Alban Darche, des éclaboussures de soleil - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 5 Mai 2026

Alban Darche, des éclaboussures de soleil

Alban Darche et le Mirifique orchestra Alban Darche (ts, claviers), Thomas Saulet (flûte), Nicolas Fargeix (clarinette et clarinette basse), Geoffroy Tamisier tp), Emmanuel Bénèche (cor), Pierre-Yves Le Masne (cor), matthias Quilbault (tuba, derbouka), le 17 avril 2026, au Pavillon de la sirène, (75 014 paris)

Alban Darche laisse volontiers musarder son inspiration dans des chemins buissonniers où l’on ne rencontre pas foule de compositeurs. Il y a quatre ans, le magnifique Verdi remix, revisitait les mélodies du grand compositeur italien.

Son dernier projet est une rêverie autour de Modeste Moussorgski. En 1874, le compositeur russe composait son célèbre « Tableaux d’une exposition », connu le plus souvent dans sa version symphonique orchestrée par Ravel. Ces tableaux retracent le parcours d’un visiteur dans une exposition. Les dessins de son ami l’architecte Viktor Hartmann, décédé un an plus avaient inspiré Moussorgski. Ces œuvres ont aujourd’hui disparu.

Alban Darche s’est donc senti libre de reproduire la démarche de Moussorgski, en apportant ses propres mélodies, mais aussi ses propres illustrations picturales, commandées à la plasticienne et autrice Beatrice Menuel. Les peintures sont projetées derrière les musiciens. Elles sont vives, colorées, volontiers surréalistes, et assorties de textes qui le sont tout autant (dits sur le disque par l’actrice Suliane Brahim). Les dessins, mais aussi les titres des morceaux (« Bienvenue au musée de Montalendroit », « Montgolfière, clafoutis, et vieille trompette », ou encore « la danse des onze clous ») nous projettent dans un  univers à la Lewis Carroll.

Et la musique ? Comme toujours avec le Mirifique Orchestra, on est immergé dès la première note dans le plaisir du son. Cuivres (les deux cors, la trompette de Geoffroy Tamisier) dialoguent avec les bois (flûte, clarinette, saxophone). Les voix se recouvrent, se dédoublent, tourbillonnent jusqu’à créer un sentiment d’euphorie, ou d’extase sonore qui est la marque, pour moi, du Mirifique Orchestra. Alban Darche, tout au long de ces pièces, ne fait jamais la même chose, d’une inventivité constante, sur les timbres, sur les alliages de sons, tout en ayant la politesse de transporter son auditeur dans une sorte de fête foraine onirique.

Parmi tant de moments magnifiques, on retient « Le désert du fourre z’y tout » où Geoffroy Tamisier se montre d’une intensité bouleversante. Mais aussi « Quinze souris et un bâton », où la clarinette de Nicolas Fargeix, à force d’agilité élastique et lyrique semble presque liquide. Ou encore le merveilleux « Rideau de moutarde et de millefeuille » où la cadence, brusquement s’accélère et où l’on a l’impression, comme en plusieurs endroits du disque, de recevoir des éclaboussures de soleil. Ce qui d’ailleurs pourrait être une définition possible des émotions et de l’allégresse procurés par ce magnifique orchestre.

Texte JF Mondot

Dessins AC Alvoet (autres dessins, peintures sur www.annie-claire.com)