Perrine Mansuy trio Traversons/ Jazz en cépages, bastide de la magalone, marseille.

29 Sep 2019 #Le Jazz Live

Dans le cadre de MPG 2019, année de la gastronomie, qui souligne le travail de cette filière, le concert du trio de la pianiste Perrine Mansuy ouvre le festival Les Réjouissances qui participe d’une volonté affirmée de rendre encore plus attractif le territoire de la Métropole.

JAZZ EN CEPAGE / TRAVERSONS

Perrine Mansuy Trio

Dans le cadre de MPG 2019, année de la gastronomie, qui souligne le travail de cette filière, le concert du trio de la pianiste Perrine Mansuy ouvre le festival Les Réjouissances qui participe d’une volonté affirmée de rendre encore plus attractif le territoire de la Métropole.
http://perrinemansuy.com/TraverSons.html

Quinze jours après la venue de l’équipe de François Régis Gaudry ( On va déguster, le dimanche de 11h à 12h, sur France Inter, présentant en direct la cuisine marseillaise, depuis la BMVR de l’Alcazar), c’est au tour de la Cité de la Musique, en ce lieu extraordinairement insolite de la bastide de la Magalone, et de ses jardins (cachés) classiques, en face de l’Unité d’Habitation marseillaise du Corbusier, Bd Michelet, d’accueillir une série d’événements, organisés par MARSEILLE CONCERTS, alliant plaisirs gustatifs et musicaux.
Un concept intéressant et original, puisqu’après une dégustation de vins bio de la cave de Baille, et de fromages (Kalou), le trio propose un concert commenté pour tous publics, amateurs de musiques et de gastronomie. La volonté pédagogique prend tout son sens ici, à la Cité de la musique, car le jazz, cette musique, devenue savante, du XXème siècle, n’est pas toujours bien comprise de nos jours. Construisant ce projet autour de commentaires avec l’aide du promoteur de spectacles vivants Crea gency, la pianiste souligne le rôle important de la transmission dans un parcours de musicien. Elle insiste sur l’improvisation capitale, sans trop s’attarder sur les différences entre improvisation et composition, sujet souvent débattu dans le jazz, prétexte à de nombreux malentendus.
Perrine avoue des influences diverses qui traversent sa musique. Elle vient du jazz certes, avec un cheminement bien à elle, toujours un pas de côté. Ce qui se confirme volontiers quand on écoute ses compositions. J’ai eu la chance d’entendre l’un de ses premiers duos, il ya près de 20 ans, Verso, avec Valérie Pérez qui inventait littéralement une autre langue, chantée. Où le texte devenait élément de la partition musicale, autorisant un accès à d’autres voies sensorielles.

Une musique pédagogique?
Un spectacle qui se veut en tous les cas, “ludique, simple, accessible, acoustique”. “Ludidactique” en somme, pour utiliser un mot valise. Prenons un exemple précis que la pianiste développe : le choix d’une note dont elle va changer la couleur, selon l’harmonie choisie. Les notes sonnent différemment ainsi, et la mélodie qui en résulte en est transformée, même en restant dans une gamme majeure.
Le trio va donner, autour de certains extraits musicaux, quelques clés du langage musical du jazz, insistant notamment sur l’improvisation et la liberté qu’elle procure aux musiciens de jazz, en fait, à tous ceux qui s’essayent à cette pratique, quelle que soit leur formation. Et ceci est important car, quand la pianiste présente ses acolytes, elle insiste sur leur origine musicale, souvent éloignée du jazz. Mais à eux trois, ils créent un jazz actuel, libre, selon les goûts et le parcours des membres du trio.
Jean Luc di Fraya, par exemple, percussionniste et vocaliste marseillais vient du rock, du funk, de la soul, adore chanter (nous en aurons une démonstration dans une de ces impros qui jalonnent ses concerts).

Il met en place le rythme, installant dans l’espace une “clave” (clé) que l’on peut jouer ou pas.
Le tempo, la métrique donnent la pulse. Perrine explique, avec des extraits, comment on joue à trois temps (“Padam, padam”), à 4 temps ( “Billie Jean”) voire 5 temps avec des mesures de 5/4 (évidemment le tube mondial de 1959 de Dave Brubeck avec Paul Desmond “Take 5” dans l’album du quartet Time out).
Ce qui donne au violoncelliste d’origine canadienne, installé dans la Drôme, Eric Longsworth, la possibilité de présenter une autre de ses compos, en 7/8, lui qui n’hésite pas à jouer des tangos valses. Avec ces métriques différentes, on l’entend et le voit même, c’est le mouvement de la musique qui est changé.
S’il vient du classique avec un détour par le folk, cela s’entend aussi quand il joue. Il apporte une « touche » nord américaine, sait aussi colorer l’ensemble de nuances romanesques, souvent élégiaques. Ou quand il utilise l’archet à grands traits, à la Philip Glass, dans l’une de ses improvisations qui débutent une composition.

Le programme de ce concert original est donc varié, avec des compositions mises ainsi en lumière du Rainbow Shell, sorti sur le label limougeot de JM Leygonie, Laborie, en 2016,avec le même trio, augmenté du guitariste Rémy Decrouy, du chanteur Mathias Haug, inspiré par la poétesse, novelliste voyageuse néo-zélandaise, Katherine Mansfield.

Je reconnais “Danse avec le vent” qui annonce à sa façon le tout dernier album de la pianiste, sorti hier sur Laborie, présenté cette semaine au Studio parisien de l’Ermitage (20ème) à l’occasion du festival ERMI’JAZZ, avec la formation née en 2017, Les Quatre Vents ( Mansuy/Leloil/Fenichel/Pasqua); il y a aussi “Tomettes et plafond haut” créé lors de l’installation à Marseille de la pianiste dans ce type d’appartement spécifique de la cité phocéenne. Elle est influencée, on le sent, par des images, souvent très concrètes, des émotions ressenties au contact de la nature. Jusqu’à sa “Ending Melody”, intimiste et frémissante qui résume sa collection de coquillages, une “dream pop” de chansons venus de l’enfance, avec un piano au fond de la mer, comme dans le film de Jane Campion La leçon de piano.
Je ne connaissais pas, enfin, cette “curiosité” inspirée aussi par le cinéma, “Xanadu”, tout droit sorti de Citizen Kane, le chef d’oeuvre baroque d’ Orson Welles, servi par la musique de Bernard Hermann. Soit une vision de cette maison étrange, inquiétante avec des bruits au piano préparé, utilisant tout l’instrument de façon résolument percussive, pour rendre audible cette maison qui résonne.

Avec le public, enchanté, nous quittons enfin la voûte étoilée et feuillue du lieu, dans la douce nuit encore estivale de la fin septembre.

Si vous vous intéressez à l’univers de Perrine Mansuy, allez (ré)écouter les albums plus anciens Mandragore & Noyau de pêche (Ajmi) ou encore Vertigo Songs. En attendant le nouveau CD Laborie, sorti ces jours derniers.

Sophie Chambon

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