Jazz en Comminges 2021 (2)

02 Nov 2021 #

Le troisième soir des festivités à Jazz en Comminges était assurément placé sous le signe du swing. Ce qui nous fait observer – une fois de plus – que la conception du swing est à dimension variable car les deux formations d’hier ont fait se succéder des esthétiques bien différentes.

Samedi 30 octobre à 20h30 au Parc des Expositions du Comminges

Sarah McKenzie : piano, voix, Pierre Boussaguet : bass, Hugo Lippi : guitar,
Sebastiaan de Krom : drums, Plume : sax alto

La pianiste et chanteuse australienne Sarah McKenzie recherche dans sa musique et à travers les chansons du Great American Song Book « la classe et l’élégance ». Sur ce plan-là, rien de nouveau sous le soleil. Des standards, de l’amour, des balais, un son bluesy et un swing bien installé. Nous pourrions peut-être déplorer le peu de prise de risque mais il est rapidement contrebalancé par une section rythmique terriblement efficace. Le son de la contrebasse de Pierre Boussaguet, un peu métallique et tout entier tendu vers le temps, légèrement en avance, apporte l’énergie nécessaire à un swing vivant et vibrant. C’est la cymbale ride imperturbable et le rimshot dévastateur du batteur Sebastiaan de Krom qui finissent d’installer l’autoroute du swing pour les solos à venir, en balades ou en tempo (très) rapides comme en atteste la composition « Scneller ! » (plus vite !) en référence à l’autoroute allemande sans limitation de vitesse.

Une douce et charmante version de « Que reste-t-il de nos amours ? » chantée en anglais ouvre le set et installe le climat général. Après un solo de piano bien ficelé dans un style « vieille école », la guitare de Hugo Lippi vient pimenter la belle chanson française avec une touche de modernité : de longues phrases en débits rapides et continus, sans arrêt et sans montrer le moindre signe de fatigue. Nous aurons même le droit à un tout petit passage chanté en français, clin d’œil apprécié par le public si j’en crois les sourires de mes voisines de rangée.

Il faut attendre le cinquième morceau pour voir et entendre un changement majeur. L’arrivé du « very special guest », le saxophoniste alto Plume. Coup de tonnerre sur scène et coup de fouet à toute l’équipe après son premier solo. Avec un son bien dégagé, percussif et légèrement adoucie par une mince reverb ajoutée, ses phrases d’une implacable précisions rythmiques embarquent le groupe dans une toute nouvelle direction et le public avec. L’atmosphère a changé, Hugo Lippi saisit cette opportunité et répond aux incitations du saxophoniste avec de beaux développements mélodiques en utilisant le jeu en octaves, un peu dans le style de Wes Montgomery.

Nous retiendrons de ce concert les arrangements inspirants de Sarah McKenzie, notamment la présence bienvenue d’un « spécial », section écrite imitant l’improvisation et jouée à l’unisson par tout le monde. Retenons également un solo de batterie si énergique et étonnant qu’il déclenchera l’ovation du public. Enfin, rappelons nous surtout que la présence d’un seul musicien – surtout lorsque c’est un saxophoniste alto puissant au nom léger – peut impacter considérablement le son de tout un groupe !

Samedi 30 octobre à 20h30 au Parc des Expositions du Comminges

Kyle Eastwood : contrebasse et basse, Andrew McCormack : piano, Chris Higginbottom : batterie, Quentin Collins : trompette et bugle , Brandon Allen : Saxophone,
+ Camille Bertault et Hugh Coltman : voix.

 

Changement de plateau, le décors change mais le grand piano Steinwey & Sons reste et on peut surprendre le pianiste Andrew McCormack se délier les doigts avec quelques exercices de technique, un peu de Bach et même improviser quelques phrases sur la grille de « Cantaloup Island » laissée en fond, rapidement rejoint par le trompettiste/bugliste Quentin Collins et le saxophoniste ténor/soprano Brandon Allen. Le concert n’a même pas commencé que nous sommes déjà devant la scène à essayer de surprendre un accord, une mélodie, un bout de partition…

 

Je l’ai dit au début, le swing était le maître-mot de la soirée mais à des niveaux et des esthétiques bien différents. Kyle Eastwood annonce sur-le-champ que le groupe va jouer des musiques de son dernier album « Cinematic ». Pourtant, les deux premiers morceaux témoigneraient presque d’un hommage au fameux quartette de Jonh Coltrane. Le style modal, l’accompagnement piano en quarte superposées à la McCoy Tyner, le jeu fourni et sauvage de la batterie de Chris Higginbottom rappelant par moment celui d’Elvin Jones et surtout les joutes sonores déchaînées d’un saxophone ténor qui essaye de sortir de l’emprise Coltranienne (ou au contraire de s’en rapprocher ?). Seule la trompette ou plutôt le superbe son du bugle de Quentin Collins (techniquement remarquable !) et la contrebasse électrique du leader viennent rappeler que nous sommes bien au festival Jazz en Comminges. À peine reconnaissable donc, cette version de « Skyfall » dont quelques bouts du thème viennent entrer en conflit avec une esthétique des années 60’.

Après un autre morceau à la sauce bop emprunté à Jonh Williams cette fois-ci, le set continue sur une série de thèmes très connus des plus comme des moins cinéphiles : Ennio Morricone, Michel Legrand, Steve McQueen, Henry Mancini, etc. Le musicien et acteur a même invité sur scène la voix de Camille Bertault et de Hugh Coltman le temps d’un morceau, exactement comme sur l’album.

Le concert se finit par un traditionnel rappel : « nous allons jouer le blues » dit Kyle Eastwood en réinvitant tout le monde sur scène. Je n’étais franchement pas très enchanté à l’idée d’un blues final où les sept artistes iraient chacun de leurs improvisations avant la salutation finale et les applaudissements. Quel ne fût pas mon étonnement d’entendre un solo de piano comme je n’en avais peut-être jamais entendu auparavant sur un blues. Une série d’accords aux couleurs indescriptibles, je ne comprends pas ce qu’il se passe mais Andrew McCormack insuffle une direction si forte que l’on se laisse emporter sans résistance en dehors du blues sans jamais pour autant le quitter.

Nathan Arnoult

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