Marion Rampal chante Abbey Lincoln au Théâtre de l’Odéon - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 15 Mai 2026

Marion Rampal chante Abbey Lincoln au Théâtre de l’Odéon

11 mai 2026

Le 10 janvier 2025, en dernier rappel de son concert au Théâtre de l’Athénée, Marion Rampal chantait « Skylark » d’Abbey Lincoln, en anticipation de son album à venir dédié à son répertoire. Quatorze mois plus tard, le disque sorti, c’est cette même alouette qui ouvrait la prestation de la chanteuse dans le cadre très chic de l’Odéon, à l’occasion de la soirée inaugurale du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés qui fête cette année ses 25 ans.

Accompagnée par son quartet habituel (Matthis Pascaud à la guitare, Thibaut Gomez au piano, Simon Tailleu à la contrebasse et Raphaël Chassin à la batterie) qui apparaît sur le disque, Rampal plonge pleinement dans les compositions de Lincoln qu’elle présente avec des mots bien choisis. Vocalement, l’approche est différente : l’ancrage racinien de Lincoln fait place à la vision aérienne de Rampal, le dépouillement quasi-militant de l’une à la fantaisie spirituelle de l’autre. Mais toutes deux se rejoignent dans le refus des fioritures et de l’ornementalisme et, surtout, dans l’attention portée au texte et au mot juste. Dans la voix flûtée de Rampal passe une compréhension intime de la pensée de Lincoln et même une chanson aussi reprise que « Throw It Away » y retrouve son énergie vitale.

De « Learning How To Listen » au programmatique « The Music Is The Magic », la chanteuse réussit l’exploit de traiter chaque composition avec le respect que méritent les standards et avec la fraîcheur d’une nouveauté. Sandra Nkaké la rejoint pour « Remember The People », le seul morceau original de la soirée, et un très beau « And It’s Supposed To Be Love », tandis que Julien Lourau, qui a accompagné Lincoln sur disque et sur scène au milieu des années 1990, apporte ses saxophones inspirés sur deux titres. Rare écart à la plume de Lincoln, le « Mr Tambourine Man » de Dylan (que la principale intéressée avait gravé sur l’album Who Used To Dance) bénéficie d’une réinvention sensible sans clichés.

Très sage pendant tout le concert malgré les invitations de Rampal à participer, le public attend la fin du récital pour manifester son enthousiasme, et c’est une salle debout qui salue la prestation de la chanteuse et de ses accompagnateurs après les dernières notes.

Frédéric Adrian