Monte Carlo: l’inspiration de Vicente Amigo

26 Nov 2019 #Concerts

Comme se plaît à le rapeller Jean-René Palacio, Directeur Artistique de la SBM (Société des Bains de Mer de Monte Carlo) et créateur du festival “ cet événement veut montrer que le jazz est une musique ouverte sur notre temps” D’où sa volonté d’explorer ses cousinages musicaux. Cette année vers des paysages méditerranéens.

Le trio Joubran s’installe sur la scène. Chacun des frères prend son oud, instruments magnifiques fabriqué par leur frère. L’après midi le réglage des micros pour chacun des instruments à duré  plus d’une heure. Musique et son de mécanique fine, minutieuse. L’ainé prend la parole en guise de présentation. Il revient sur le temps, pas celui lié à la sonorisation. Non, il parle avec émotion et une pointe d’humour de la météo “De toute ma carrière je n’ai pas été secoué dans un avion comme celui qui nous a emmené à Nice. Affreux, terrible” Dehors sur la terrasse du Casino le vent violent tord les palmiers, retourne les parapluies. Couche les goutte de pluie à l’horizontale…

Le trio Joubran : Samir Joubran (oud, voc), Wissal Joubran, Adnan Joubran (oud) + (cello) + (perc)

Vicente Amigo (g), Añil Fernández (g), Ewen Vernal (elb), Paquito Gonzales (perc), Rafael de Utrera voc/cante), José Maya (danse/baile)

Monte Carlo Jazz Festival, Opera Garnier, 23 novembre

 

Trio Joubran

Les mélodies déroulent leurs fils sur toutes les cordes associées. Accordées. Il monte de ces trois instruments, poussé aussi rythmiquement  par le violoncelle pris en pizzicato (beaucoup) ou à l’archet (un peu) des lignes de notes colorées dans une palette de modes orientaux. Il passe dans ces belles phrases, hors certaines séquences vouées à la danse, de la nostalgie, des trames de tristesse, des voiles d’ombre. Nostalgie d’une terre libre sans doutes pour les musiciens palestiniens nés à Nazareth. C’est beau, certes. On peut songer dès lors à plus de libération, d’avantage d’élans qui pourraient fleurir, entraîner le public par le rythme, une pulsation plus affirmée qui sait. Un regret majeur tout de même. Ce moment où jaillit de nulle part la voix de Roger Waters, ancien leader de Pink Floyd, en surimpression sous quelques nappes de synthétiseurs, histoire d’appuyer leur lutte pour leur terre. L’artifice de l’effet de placage très vite passé dessert la vérité de la cause. Dans ce creuset sonore si naturel la minute du Floyd tombe à plat.

 

Vicente Amigo

Cinq six minutes, peut être plus, seul sur scène, dans un éclairage intimiste pour débuter le concert (Solo) Vicente Amigo démontre là une capacité, une manière très personnelle, suite á une attaque sèche en accords ou arpèges, à revenir dans la douceur, la nuance traitées dans les cordes de sa guitare. Il s’y entend à faire émerger intacte, naturelle, la melodie du thème, du cante au beau milieu des centaines de notes jouées tout autour. La guitare s’exprime sans artifice aucun, sans le filtre des pédales d’effet. Les notes naissent, sont mises à jour par les voies naturelles du bois et des cordes nylon. Pour autant la guitare flamenca se livre dans un jeu très physique, exige un engagement total dans les phrases, les “palos” (genres) exposés. Avec le groupe qui le rejoint bientôt la complicité est immédiate, telle cette recherche de l’accroche, l’appui avec le percussionniste pour autant de relances spontanées. Chez Amigo, à l’image d’un Tomatito ou d’un Chicuelo, autres prolongateurs de l’art de Paco de Lucía, la virtuosité á ce niveau technique ne représente pas un vain mot, ne se perd pas dans le cliché. On perçoit un savoir faire profond, travaillé, comme transcendé via une transmission avec des prédécesseurs du monde gitan. Dans le relief donné à son jeu, tradition et modernité se fondent sans heurt. Et l’improvisation en constitue une partie intégrante.  Le fil tendu du récital englobe naturellement les mots façon voix de gorge profonde du cante jondo (le chant), les pas de danse explosifs du baile comme autant d’enrichissements formels. Au total, pour revenir à la manière, la griffe propre à Vicente Amigo lorsqu’il embrasse son vocabulaire pur flamenco – ouvert à l’appel de musiques d’aujourd’hui il a collaboré par ailleurs au travail de figures aussi diverses que Léo Bouwer, Miguel Bosé, Dire Straits ou Khaled– sa recette, son secret de fabrication, son alchimie viennent évidemment du “duende”, mot de l’univers gitan du flamenco, quasi intraduisible sinon dans des approximations type inspiration, rite voire part d’une mythologie. Exemple: nichée parmi les soleas, bulerías, et autres boleros,  modes génériques du flamenco,  cette “Rumba”, manière de danse flamenca exportée par les emigrantes espagnols dans les colonies des îles de la Caraïbe conquises par les conquistadors,  revint de Cuba marquée au fer rouge d’une pulsation afro cubaine, désormais accentuée par le cajón, instrument de  percussion cubique aspirée par le flamenco.

Á Monte Carlo comme ailleurs, dans le public les aficionados inconditionnels du genre ne pouvaient s’empécher au final de s’adonner aux palmas, les battements de paumes de mains pour communiquer, communier avec les assauts, l’élan de la guitare. Vicente Amigo, toujours recueilli, concentré façon chevalier du flamenco à la triste figure, pouvait sourire enfin…

 

 

José Maya, bailador

Robert Latxague

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