Huchard Family au 38 Riv

Un concert exceptionnel réunissait Stéphane Huchard et son fils Noé au 38 Riv, le 6 septembre 2026.
Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, Stéphane Huchard et Noé Huchard ont très rarement l’occasion de se produire en duo en public. Un moment rare, donc, qui s’est transformé en concert exceptionnel.
Dès le premier morceau, Noé se lance dans une longue et sinueuse introduction où miroitent des fragments de Mood Indigo. Puis le thème se dévoile, le swing se met en place, comme si le pianiste avait appuyé sur un bouton invisible. Ce swing irrésistible, mais jamais appuyé, Stéphane Huchard l’accompagne de quelques roulements feutrés pleins de tact.

Dans ces premiers morceaux on sent chez Noé Huchard quelque chose de profond et de réfléchi, un refus de tout pilotage automatique et de se laisser dominer par ses doigts. Ses notes ont une force particulière : on sent qu’elles sont intensément voulues. L’intensité retenue du début laisse ensuite la place à quelques moments d’ivresse. Noé Huchard laisse alors voltiger ses mains. On entend quelques standards (dont le first song de Charlie Haden), une ballade de Sting piochée dans sa dernière comédie musicale, the last ship (Practical arrangement), et une très belle composition de Stéphane Huchard, riche en modulations, Un jour peut-être. Stéphane Huchard accompagne son fils avec une grande délicatesse de toucher. Non seulement, il ne recouvre pas le son du piano mais trouve des dynamiques subtiles.

Après le concert Noé Huchard se confie sur quelques-unes de ses influences : Pierre de Bethmann, écouté dès l’âge de cinq ou six ans, à ses débuts au piano, et Keith Jarrett, un peu plus tard. A 25 ans, le jeu de Noé Huchard est déjà très impressionnant. Lui se voit encore de multiples axes de progression : « Il y a un phrasé idéal, que j’ai en tête, un équilibre à trouver entre le jeu legato et le côté percussif du piano. Je travaille aussi beaucoup sur les écarts de notes, par exemple en écoutant des musiciens, de préférence des non-pianistes comme Eric Dolphy, dont les intervalles sont inhabituels. Il y a tant de choses à travailler… »
Texte JF Mondot
Dessins AC Alvoët (autres dessins, peintures à découvrir sur son site www.annie-claire.com)