Camille Bertault s’amuse ! « Bonjour mon amour » au festival d’Ystad

Camille Bertault : voc
Julien Alour : tp
Fadi Farah : p
Sylvain Romano : b
Minino Garay : d, perc
En ce jeudi 31 août, au 3e jour du Ystad Suede Jazz Festival, le quintette vitaminé de la chanteuse est programmé dans les salons du luxueux Saltsjöbad, soit l’hôtel qui jouxte cette très ancienne installation de bains d’eau salée de la côte méridionale suédoise.
Un décor inhabituel que cet espace de rencontres aménagé en salle de concert (avec vue sur la mer pour les artistes), mais aussi un horaire inédit, comme Camille Bertault s’en est plusieurs fois amusée : « … la première fois sans doute que l’on se produit à 13h ! » La performance du quintette ne s’est pas pour autant réduite à un intermède apéritif ou digestif : pas moins de quinze titres, rappel compris, pour plus d’ 1h30 de programme. Lequel fut généreusement ponctué d’anecdotes ou d’éclairages propres à réduire la barrière de la langue, et permettre à un public neuf et non francophone d’entrer dans l’univers espiègle de la vocaliste.
Comme l’indique le nom donné au spectacle, le répertoire est centré sur l’album de 2023 « Bonjour mon amour » (Vita Production) et le line-up en est inchangé à l’exception de la contrebasse, ici tenue par Sylvain Romano. Parmi les quelques incursions dans un répertoire plus ancien, l’ébouriffante version de la première des Variations Goldberg (Bach) en duo avec Fadi Farah, a marqué un point bien mérité. Belle découverte pour nous que ce pianiste franco libanais aussi pertinent dans son soutien qu’impressionnant et inspiré comme soliste, comparse idéal de la chanteuse funambule. Camille Bertault s’appuie sur d’autres formes de complicité avec Minino Garay, tour à tour polyrythmicien discret, partenaire vocal de subtils arrangements ou complice truculent sur scène. Avec Julien Alour, la vocaliste construit une relation souvent plus instrumentale, ainsi dans Bizarre lorsqu’elle orne le solo de trompette d’un contrepoint aux résonances flûtées. N’oublions pas la présence continue et attentive de Sylvain Romano, rarement mais finalement mis en avant comme soliste (Nouvelle York).
Soucieuse d’inviter toutes et tous à partager ses légères, graves ou intimes préoccupations, Camille Bertault n’a pas failli à sa réputation, qu’il s’agisse de tessiture, de justesse ou d’agilité vocale. Tour à tour diseuse, danseuse, prestidigitatrice, chat ou sirène new yorkaise, c’est la variété de ses occupations de l’espace sonore et scénique, mais surtout la touche personnelle de son écriture qui relie les pièces du programme au-delà de sa diversité stylistique. Nous n’en retiendrons ici que le charme un rien surréaliste de Bizarre – « la nuit qui pique un fard, la douceur du poignard, l’ivresse sans pinard, une laisse sans clébard.. « – ou encore l’évocation elliptique et touchante du mal-être adolescent (Voir la mer). Si l’on peut douter de la parfaite saisie des subtilités du texte du côté du public suédois, le truculent et très brésilien final aura mis tout le monde d’accord et d’excellente humeur.
Vincent Cotro, avec la complicité de Mathilde Berthe
Samedi 1e août :
Magnus Carlson & The Moon Ray Quintet
Ivan Lins Quartet « The Island »
www.ystadjazz.se