des futaies du parc Palmer– de kas en côte à côte avec Arnaud Dolmen. Sonny Troupé toujours travaille à façon, multipliant lignes croisées et séquences en ruptures au bout de breaks et syncopes. La musique alors générée profite de la multiplicité des sources, d’autant de jaillissements (Balansé a péyi là) Propulsée en direct, amplifiée dans un cadre naturel elle justifie au plus près le titre de l’album éponyme (Voyages et Rêves/Musicast)

 

Robert Latxague

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Pourquoi Miguel Zenon n’était-il présent qu’à ce festival là (au passage chapeau M. Duval !) ? Pourquoi ce musicien portoricain vivant à New York et qui ne manque pas de références -sorti du Berkley College de Boston et diplômé de la Manhattan School of Music, dix albums parus sous son nom, participation aux Big Bands de Charlie Haden et Carla Bley, Directeur Musical du San Francisco Jazz Collective à la suite de Joshua Redman, choisi par le gouvernement de Puerto Rico pour un travail sur les musiques populaires de son île et en charge d’ateliers à San Juan pour former les jeunes jazzmen de Puerto Rico- pourquoi donc ce type qui sort de l’ordinaire artistique et culturel aura-il joué dans des festivals à Berlin, Umbria, Madrid, Pori et pas en France hors mis au Sunside ? Pourquoi les oreilles des mille vingt et un patrons d’autant de festivals de l’hexagone sont-elles demeurées hermétiquement closes  au talent de ce musicien de jazz aussi brillant que singulier ?

Miguel Zenon (as), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dm)

Sonny Troupé (dm, ka, voc), Grégory Privat (p, keyb), Mike Armoogum (elb, voc), Arnaud Dolmen (ka, voc)

Festival des Hauts de Garonne, Parc Palmer, Cenon, 16 juillet

 

Le paradoxe veut qu’à contrario du libellé de son ultime album paru (Identities are changeable/ Miel Music) sa griffe musicale ne change pas en fonction du contexte rencontré. Le contenu garde son niveau quel que soit le contenant, club, salle de concert ou scène de festival. A preuve le set engagé entre chien et loup dans le parc arboré d’une maison de maître des hauts de Cenon. Demie lumière de soleil couchant et un public mi-famille mi-curieux venus profiter d’une douce soirée de juillet à l’occasion d’un double concert gratuit. Zenon et son quartet démarrent sur leurs bases habituelles. Soit une musique construite, mouvante, exposée sans accroche facile d’accès ou clins d’oeil forcés. Les lignes rythmiques édifient le socle, l’alto de Zenon tire les fils vers le haut. Et puis, limite di quartet oblige, il n’est pas comme dans l’album un renfort du côté des cuivres   pour densifier les effets de timbres ou de section. Ni même de voix de récitants pour étayer l’histoire des émigrants portoricains de New York. Ce soir chacun à sa place, et quatre instruments pas davantage pour construire, étayer les étages d’une musique plus ou moins complexe dans son accomplissement live. Luis Perdomo lui -là encore on ne parle pas assez du rôle de ce pianiste dans l’écriture orchestrale des musiques signées Zenon à l’instar de celui de Danilo Perez auprès de Wayne Shorter- toujours mets du lien. Et la machine tourne sur des moteurs programmés ou en réaction- jazz, musiques latines, couleurs caribéennes- improvisées. Et voilà que la nuit venue enfin sous un petit vent frais porté de l’estuaire enveloppe ce programme très édifié d’un chouia d’intimité partagée. Le public varié mais peuplé de peu de connaisseurs mord à l’âme son. Une fois encore, sans trop de bruit, fidèle à son propos réfléchi et organisé en connaissance, à très peu (d’effets) de mots pour beaucoup de substance musicale, Miguel Zenon, son alto, ses convictions et sa proposition comme seules armes, au dessus de Bordeaux a trouvé de l’écho. Qui sait, l’an prochain ou dans les années à venir, toujours muni de son alto comme seule « arme miraculeuse » pour paraphraser Césaire et sans bénéficier de l‘avis d’autorité un autre Parker, le musicien made in Puerto Rico sera-t-il enfin invité au Vinexpo des festivals en tant que…part des anges du jazz ?

Cette fois Sonny Troupé le Guadeloupéen vient et intervient en tant que leader. Car avec son complice martiniquais Grégory Privat, ceura pu l’entendre cet été sous différentes formations, en quintet, duo ou dans l’orchestre de son compatriote et saxophoniste Jacques Schwartz-Bart. Dans cette formule du quartet porté sous son nom la musique résonne de plus de rythmes encore. Le matériau musical en sort plus compact, plus typé percussif dès lors que Sonny T en ordonne le contenu. Parole est donnée en priorité aux tambours, à leurs raisons d’être, leurs résonances et leurs raisonnements de peaux et bois mêlés (Jénérik) Ce qui ne veut pas dire -complicité, complémentarité, co-filiations iliennes,  connexion de convictions profondes- que Grégory Privat se prive pour autant par accords, clusters frappés ou lignes dessinées au synthé- d’accentuer cette tendance d’appel direct à la danse comme langage musical privilégié du corps (Ki koté) Il suffit de le regarder évoluer lui entre siège et clavier…Point culminant de ce bal d’impacts et de gestuelles croisées: le duo -long, insistant, occasion de rebonds au beau milieu des futaies du parc Palmer– de kas en côte à côte avec Arnaud Dolmen. Sonny Troupé toujours travaille à façon, multipliant lignes croisées et séquences en ruptures au bout de breaks et syncopes. La musique alors générée profite de la multiplicité des sources, d’autant de jaillissements (Balansé a péyi là) Propulsée en direct, amplifiée dans un cadre naturel elle justifie au plus près le titre de l’album éponyme (Voyages et Rêves/Musicast)

 

Robert Latxague