Venna et Kokoroko au festival Jazz à la Villette - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 12 Sep 2026

Venna et Kokoroko au festival Jazz à la Villette

Grande Halle de la Villette, 6 septembre

En guise de bouquet final de l’édition 2026, Jazz à la Villette avait choisi de proposer un programme autour de la scène londonienne, qui ne cesse depuis quelques années de voir émerger de nouveaux talents.

Le saxophoniste Venna – Malik Venner selon à l’état civil – est le premier à se présenter avec son trio pour un cet centré autour du répertoire de son premier album, « Malik », sorti l’année dernière. Entendu chez Burna Boy, Arlo Parks, Yussef Dayes et Little Simz, le musicien a déjà son public fidèle, qui réclame et obtient les titres qui lui ont permis de se faire remarquer sur les réseaux sociaux ces deniers mois, tels que My Way et Sicily Box. Le son, chaleureux et mélodique, du saxophoniste, évoque celui d’un Grover Washington Jr, mais la musique, entre jazz marqué par la pop et R&B contemporain, s’approche dangereusement d’un smooth jazz purement décoratif. Les spectateurs – dont certains sont prêts à payer 100 € pour acquérir son LP – ne se posent pas tant de questions et manifestent un enthousiasme qui permet à Venna de dépasser son créneau officiel. Difficile de savoir vers où il va aller ensuite…

Pas de surprise particulière avec Kokoroko. Visiteur régulier des scènes françaises, le collectif a vu sa configuration évoluer au fil des années autour de sa patronne, la trompettiste et chanteuse Sheila Maurice-Grey, sans perdre son inspiration et sa singularité. Repéré en 2018 avec l’irrésistible Abusey Junction (absent de la setlist en ce moment) sur l’anthologie « We Out Here » impulsée par Giles Peterson, le groupe continue à creuser un sillon qui convoque aussi bien le jazz que l’afrobeat au service d’une pulsation dansante et festive assez irrésistible. Sans surprise, le programme puise largement dans le répertoire du dernier album en date, « Tuff Times Never Last », avec des titres comme Idea 5 (Call My Name) ou Da Du Dah, complétés par des emprunts aux disques précédents et par deux reprises à vocation programmatique : Love and Death du vétéran du highlife Ebo Taylor, décédé il y a quelques mois, et I’ll Stay de George Clinton, dans une version évidemment inspirée de celle de Roy Hargrove.

Maurice-Grey partage la première ligne avec la chanteuse et tromboniste Anoushka Nanguy, arrivée récemment et bien intégrée dans le son d’ensemble, tandis que le reste de l’orchestre emmené par le percussionniste fondateur Onome Edgeworth crée le cadre parfait pour leur expression. Le public répond sans hésitation, et la Grande Halle prend une allure de club londonien qui lui va bien, permettant au festival de refermer ses portes sur un sommet – en attendant l’année prochaine.

Frédéric Adrian