Vladimir Cosma au Mandol'in Festival à Marseille - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 6 Juil 2026

Vladimir Cosma au Mandol’in Festival à Marseille

/Mandol’in Marseille Festival

Marseille capitale de la mandoline (30 juin au 06 juillet)

www.mandolinmarseillefestival.com

Avec le début des grandes vacances commence la nouvelle édition, la sixième du festival Mandol’in à Marseille de VBD et de sa compagnie.

Si Marseille jazze aux Cinq continents depuis le début du mois de juillet, la ville vibre aussi aux sons de la mandoline avec le festival Mandol’in Marseille, créé en 2021 par Vincent Beer Demander, mandoliniste, compositeur, enseignant passionné qui a d’ailleurs réouvert à Marseille en 2009 la classe de mandoline au Conservatoire. Il voulait témoigner des cent ans de l’ouverture de la première classe de mandoline au monde au Conservatoire Pierre Barbizet par un Italien du Sud Laurent Fantauzzi, ami de Saint Saens et de Massenet. Juste retour des choses, puisque Marseille fut l’une des capitales de cet instrument.

La transition avec le formidable concert la veille de l’Onj With Carla à la Vieille Charité est tout assurée quand on apprend que René Luccioni le cardiologue réputé et contrebassiste du Jazz Hip Trio avec Daniel Humair et JB. Eisinger, créateur de MJ5C était le petit fils de Lucien Fantauzzi !

/Le Festival

J’ai écouté pour la première fois le mandoliniste il y a quatre ans à l’occasion d’un de ses albums hommage à Lalo Schifrin compagnon de Dizzy Gillespie et immense compositeur de musiques de films : « Tout est possible: passer de Vladimir Cosma et ses Caprices à Régis Campo, André Minvieille et Richard Galliano, Lalo Schiffrin et Sylvain Luc. Quelque chose nous dit que le jazz aura bientôt toute sa place, disait il aux premiers temps du festival. Depuis, il a réalisé chaque année l’un de ses projets. Car le mandoliniste n’a qu’une idée en tête, renouveler le répertoire de la mandoline, instrument baroque du XVIIIème, immortalisé ensuite par Beethoven, les Romantiques et il multiplie à cette fin les collaborations artistiques pour sortir du folklore napolitain évidemment. Je pensais alors que s’il “faisait” du jazz, il créerait des mélodies conjointes avec un combo ou même en grand ensemble. Cette mission, non seulement est devenue très possible, mais il l’a menée à bien en 2023 avec le mandoliniste brésilien Hamilton de Hollanda, “Hamilton et les cent mandolines”.

L’an dernier il réitère l’exploit avec Richard Galliano avec cent instrumentistes. VBD a un certain chic pour créer des événements musicaux et cette année le programme du festival est dédié à Vladimir Cosma auquel il a demandé, comme à son habitude de composer des œuvres pour mandolines. Le musicien roumain ne s’est pas fait prier, car il aime la mandoline, étant violoniste de formation et de coeur.

Le mistral s’est arrêté et la ville respire difficilement la journée, mais le public joyeusement se presse en nombre dans la cour.

Conservatoire Pierre Barbizet, vendredi 2 juillet 2026, 19h

Conversation avec Vladimir Cosma

Interrogé par le conférencier Lionel Pons, expert en analyses musicales et spécialiste du compositeur sur lequel il a écrit des livrets discographiques, Vladimir Cosma, né en 1940 en Roumanie, plutôt que de raconter sa (longue) vie évoque sa manière de composer. Compositeur arrangeur pour l’orchestre de son père Theodor- l’appartement familial n’étant pas assez grand pour accueillir un piano, le jeune Vladimir commence l’étude du violon. Le cinéma de l’époque, de propagande russe ne l’intéresse pas, alors qu’il sera réputé pour un corpus de plus de cinq cents partitions dont des comédies burlesques, souvent très populaires (et non populacières, souligne-t-il).La musique de film ne doit en aucun cas être illustrative et redoubler les thèmes d’effets devenant alors inutiles : il cherche en premier un instrument pour définir un thème, une couleur et montre ensuite au metteur en scène sa proposition.Jouant de malchance, son premier travail pour un film Maldonne ( Sergio Gobbi , 1969 ) ne sera pas concluant, le film est un flop malgré l’interprétation toujours virtuose de Christiane Legrand.

maldonne ( christiane legrand )1969 !

Avec Lionel Pons ils reviennent sur les grands succès de sa carrière au cinéma, en mettant en lumière le lien affectif et artistique qui unit Vladimir Cosma à Marseille et à la Provence, en particulier dans les films d’Yves Robert adaptés de Marcel Pagnol comme Le château de ma mère et la Gloire de mon père. Une musique lyrique sans le recours aux instruments provençaux (!) mais enregistrée avec les stridulations des cigales dans le Parc Borély marseillais qui fait appel à l’imaginaire provençal. Une vision rêvée qui engendre toute une palette d’émotions.

La Mandoline de Vladimir Cosma, 21h

En ouverture de cette 6ème édition, des oeuvres concertantes pour mandoline, guitare et accordéon, interprétées par l’Orchestre de Chambre de Marseille sous la direction de Julien Benichou dans la cour du Palais Carli.

Solistes Grégory Daltin (accordéon), Alberto Vingiano ( guitare), Cécile Soirat (mandoline),Vincent Beer Demander ( mandoline )

Tanguedia pour mandoline, guitare et orchestre à cordes (2025)

La pièce en quatre mouvements  récente, est un hommage à Astor Piazzola, remarquable par la qualité de la ligne mélodique et puissance rythmique en relation avec l’univers souvent emporté et même violent de l’Argentin (on se rappelle « Libertango »)Mot-valise que ce « tanguedia » ou tango d’un jour.

Le premier mouvement est d’ailleurs une danse passionnée, le deuxième est une Milonga mélancolique où la guitare donne couleur harmonique et ostinato sur lequel s’élance la mandoline dans des toanlités diverses. Suit une valse dont le thème exposé à la guitare est suivi de contrechants à la mandoline. Et la dernière partie « Pulsacion » souligne la propension au lyrisme jusque dans la violence du rythme. Les deux instruments mis en valeur par le tapis de cordes alternent les rôles mélodiques et de soutien rythmique.

La Suite populaire pour mandoline, accordéon, orchestres à cordes et percussions (2020) est composée de six danses dans l’esprit de Bartok en écho à l’Europe centrale. Lionel Pons insiste sur le fait que ces pièces ne décrivent rien et surtout pas une cartographie de paysages traversés mais une succession d’états affectifs, de climats différents ( exubérance fébrile, joie dionysiaque, mélancolie)

Un duo original accordéon et mandoline entre Cécile Soirat à la mandoline et Grégory Daltin à l’accordéon. Les percussions entrent dans la danse ajoutant leurs timbres et effets bienvenus.

Danses roumaines pour Flûte à bec, mandoline, mandole et mandoloncelle

La pièce la plus extraordinaire réunissant seulement quatre solistes de la famille de VBD dont son jeune fils à la flûte à bec qui mène la danse. On pense à tous ces thèmes folkloriques, qui sont comme une carte postale touristique de la Roumanie de la Transylvanie (« Chant des Carpates ») à la Mer noire … mais non ! Le compositeur n’a cité aucun thème folklorique connu mais base son approche sur une couleur modale et des timbres propres à recréer un folklore imaginaire, « plus vrai encore que toutes les citations éventuelles ». « Quand je cherche un bon thème folklorique je l’invente » disait déjà le Brésilien Villa Lobos. Entre plaintes tziganes et thèmes issus de son plus grand succès Le Grand Blond avec une chaussure noire d’Yves Robert en 1971, on pense à un folklore rêvé imaginaire dans l’esprit de l’Arfi ou même à Andy Emler réinventant son Ravel note à note sans aucun emprunt.Danses virevoltantes qui mobilisent la virtuosité du jeune Guillaume Beer Demander !

Cinematic Concerto de Régis Campo pour mandoline, accordéon, orchestre à cordes et percussions

Suit une pièce très intéressante de Régis Campo, la seule pièce qui n’est pas de Cosma mais de l’un de ses plus grands fans Régis Campo, professeur de composition au Conservatoire. Cinematic Concerto rend hommage à Ennio Morricone, Lalo Schifrin, Gabriel Yared et Vladimir Cosma respectivement dans “Tango”, “Follia” qui est une courte variation sur basse “obstinée”, une “Berceuse” poétique et “Dance pop” des plus énergiques qui permet d’entendre timbales mais surtout tout un jeu de petites percussions : claves, wood block, mini-vibra, jeu sur les cymbales de la batterie et comme une langue de belle mère, un curieux appeau, trompinette jouet en plastique. « Dance pop » dédié à Cosma est plus émouvant. On retrouve les deux musiciens Grégory Daltin à son aise dans divers univers musicaux comme Vincent Beer Demander. Cette association souligne cependant une affinité élective entre ces deux instruments qui les a réunis, eux qui bataillent pour redonner une juste place à leurs instruments.

Concerto mediterraneo pour mandoline, orchestre à cordes et percussions (2015) clôt le programme d’une soirée mémorable. Initialement écrit pour orchestre et mandoline mais non publié, il a été adapté avec pour le soliste VBD. Morceau de bravoure d’un musicien exalté, à qui tout réussit, sous le regard ému du vieux maître Vladimir Cosma.

A suivre…