Film#22/23 Le Concours qui n’eut pas lieu (3ème partie : Bakea et quelques figures connues)
Figures connues ? Certaines l’étaient déjà et d’autres le seraient… plus ou moins selon les publics : Jean-Louis Damant, Michel Godard, Marc Thomas, Christian Gentet, Alain Bouchaux plus un vibraphoniste non identifé.
Si j’ai bien compris les archives que j’ai pu consulter et les souvenirs qu’en ont gardé ou pas les artistes que j’ai pu interroger, Bakea était né au Cim (ou pas loin) sur des partitions orchestrales du compositeur américain Darryl Hall qui enseignait alors l’arrangement au Cim et venait d’y animer un stage de cinq semaines (voir n°11 du Jazzophone). On l’aperçoit d’ailleurs sur plusieurs de mes clichés en train de tourner des pages un stylo à la main : feuille Sacem ou formulaire de Radio France qui venait d’enregistrer la prestation du groupe ? Ou bien, dernières retouches apportées aux partitions avant que l’orchestre ne monte sur scène. Derrière les pupitres : Jean-Louis Damant (tb), Michel Godard (tuba), Marc Thomas (as), Christian Gentet (b), Alain Bouchaux (dm), plus un vibraphoniste dont j’ai eu l’indélicatesse de ne pas noter le nom.

Jean-Louis Damant est un musicien typique de la confrérie des trombones, personnages discrets constituant au sein du big band une sorte d’aristocratie secrète, d’une solidarité inébranlable, pour laquelle l’art du jeu en formation, de l’écriture orchestrale et les dessous de la vie de l’orchestre et de ses partitions n’ont aucun secret. C’est d’ailleurs ce profil qu’il défendrait bientôt dans un débat autour du trombone pour le Jazzophone (le journal du Cim), auquel j’assistai quelques semaines plus tard comme photographe, prenant bonne note de cette plaidoirie qui m’est restée à l’esprit. On se souvient que, au sein du premier ONJ, Jean-Louis Damant fut associé par François Jeanneau à Yves Robert qui ne se reconnaissait certainement pas dans cette ascèse de la modestie tombonistique, et c’est probablement pour cela que Jeanneau avait voulu les associer, tant pour la complémentarité que pour voir quelles intéressantes étincelles pourrait produire leur adversité. Mais à vrai dire, n’en sait rien et j’extrapole pour le plaisir du récit.

Échappant à mon objectif et partiellement dissimulé derrière son gros tuyau, Michel Godard, le charmeur de serpent, on ne le présente plus, encore qu’à l’époque (il ne jouait pas encore de serpent) et faisait encore figure de nouveau venu, révélé quelques semaines plus tôt au sein du Tubapack de Marc Steckar.
Décédé en 2015 à l’âge de 56 ans, Marc Thomas était un peu un enfant du Cim où l’on avait remarqué son penchant pour Paul Desmond une première fois à la Défense en 1979, âgé de 20 ans au sein du Quintette de l’Art, 2ème prix (derrière le quartette d’Éric Le Lann) aux côtés du violoniste Dominique Pifarély, du pianiste Francis Demange, du contrebassiste Yves Torchinsky et du batteur Can Kozlu. Depuis, s’était-il déjà départi de cette influence ? Sa culture jazzistique mettait à portée de son saxophone bien des modèles, comme on pourrait le remarquer plus tard, notamment lorsqu’il adopterai le ténor. Un article de Thomas Ferenczi publié le 6 août 1980 dans Le Monde le signalait au début de l’été dans les caves du Connétable (lieu oublié du jazz français, au 55 rue des Archives) en compagnie du guitariste Dominique Cravic, du même Torchinsky et de Georges Paczynski. Il serait à l’automne suivant l’invité, avec Charles Schneider, à participer à une masterclasse dispensée Salle Wagram par Sonny Rollins et filmée pour la télévision par Claude Ventura (ça circule encore sur youTube. La suite de ses aventures le verrait se consacrer au ténor, avec des côtés très getzien, et au chant (irrésistible crooner et scatteur redoutable).

Nous avons déjà croisé sur mes planches contact le contrebassiste Christian Gentet au sein du trio de Zool Fleischer et on le découvrira bientôt à la tête de l’Orchestre de contrebasse.
Aux percussions, Alain Bouchaux, que je croisais souvent à l’époque, et que je retrouverai plus tard sur un autre terrain, en co-auteur de L’Argot des musiciens co-signé par Didier Roussin et Madeleine Juteau, puis battant le tambour, voire même simplement les lattes du dossier d’une chaise en bois pliante trainant au studio Acousti lors d’une séance de “Paris-Musette”.

Qu’est-devenu Bakea ? Hé, bien, le groupe revint à la Défense l’année suivante pour râfler le 1er prix avec un personnel modifié (on y reviendra lorsque j’aurai atteint les strates correspondantes de mes archives). Sur le même répertoire ? En 1983, l’orchestre existait encore, comme en témoirne l’affiche du New Morning du 30 mars 1983, avec Guy Figliolons au trombone, Alex Grillo au vibraphone, Philippe Deschepper à la guitare, Yves Teslar à la batterie et toujours Marc Thomas et Michel Godard.
Il manque encore un groupe à cette édition 1981 de la Défense. J’y viendrai bientôt. Franck Bergerot
