Jools Holland and His Rhythm And Blues Orchestra à la salle Pleyel - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 4 Mai 2026

Jools Holland and His Rhythm And Blues Orchestra à la salle Pleyel

23 avril 2026

Star au Royaume-Uni où il bénéficie depuis des années d’une émission de télévision régulière, habitué des scènes européennes, Jools Holland reste largement ignoré du public et de programmateurs français, et ce concert marque a priori sa troisième prestation seulement dans l’hexagone après un passage à Marciac en 2024 et un premier concert à Pleyel l’année dernière.

En première partie, le jeune pianiste parisien Nirek Mokar n’a qu’une vingtaine de minutes pour faire ses preuves en format solo, sans ses Boogie Messengers. Chanteur limité, il propose un set quasiment instrumental mais n’a aucun mal à attraper l’attention du public avec sa musique qui mêle boogie-woogie et rock and roll à l’ancienne. Il faut dire que, à tout juste 23 ans, Mokar a déjà une bonne dizaine d’années d’expérience derrière lui et qu’il fait régulièrement les belles soirées du Caveau de la Huchette et des festivals, combinant technique impeccable et enthousiasme spontané, sur un répertoire personnel « dans l’esprit » issu en bonne partie de son album Back To The Roots. L’accueil enthousiaste du public laisse à penser que ça n’est que le début pour lui…

Actif depuis une bonne trentaine d’années, le Rhythm And Blues Orchestra de Jools Holland est une machine parfaitement rôdée : pas loin d’une vingtaine de musiciens sur scène et un répertoire puisant aux meilleures sources (Jimmie Lucerford, Count Basie, Lucky Milliender… et Jools Holland !) mis en valeur par des arrangements imaginatifs et des solistes de haut niveau choisis au sein de la très riche scène britannique, le tout animé façon bateleur de foire par un leader charismatique – le public, largement anglo-saxon, est sous le charme – qui n’oublie pas qu’il est aussi et avant tout un excellent pianiste et se montre chanteur convainquant (« Skin The Cat », en ouverture, qui apparaissait déjà sur le premier album de l’ensemble).

Deux chanteuses viennent ponctuellement compléter l’orchestre aux chœurs, Sumudu Jayatilaka et Louise Marshall, qui bénéficient toutes les deux de trois chansons en vedette, tandis que les musiciens se partagent les solos. Comme souvent avec Holland, il y a un chanteur invité, dans ce cas précis, Andrew Roachford, qui a connu un certain succès dans les années 1980 et 1990 avec le groupe qui porte son nom. C’est son premier concert avec l’orchestre et sa notoriété n’a pas vraiment franchi les frontières du Royaume-Uni, mais ses trois morceaux, dont une version enlevée du tube « Cuddly Toy » sont bien accueillis. Malgré un côté un peu mécanique qui laisse peu de place à la spontanéité et quelques titres à la limite du kitsch (le peu convainquant « Boogie Woogie Baroque », dédié à la mémoire de Jacques Loussier), l’ensemble est d’une efficacité remarquable, encore renforcée par l’arrivée pour la fin du show de la chanteuse Ruby Turner, grande voix de la scène R&B britannique depuis les années 1980 et invitée permanente de l’orchestre depuis ses débuts ou presque, qui éblouit sur les trois morceaux qui lui sont confiés pour finir en beauté le concert, dont un très beau « Peace In The Valley ». Elle est évidemment de retour pour le rappel, pour un duo avec Holland sur le classique de Tommy Dorsey « Enjoy Yourself (It’s Later Than You Think) » puis un bouquet final avec l’ensemble des participants. Difficile de bouder son plaisir en présence d’un tel orchestre, d’autant que le registre est plus que rare sur les scènes françaises ! Le public ne s’y trompe pas et lui réserve une longue ovation qui pourrait donner des idées à d’autres programmateurs…

Frédéric Adrian