Bobby Sparks : “Prince, mon grand frère…”
Bobby Sparks (Photo : Andreas Lawen)
Maître des claviers tous terrains, Bobby Sparks est un des derniers musiciens à avoir côtoyé Prince. Une rencontre qui a changé sa vie.
Par Thierry Guedj
« Cela devait être en 2008, Prince m’a entendu avec Marcus Miller au Catalina Jazz Club de Los Angeles. Je l’avais intrigué parce que je jouais de tous les types de claviers : des synthétiseurs analogiques ARP, des Rhodes, de l’orgue Hammond, du Mini Moog… Cette diversité l’avait impressionné, lui qui aime tant passer d’un instrument à l’autre. Il m’a observé toute la soirée, sans me dire un mot ! Mais il m’a contacté ensuite pour que je rejoigne son orchestre, le New Power Generation. Je pense qu’il savait exactement quel musicien appeler lorsqu’il cherchait un son précis.
J’ai joué avec le groupe pendant trois semaines pour apprendre le répertoire, Prince n’était pas présent. Puis nous l’avons rejoint à Minneapolis pour de longues jam sessions. Nous alternions des interprétations de Let’s Go Crazy ou Little Red Corvette, avec de longues phases d’improvisation. Prince jouait de la guitare, mais il m’observait également, me provoquait, changeant soudain de tonalité, testant mes capacités à réagir dans l’instant. Il cherchait moins la virtuosité pure que mon aptitude à raconter quelque chose musicalement. Il adorait que je m’engage dans un dialogue musical avec lui, plutôt que de proposer un simple accompagnement. Je suis devenu comme son petit frère. Nous sommes partis des claviers pour partager ensuite bien d’autres passions… en particulier celle du basket ! Il m’invitait chez lui pour regarder les matchs, ces souvenirs sont pour moi si précieux… Comme j’étais engagé pour une tournée avec Dean Brown et Dennis Chambers, je n’ai pas pu suivre Prince sur scène à ce moment-là. Mais j’étais certain que nous nous retrouverions. Et nous nous sommes croisés au Dakota club de Minneapolis en avril 2016, un soir où je jouais avec Lizz Wright. Il s’était assis au balcon, discrètement, m’observant comme le jour de notre rencontre. Après le show nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Et je n’arrive toujours pas à croire que deux jours plus tard, j’apprenais sa mort ! Une tristesse infinie… Si j’ai tenu à reprendre Sometimes It Snows In April dans mon album “Paranoia”, avec Lizz Wright au chant, c’était pour revivre symboliquement cette soirée d’avril, l’ultime moment partagé avec mon grand frère Prince, qui résonne aujourd’hui comme un au revoir. C’était mon héros, et je peux vous affirmer que je n’ai pas fini de célébrer sa musique ! »
Ce témoignage est le deuxième épisode de notre série de bonus du grand dossier Prince au piano. Retrouvez celui d’Eric Legnini en cliquant ici !