Pau Jazz: Pavillon haut pour Airelle § Andrea - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 20 Sep 2026

Pau Jazz: Pavillon haut pour Airelle § Andrea

Airelle Besson (tp),Lionel Suarez (acc)

Jazz à Pau, Le Foirail, Pau (64000)

ElLLE & IL le font de concert, font vivre le concert à leurs mains dans le sens de l’intitulé de leur album, Blossom. La pousse, le bourgeon, ce « petit chose » qui sort , qui jaillit à l’air de la vie. Et ne demande qu’à grandir. IL l’accordéon, Elle la trompette. En ce lancement, cet élan donné ELLE (Airelle Besson) se balade sur les temps, les prend, les joue pour, les joue en contre, telle une gymnaste des pistons, une danseuse de corde du cuivre en son pavillon. De quoi exposer tout de suite en parallèle également son traitement personnel du son, sa sonorité d’éclat ou de feutre. IL (Lionel Suarez) à son tour affiche son expertise dans la découpe des rythmes, via une métrique savante (Le Jour J à l’heure H) Vient le moment de rendre un hommage (un clin d’œil peut être plutôt à Carlos Gardel (au bout d’une longue explication introductive de Lionel S…qui au final le rebaptise (!) « aveyronnais, ma terre à moi ») Soit des échos appliqués d’un bel et bien tango au travers, d’un échange, d’une joute instrumentale non dénuée d’humour gestuel. Ce Memoria collectiva précède une composition signée Keith Jarreth, diversification thématique qui donne du sel et de l’iode au répertoire choisi par le duo pour la scène. Version en air de chanson d’un thème (Answer me) du pianiste starisé -que malheureusement on n’aura plus l’occasion de voir sur scène, maladie oblige…- pris sur un tempo mesuré. Occasion de goûter la sonorité feutrée de la trompette. Et du souffle contenu de l’accordéon (cf l’interview de Lionel Suarez in latxaguerobert.wordpress.com)

LionelSuarez

Techniquement parlant ELLE & IL auront démontré sur les planches, en version live,  une capacité partagée d’un sens prononcé de l’improvisation. Au services des idées, de trouvailles harmoniques comme rythmiques. Comme disait l’autre « faire et défaire – la mélodie pour le plaisir de la surprise chez l’auditeur- c’est toujours travailler »…dans l’esprit du jazz.

Pourtant si l’on devait retenir une constante de cette heure de musique de fin d’été pyrénéen, l’entame du premier concert de la saison de Pau Jazz se sera vécu en continuum d’un bain d’émotion douce. « Ça peut pas faire de mal non plus » comme dirait l’autre n° 2…

Andrea Motis (voc, tp), Juandir Da Silva, Josep Traver (g)

Andrea Motis

Autre rendez-vous dans ce lancement saisonnier à Pau baptisé « Ladies, Trumpets & Songs » autour du primat de la trompette au féminin, bien sûr. Mais ce trio promu durant le Festival de Jazz de Barcelone « …qui va fêter ses 60 ans cette année » dixit son directeur compte aussi avec la voix de la trompettiste catalane Andrea Motis. Soit un vocal imprégné de nuances et de moelleux selon la nature du genre abordé en langue espagnole, en catalan, en anglais ( standards ) ou même en français (chansons)

Deux guitares acoustiques l’encadrent dans la même veine.  D’abord la mélodie prend le pas sur l’effet rythmique. Puis la ligne directrice s’inverse tandis qu’apparaissent des airs venus du Brésil. Une bossa qui ne dit pas son nom, le chant épouse les lignes ondulantes des six cordes acoustiques (Juandir Da Silva, brésilien de Bahía) My favorite things aussi sur un vocal profilé jazz. Puis pour régler l’addition, une trompette de sonorité plus acide, incisive sous les assauts d’un travail rythmique en passage d’accords précis du guitariste catalan (Josep Traver)

Josep Traver

Il en est ainsi dans le déroulé des morceaux, les guitaristes alternent pour des formules de duo le plus souvent avec la trompettiste/chanteuse. De quoi illustrer des titres connus, standards ou airs du patrimoine de chanson populaire. Française, en particulier : Que reste-t-il de nos amours (Charles Trenet) ou encore Je m’suis fait tout p’tit (Brassens) La trompette remise en lèvres vise alors avant tout à redessiner, à valoriser, à sacraliser la mélodie. Ou sur le sucre fondant d’une balade de Chico Buarque (O meu amor) à peindre ses lignes plus en profondeur dans un prolongement de couleurs pastel. Décalque en ambiance  encore et toujours. A propos de l’écriture, musique et mots de la légende Juan Manuel Serrat – « Le chanteur idole de ma mère …» (De mica en mica) voix et trompette trouvent le ton juste en fidélité au climat annoncé. Extension d’improvisation comprise. Idiome et catalanité en jonction totale, on songe au travail de Sylvia Perez Cruz. 

Jurandir Da Silva

Dans les emprunts assumés à Amy Winehouse ( You sent me flying) ou à un classique de la folk music (Freight train) la découpe rythmique se fait plus tranchée. La voix (de gorge) se fait plus teintée de sombre. Plus ombrée, plus noire. Trompette ou voix mise en chantier, Andrea Motis pour le public, fait montre en mode de séduction directe d’une vraie capacité d’adaptation. Toujours aussi réceptif le public béarnais en a tiré profit.

Robert Latxague