Le Mandol'in Festival à Marseille fête Vladimir Cosma ( fin) - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 6 Juil 2026

Le Mandol’in Festival à Marseille fête Vladimir Cosma ( fin)

Mandol’in Marseille Festival (30 juin au 06 juillet)

www.mandolinmarseillefestival.com

Marseille est toujours à l’heure de la mandoline et célèbre Vladimir Cosma pour sa sixième édition.

Eh bien, Dansez Maintenant

Conservatoire Pierre Barbizet, dimanche 5 juillet 2026, 19h.

Bruno Putzulu  (récitant ), Vladimir Cosma  (Musique), Pascal Beer-Demander (Textes).

Vincent Beer Demander et Catherine Arquez Direction musicale

Nov’Mandolin Quintet, Orchestre à Plectre de la Méditerranée, Orchestre de Mandoline des Minots de Marseille.

Laurent Mariusse  Percussions Eugenio Palumbo  Mandoline solo

Enfants de la classe CHAM de l’école du cours Julien ( Choeur)

De quoi va-t-il s’agir ce soir ?

De fables de Jean de la Fontaine mises en musiques par Vladimir Cosma, d’une nouvelle version du moins pour un récitant, l’acteur Bruno Putzulu avec l’orchestre à plectres*.

Encore une façon d’enrichir le répertoire de la mandoline.

* Rappelons quelques fondamentaux : l’instrument de quatre cordes doubles se joue sur une corde ou sur les doubles, avec des trémolos tenus ou des notes poussées au plectre, entre pouce et index, à la “plume” comme on disait à l’époque baroque, âge d’or de l’instrument. Vous comprendrez mieux si je vous dis que le plectre est le médiator des guitaristes! Le musicien peut s’adonner à des effets de percussion sur la table d’harmonie, au dos de l’instrument. Tout l’instrument entre alors en résonance pour produire le son. “La petite soeur de la guitare” a la tessiture du violon ( du sol grave au la suraigu) en met plein la vue et l’ouïe, surtout quand on use de la technique du trémolo.

Après une version courte adaptée aux jeunes enfants, une réduction de ce que l’on entendra ensuite dans le texte intégral, soit onze fables chantées et jouées par les enfants marseillais (VBD et sa compagnie oeuvrent en effet en direction de ce public, incitant les plus jeunes à s’adonner à la mandoline). Catherine Arquez a dirigé avec talent le choeur et l’OMMM …

L’univers de La Fontaine nous plonge dans le monde animal comme projection des mouvements du coeur humain. Un certain lyrisme non dénué d’humour s’entend dans la musique de Cosma qui se veut plus qu’un accompagnement. Chaque fable est annoncée par un thème récurrent plutôt vif qui assure la transition et les changements de rythme, assurant la cohérence de ce divertissement d’esprit néo classique, exemple parfait d’un rondeau que VBD fera entonner au public pour le final, une marche allègre et rock. Car on va l’entendre et Lionel Pons en musicologue averti nous le confirmera, chaque fable fut choisie en fonction des rythmes et danses qu’elles inspiraient au compositeur. Ce sont des petits poèmes chorégraphiques qui ont la forme de menuet, gavotte, ragtime, rock, marche funèbre, valse… On retient le délicieux et lucide « Boston » de « L’homme entre ses deux maîtresses », la  pavane renaissance pour « le Laboureur et ses enfants ». « Le loup et l’agneau » est un paso doble assez violent marquant la séduction prédatrice du fauve. Le lièvre et la tortue donne à entendre une polka rustique où comment réussir en se hâtant avec lenteur. Vladimir Cosma précise : La Poule aux œufs d’or et le thème de l’avarice m’ont donné l’idée d’écrire un ragtime avec des notes piquées loin de la générosité du legato du « Chêne et du Roseau » valse ondulante… Il excelle à ouvrir l’éventail des genres et des formes. Et son idée géniale est de ne pas mettre en musique (au sens strict) les fables, en superposant le rythme musical à la scansion poétique de la voix, mais d’accompagner comme un dialogue de film ou une scène d’action. Et on se régale de la voix et des intonations du talentueux Bruno Putzulu qui n’est jamais couvert par l’orchestre.

La transition est toute trouvée avec le moment ludique de la soirée, animé avec conviction par un VBD qui connaît son Cosma sur le bout des doigts et des lèvres, avec les étudiants du Conservatoire et les professeurs de piano des conservatoires d’Aubagne et de Marseille. Si celui de Marseille fut nommé en l’honneur de Pierre Barbizet, depuis samedi, celui d’Aubagne a pris le nom de Vladimir Cosma.

Cosmique Blind Test

Un moment de partage joyeux et ludique animé par Lionel Pons et VBD en maître de cérémonie bondissant qui avec panache lance un quizz savant… pour petits et grands. Je suis loin d’avoir reconnu tous les extraits même si ces musiques sont familières. Vladimir Cosma a illustré avec élégance un certain cinéma français des années soixante et soixante-dix que le jeu va nous faire revisiter. Son écriture est résolument chantante et le cinéma fut pour lui, comme pour Maurice Jarre ou George Delerue une façon d’éviter certains écueils de la musique contemporaine.

Vladimir Cosma est l’ un des compositeurs les plus féconds de sa génération : il a composé quelque 200 musiques de films, des comédies essentiellement, très prisées des Français, celles d’Yves Robert, l’un des metteurs en scène avec qui il prendra le plus grand plaisir à travailler, de Claude Zidi, de Francis Veber ( la série des films autour du personnage de François Perrin, souvent interprété par Pierre Richard), de Gérard Oury (6 films en 27 ans et la fameuse chorégraphie du groupe Kol Aviv sur Rabbi Jacob). Il a su tirer de musiques populaires des « suites symphoniques » tout en menant des recherches très poussées sur les timbres ou les instruments solistes inhabituels tels l’ocarina, le taragot, la flûte de Pan dans son tube le plus célèbre Le grand Blond avec une chaussure noire (Gheorge Zamfir), le cymbalum.

Et le jazz dans tout ça ?

S’il a étudié avec Nadia Boulanger, Vladimir Cosma a aussi approché les plus grands jazzmen. A Hollywood dans les années 40 et au début des années 50, les scènes se passaient souvent dans des clubs ou la nuit avec des orchestres de jazz jouant en fond. Mais à la fin de cette décennie la musique de film acquiert son indépendance y compris dans le cinéma européen : le jazz apparaît alors comme un élément de la narration ce dont profiteront certains metteurs en scène comme Yves Robert. Cosma qui aime le jazz autant que la musique classique, fait appel aux jazzmen en vogue à l’époque. Eddy Louiss fait un solo d’orgue dans la première musique de film de Cosma, en 1967 (Alexandre le Bienheureux qui inaugure une longue collaboration avec Robert. Sur la B.O de la trilogie Un éléphant, ça trompe énormémentNous irons tous au paradis, et Le Bal des casse-pieds on entend les saxophonistes Pepper Adams (baryton), Don Byas (ténor), Jean-Louis Chautemps (ténor) et Tony Coe (ténor et clarinette), ainsi que le batteur Sam Woodyard. Pour chaque film, il s’agit d’écrire le thème qui opère la meilleure synthèse dramatique ou divertissante ente l’histoire et l’instrument le plus adapté. On retrouve également dans certains passages tous les ingrédients de la musique de film noir (« Jalousie blues »). Pour Nous irons tous… le quartet de saxophones est mis en avant, le choix de départ étant d’associer la couleur du sax au quatuor d’amis, par référence aux « Four Brothers » de Woody Herman, tout en rendant hommage à Charlie Parker (thèmes des « Sax Brothers », « Parker par cœur » ; « All My Evening Birds »… ). Dans Un élephant…, ce sera « Paris London » et « Berenice Blues » avec Maurice Vander au piano, Tony Coe à la clarinette, Sam Woodyard à la batterie et la chanteuse Virginia Vee.

Avec Vladimir Cosma, Vincent Beer Demander et sa compagnie nous ont emmené cette année encore au cœur de la création de musiques. L’édition 2026 n’est pas achevée mais VBD a su trouver un ancrage populaire avec des mélodies simples, et le compositeur à l’honneur cette édition a joué avec la matière musicale pour en faire des pièces raffinées p0pour mandoline. A-t-on fait le tour des possibilités de cet instrument ? Pas sûr car on est loin d’être au bout de ce que nous réserve le toujours inventif chef de compagnie pour 2027.

Sophie Chambon