Gabrielle Cavassa au Duc des Lombards
24 juillet (premier show)
Tout juste désignée « rising star » du jazz vocal féminin par le magazine DownBeat, Gabrielle Cavassa faisait ses débuts sur les scènes françaises sous son propre nom, après quelques apparitions aux côtés de Joshua Redman et du pianiste Ryan Hanseler. Après une date au Nice Jazz Festival, c’est le Duc des Lombards – complet ou presque pour les deux shows des deux soirs – qui accueillait la chanteuse basée à la Nouvelle Orléans, accompagnée pour l’occasion de son contrebassiste régulier et de deux musiciens européens, le batteur habitué des clubs parisiens Tiss Rodriguez et le guitariste Femi Temowo, entendu notamment avec US3, Soweto Kinch, Gregory Porter et Amy Winehouse. Si le programme inclut un titre de son premier album produit par Jamison Ross paru en toute discrétion en 2020, c’est évidemment son disque le plus récent, « Diavola » qui est au cœur du répertoire de la soirée.
En ouverture, Prisoner Of Love vient lui permet d’installer le climat intimiste qui correspond parfaitement à son approche vocale conversationnelle, même si elle peine à se départir d’une certaine distance qui s’explique peut-être par une certaine timidité. Elle laisse d’ailleurs une place à mon goût trop importante aux passages solistes assurés par ses musiciens, qui interdisent de se laisser totalement prendre par ses interprétations. De façon originale, Raindrops Keep Falling On My Head est interprété via un combiné téléphonique, renforçant Comme sur le disque, c’est la paire naturelle que forment Angelo et Diavola, qu’elle introduit longuement, qui constituent le point central du concert, avant que Cavassa ne donne sa lecture très réussie du Could It Be Magic de Barry Manilow – à la surprise audible d’une partie du public, largement composé d’Anglo-saxons!
L’absence dans son trio du piano qui constitue un élément important du disque contraint à certains réarrangements, mais Cavassa a suffisamment de personnalité vocale pour s’en sortir, même le solo à effets de Temowo peine à retrouver la grâce du saxophone de Joshua Redman sur ce morceau. La chanteuse s’éloigne de son disque pour rendre hommage à Barbara, en français dans le texte, avec La Solitude, que Cécile McLorin Salvant interprétait également sur scène il y a quelques années. En rappel, elle revient à ses propres compositions, avec le très joli Bossy Nova, bien accueilli par un public qui, s’il n’est visiblement pas très familier de l’artiste, se laisse vite conquérir, comme l’indique la file qui se crée rapidement après le concert pour acquérir son disque. Après cette première rencontre scénique, qui confirme la bonne impression laissée par le disque, espérons que Gabrielle Cavassa, évidemment une des voix les plus séduisantes à avoir émergé depuis le début des années 2020, ait l’occasion de retrouver rapidement les scènes françaises, peut-être avec son propre ensemble…
Frédéric Adrian