ORLÉANS : QUARTETTE DU VIBRAPHONISTE PHILIPPE MACÉ

07 Apr 2019 #Concerts

Une escapade orléanaise pour goûter l’un des ces samedis du jazz concoctés par Ô Jazz et la Scène Nationale d’Orléans

PHILIPPE MACÉ QUARTET

Philippe Macé (vibraphone), Éric Barret (saxophones ténor & soprano), Stéphane Kerecki (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Orléans, Scène Nationale, 6 avril 2019, 15h

Ce concert est comme un prélude subliminal au festival ‘Jazz or Jazz’, qui commence trois jours plus tard au même endroit. Un prélude inavoué, mais pas inavouable, car les musiciens qui sont sur scène comptent parmi les meilleurs de leurs générations respectives, et on les aurait volontiers vus plus que légitimes dans la programmation du festival, laquelle est très fédératrice, et marquée par la dispersion culturelle qui régit désormais l’industrie du même nom (ou plutôt du même adjectif….).

Les après-midi jazz programmés par l’association Ô Jazz invitent généralement des musiciens de la région, et même si le groupe du jour rassemble des artistes de réputation plus que nationale, il faut signaler que Philippe Macé, qui dirige le conservatoire de Bourges, est venu en presque voisin. Quant à Simon Goubert, venu au pied levé remplacer Karl Jannuska, le batteur régulier du groupe, il habite la plupart du temps dans le département du Loiret.

Le concert commence par une intro très libre, qui débouche sur un thème aux harmonies sinueuses et recueillies, avant que le saxophone ténor ne prenne son envol improvisé. C’est une forme à tiroirs, dont les méandres fascinent. Après une coda explicite le vibraphone enchaîne, mais on applaudit, et Philippe Macè suspend sa phrase pour laisser place à l’expression du public. Puis il reprend, suivi par le groupe : Éric Barret est désormais au soprano, le lyrisme est toujours là. Ce nouveau thème s’intitule Providence, en clin d’œil au film d’Alain Resnais. Il semblerait qu’à l’origine cette composition était un duo pour vibraphone et marimba. En quartette, cela fonctionne à merveille. On entend dans l’atmosphère l’influence de Gary Burton, dont le vibraphoniste fut l’élève au Berklee College de Boston, mais nulle servitude, aucun de ces tics qui trahiraient l’épigone.

Changement de registre avec la suite, une version très personnelle de Vesoul, de Jacques Brel : ça chauffe aussi sans le regretté Marcel, au soprano d’abord, puis après un solo de vibraphone avec un duo sax ténor-batterie qui rappelle l’effervescence du free jazz. Suit un solo de contrebasse qui chante dans l’aigu tandis que, simultanément, les notes graves de l’instrument tissent un socle harmo-rythmique ; et la basse dérive vers Lonely Woman, thème phare d’Ornette Coleman, repris avec chaleur par le sax ténor. Après La Dame de Séville, inspiré par Georges Bizet, ce seront deux autres titres extraits du récent disque de Philippe Macé, «On the Road Off the Road», publié en 2017 (Parallel Records/Absilone) : beau dialogue contrebasse-vibraphone dans Dance with the Wind, avant le conclusif The Escape, où pendant le solo de vibraphone Simon Goubert fait souffler, avec la complicité de la basse, un vent de polyrythmie, qui évolue de la brise à la tempête dans le solo final. Bref un très beau concert, bien sonorisé pour un public très attentif dont la qualité d’écoute n’a pas échappé aux musiciens (et à votre serviteur, tout aussi attentif ! ).

Xavier Prévost

Philippe Macé créera avec l’Ensemble Instrumental de Bourges, le 31 mai à Bourges au Palais Jacques Cœur, et le 1er juin au Château de Valençay, une œuvre écrite par ses soins qui mêle jazz et instruments anciens. Au même programme une composition de Jean-Christophe Cholet

Le festival ‘Jazz or Jazz’ d’Orléans se déroulera du 9 au 13 avril

(programme en suivant ce lien)

Chaque jour du festival à 12h30, au Bar d’Entracte du Théâtre d’Orléans, ‘Saveurs Jazz’, des conférences pendant le déjeuner par les amis de Jazz Magazine : Frédéric Goaty, Franck Bergerot & Pierre-Henri Ardonceau

Le site d’Ô Jazz

http://www.ojazz.fr/index.html 

Brève de jazz

Les Grands Prix de l’Académie Charles Cros ont été décernés hier soir

Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias) Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS) JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60. JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical, à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée http://charlescros.org

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

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20190401 - N° 715 - 100 pages

33-tours et puis reviennent : parce que le Disquaire Day est non seulement le rendez-vous des amoureux du disque mais...