Prince, “Timeless” is more
En dix chansons, “Timeless”, la nouvelle compilation d’inédits de Prince, traverse cinq décennies de création musicale ininterrompue. Verdict.
Par Fred Goaty
Le concept : dix chansons inédites – certaines circulent sur le net, pas toujours dans les mêmes versions – qui traversent cinq décennies. Pour prendre conscience, une fois de plus, de l’incroyable diversité esthétique d’un multi-instrumentiste, auteur, compositeur, arrangeur et producteur de génie qui n’aura décidément jamais étanché sa soif de musique(s).
Maintenant que son geste musical s’est figé dans le temps, ce qui laisse un peu plus de place à la réflexion, on commence enfin à se rendre compte que, bien avant l’heure, Prince a questionné les genres : homme, femme, straight, gay… Chez lui tout le monde avait droit de cité, toutes les raisons d’être étaient reines, même quand elles étaient évoquées frontalement, voire crûment. Parallèlement, fatalement, logiquement, les genres musicaux passaient tous au tamis de sa douce folie créatrice.
D’emblée, I Am You, piste 1,et Tick Tick Bang, piste 2, laissent pantois. Ainsi, tout ce qui allait faire la singularité du Minneapolis Sound, ou le Son Prince si l’on préfère, était déjà en place dans I Am You. Cette voix androgyne, ce groove tout en tension élastique, ces mini-riffs et ces nappes de synthé, cette basse qui claque… Seule frustration : un fade out qui arrive presque trop vite, tant on aimerait entendre la suite.
Quatre ans plus tard, mutation punkoïde avec Tick Tick Bang, (version avec guitare façon Communication Breakdown / Led Zeppelin en overdub), histoire de rappeler aux oublieux que le rock and roll, même énervé, était bien une musique noire. Ce qu’il continuera de souligner aussi férocement et brillament en 2007 avec The Guilty Ones, piste 8, nouvelle poussée de fièvre rock and roll auréolée d’un fantastique solo de guitare.
Piste 3, la bien nommée Heaven, aller simple au Paradis Princier. Jeanne Added et Thomas de Pourquery vont adorer. Vous aussi. Message personnel : « Mon Prince, tu aurais dû la sortir en 1985 celle-là, elle serait déjà culte depuis longtemps… » Là encore, tous les accroche-tympans du Son Prince sont distillés avec maestria, ces handclaps et ces micro-mélodies qui sont une marque de fabrique, ce chant démultiplié (avec la voix de Susannah Melvoin en prime), ces arrangements polychromes qui confinent au féérique… Du grand, du très grand Prince.
Piste 4, I Wonder, comme une pile à combustion lente, furieusement princière, groove moelleux, chœurs gospellisants, chouette solo de piano. Pistes 5, With This Tear : hello Céline Dion, à laquelle Prince avait offert cette superbe ballade romantique en 1992. Piste 6, Stone, qui aurait pu – dû ? – faire partie prenante de la multitude du monumental triple album “Emancipation”. Pas forcément inoubliable, mais là aussi, le charme opère lentement.
Piste 7, Calabama, piste 9 (2003), Bestest Friend (2007, faux airs de The Beautiful Ones) : Prince refaisait du Prince qui refaisait du Prince qui refaisait du Prince (ad lib), et ça marchait toujours. Constat : l’émoi serait XXL si un.e jeune artiste arrivait à pondre deux chansons de cette qualité aujourd’hui !
Et enfin, How Come U Don’t Call Me Anymore, live à Oakland en mars 2016. À peine plus d’un mois avant de passer de l’autre côté du miroir, Prince était encore capable de chanter comme ça. Alors, forcément : la larmichette.
Verdict ? INDISPENSABLE !
CD ou LP Prince : “Timeless” (NPG Records Paisley Park / Sony Music). Les musiciens sont crédités et les dates d’enregistrement précisées.
Photos : © Steve Katz
Merci à Julian D. & Romain P.
