Les 40 ans de l’Orchestre National de Jazz : premier écho
Les 12 & 13 juin, l’ONJ fêtait ses 40 ans au théâtre Silvia Monfort, dans le quinzième arrondissement de Paris. Belle occasion de rappeler l’émergence de cette institution musicale qui fut marquée par un concert inaugural le 3 février 1986 au Théâtre des Champs-Élysées. Belle idée aussi de rappeler la genèse et les développements de l’ONJ, avec une série d’événements se déroulant durant ces deux jours.

Tout a commencé le vendredi, à 18h, par un Bal d’ouverture au kiosque du Parc Georges Brassens, tout proche du théâtre. Sylvaine Hélary, la nouvelle directrice artistique de l’orchestre, avait réuni autour d’elle la tromboniste Jessica Simon, le saxophoniste Rémi Sciuto, l’organiste Antonin Rayon et le batteur Christophe Lavergne

photo Maxim François
Valses, tangos, ballades, et un peu de cette musique que l’on appelait naguère typique (comme Tico Tico , immortalisé aussi par le jazz), avec en surcroît une once de la soul music instrumentale d’antan (les années 60) façon Booker T and the M.G.’s. Les enfants dansaient devant le kiosque, et quelques adultes aussi libéraient leur pulsions dansantes. Plaisir d’entendre cette musique familière jouée par des orfèvres avec une ferveur qui donnait également libre cours à l’improvisation. Bref du jazz, là encore. Tandis que je quittais le Parc pour gagner le théâtre afin de me restaurer avant le concert de 20h30, l’orchestre commençait de jouer Georgia on My Mind . Sur la mélodie du pont, ma mémoire en faisait ressurgir, dans la voix de Ray Charles, les paroles «Other arms reach out to me, Other eyes smile tenderly, Still in peaceful dreams I see-ee, The road, leads back, to you-ou….». Frisson de plaisir chez le vieil amateur qui retrouve l’émoi musical de son adolescence….

photo Maxim François
ORCHESTRE des JEUNES de l’ONJ#7, direction musicale Marc Ducret
Lucien Lacquement (clarinette, clarinette basse), Liam Szymonik (saxophone alto), Amaël Billard (saxophone soprano), Lucille Moussalli (trompette), Sola Dault-Makino (trombone), Marianne Billaud (cor), Thomas Mazaud (tuba), Lisa Murcia (violon), Paul Erdmann (alto), Matthieu Chamblas (violoncelle), Bettina Martinez (piano), Charles Thuillier (contrebasse), Lucas Cord’homme (vibraphone, marimba), Antonio Barcelona (batterie)
Marc Ducret (guitare électrique, composition),
Paris, Théâtre Silvia Monfort, 12 juin 2026, 20h30
Cette septième édition de l’ONJ des Jeunes conclut un cycle amorcé en décembre dernier, avec des concerts et résidences, à Paris et ailleurs. Franck Bergerot en a rendu compte dans ces colonnes, ici et là. Le répertoire est principalement issu des disques ‘Le Sens de la marche’, publié en 2009, et ‘Tower Bridge’, paru en 2014. La musique de Marc Ducret est libre de toute contrainte idiomatique. Libre comme l’air, mais pensée selon une forme de tuilage entre l’écrit et l’improvisé, les ensembles et les incursions solistes ; une musique émaillée de contrastes et de ruptures entre les tutti et l’essor de la singularité instrumentale. Le mélomane jazzophile y entend ce qu’il croit être des intervalles ‘à la Bartók’, et aussi la furia mingusienne , ainsi que beaucoup des langages musicaux surgis à la fin du vingtième siècle et au début du suivant

photo Maxim François
Loin de s’imposer en permanence comme soliste, Ducret dirige avec fougue et précision ses compositions, qui laissent grande place à l’expression de ses partenaires, en une sorte de dramaturgie finement conduite, avec des pièces qui se concluent parfois dans l’évanescence d’un solo. J’y entends ce qui fut qualifié naguère (par Jean-Louis Chautemps ?) de ‘refus de l’impérialisme du retour à la tonique’, qui nous inflige un accord final bien appuyé…. Ultime expression de la liberté. Magnifique concert….

photo Maxim François
Après le concert, il y eut une jam session dans le jardin du théâtre. Mais le chroniqueur, toujours tributaire des suppressions de RER en soirée sur sa ligne, s’éclipsa. Ce qui fut vain : après un tramway, 2 lignes de métro et un premier RER, j’arrivai trop tard pour l’ultime RER : ce furent donc un autre métro, et deux bus : j’étais venu en à peine 1h ; il me fallut près de deux heures au retour. Ainsi va la vie du chroniqueur banlieusard….

photo Maxim François
L’ONJ, un orchestre pas comme les autres
Conférence-concert par les élèves et le Big Band du CRR de Paris
Le lendemain matin, les festivités reprenaient, avec un conférence-concert sur l’histoire de l’ONJ, animée par 11 étudiants et étudiantes du CRR, avec les témoignages d’anciens chefs (Olivier Benoit, Franck Tortiller, Claude Barthélémy, Daniel Yvinec, Frédéric Maurin), et de la nouvelle directrice artistique Sylvaine Hélary

photo Maxim François
Sont ainsi évoqués, par les jeunes conférenciers et conférencières, la création de l’ONJ, ses missions, son budget, et avec des bilans chiffrés son répertoire (de création comme de patrimoine), sa diffusion (en France et à l’étranger), et notamment la récente diversification des missions, ainsi que l’évolution de la place des femmes, dans les rangs de l’orchestre ou comme compositrices

photo Maxim François
Big Band du CRR de Paris
Lorine Chancolon, Bettina Martinez & Anna de Saint-Jorre (voix), Sacha Grenier (saxophone alto & flûte), Chenjéraï Steu (saxophone alto), Anand Shukla & Nicolas Caumont (saxophones ténors), Louise Frago (saxophone baryton), Simon Rech, Tristan Le Glouannec-Déniel, Raphaël Kalfon & Marlon Adjas (trompettes) Enzo Anani, Camille Guieu, Isaac Brenner & Solal Dennebouy (trombones), Hugo Reynoird (guitare électrique), Enzo Charles (piano numérique), Julien Rech (contrebasse), Maël Regis (batterie)
Cyril Galamini (direction)
Joshua LeBlanc-Demers (arrangements)
Sous la supervision de Stéphane Audard, Jean-Charles Richard & Pierre Bertrand
Paris, Théâtre Silvia Monfort, 13 juin 2026, 11h
Et entre les séquences conférencières, le Big Band du CRR a joué quelques pièces signées par les anciens chefs pour l’ONJ : on entendit ainsi des compositions de François Jeanneau, Franck Tortiller, Claude Barthélémy & Laurent Cugny, réarrangées pour la circonstance car la plupart des ONJ n’avaient pas la nomenclature canonique du big band (4 trompettes, 4 trombones, 5 sax et section rythmique). Les chefs qui sont intervenus ont d’ailleurs souligné la qualité des arrangements et de l’orchestre, et le public a exprimé chaleureusement son enthousiasme.
La journée se poursuivit en fin d’après-midi avec plusieurs séances d’écoute de la musique d’un récent projet autour du Sacre du printemps de Stravinski, en milieu carcéral et avec le concours de deux chorégraphes ; et en bouquet final l’ONJ (augmenté de 5 invités) dans son répertoire ‘With Carla’, créé en juin 2025 au festival Jazzdor de Berlin. Jean François Mondot vous rendra compte de ce dernier événement dans ces colonnes.
Xavier Prévost
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L’ONJ donnera le programme ‘With Carla’ le 21 juin, pour la Fête de la Musique, à Paris dans les jardins du Palais Royal. Puis le 26 juin au festival de Garches (Hauts-de-Seine), le 2 juillet au festival ‘Jazz des Cinq Continents’ de Marseille, et le 29 août aux Rendez-vous de l’Erdre à Nantes