Hier 11 juin, le violoniste Dominique Pifarély, de retour d’une rude épreuve, présentait la deuxième édition des Rencontres musicales de Saint-Léger-la-Pallu, vitrine de son association Archipels, qui comme son nom l’indique n’est pas un territoire monolithique et fermé sur lui-même.
Belle manière de présenter l’esprit de ces “archipels” que de le faire au 19 Paul Fort, au 19 de la rue du même nom, maison d’Hélène Aziza qui y expose arts plastiques et musicaux sur plusieurs niveaux. Belle manière que de le faire en faisant surgir un premier archipel sonore parmi la foule qui patiente au rez-de-chaussée, en la personne de Valentin Ceccaldi dont le violoncelle se glisse discrètement parmi la multitude des conversations en cours avant d’imposer progressivement le silence autour de ses seules sonorités frottées puis pincées de toutes les manières qu’il faut pour rendre l’inouï musical une nouvelle fois et lui faire épouser plastiquement le bel espace où il s’élève au pied de la grande verrière d’un patio, périodiquement chahuté par le carillon annonçant de nouveaux arrivants en ce lieu privé où l’on en se présente que sur réservation. Jusqu’à ce qu’une volière de sonorités concurrentes aimante l’assistance vers un autre point de diffusion d’où l’on peine à identifier et démêler ce qui relève du souffle brisé de ce qui ressort de l’anche battante, tant la flûtiste Sylvaine Hélary et le saxophoniste Matthieu Metzger (ici au soprano, peut-être sopranino… je n’ai pas vérifié) s’y entendent pour tromper leur monde comme en un jeu de masques…
Et à peine les a-t-on démasqués, que d’autres sonorités de forge, de chaudronnerie et de cristallerie nous invitent à descendre l’escalier conduisant à la salle de concert où le pianiste Antonin Rayon sera bientôt rejoint par – outre Ceccaldi, Hélary et Metzger – Dominique Pifarély (violon), François Corneloup (sax baryton) et François Merville (batterie), l’effectif du projet Anabasis que nous avions découvert en septembre dernier aux Emouvantes à Marseille. Une écriture où l’on peut encore filer la métaphore de l’archipel, tant sa polyphonie paraît se répartir par îlots, îlots instrumentaux, îlots fonctionnels, îlots de personnalités, dont l’une disparaît discrètement par l’escalier dérobé en fond de scène…
C’est François Corneloup qui interrompt le concert en nous appelant au loin à regagner le rez-de-chaussée pour le verre de l’amitié après que Dominique Pifarély ait donné un dernier solo dans la cuisine où l’on se presse à l’annonce des deuxièmes Rencontres musicales d’Archipels au Prieuré de Saint-Léger-la-Pallu, à Jaunay-Marigny, au nord de Poitiers. Lieux dans le lieu, comme ce soir chez Hélène Aziza, où l’on se déplacera d’un archipel esthétique à l’autre (voir ci-dessous). Célébration d’un événement à venir, donc, mais aussi, plus discrètement, en toute absence de pathos, célébration d’une renaissance pour Dominique Pifarély qui, l’hiver dernier à été sauvé in extremis d’une brutale rupture d’aorte par une très lourde opération. Franck Bergerot (photo © Eric Legret)
Rencontres Musicales d’Archipels : Du 17 au 20 au Juillet au Prieuré de Saint-Léger-la-Pallu, Jaunay-Marigny (86).
Du 17 au 19, stages et ateliers : travail d’ensemble par Louis Sclavis, l’improvisation en solo par Dominique Pifarély, atelier d’écriture par François Bon
Le 19 : à 18h concert des stagiaires, à 19h concerts- performances (Juliette Kapla & Julia Robin, François Bon & Dominique Pifarély), à 22h Love of Life (Daniel Erdman / Robin Fincker / Vincent Courtois)
Le 20 : à 12h rencontre des Allumés du jazz, à 15h La Soustraction des fleurs (Jean-François Vrod / Frédéric Aurier / Sylvain Lemêtre), à 16 Connie & Blyde (Caroline Sentis & Bruno Ducret), à 16h visite du Prieuré, à 18H Suite Anabasis par le Dominique Pifarély Septet (Sylvaine Hélary / Matthieu Metzger / François Corneloup / Bruno Ducret / Antonin Rayon / François Merville), 20h30 Louis Sclavis Quartet (Benjamin Moussay / Frédéric Chiffoleau / Christophe Lavergne), à 22h LBK Labulkrack
Hier, 21 décembre, au Théâtre National de Bretagne, l’Orchestre symphonique de Bretagne, qui s’était vu consacrer la veille artiste de l’année par Les Victoires de Bretagne, accueillait la chanteuse Rhiannon Giddens dans un programme où l’on ne cessa de passer des campagnes noires et blanches des Etats-Unis à la tradition symphonique telle que s’y inscrivirent les compositeurs noirs William Grant Still et James Reese Europe. (suite…)
“Mossy Ways” (chemins moussus) : tel est le titre de l’album dont Eric Le Lann célébrait hier la parution au Sunset, et qu’il célébrera encore ce soir 9 décembre au même endroit. Franck Bergerot a voulu confronter son écoute en public avec la chronique qu’il en fait dans le numéro de Jazz Magazine actuellement en kiosque. (suite…)
Et si le monde ne se réduisait pas à Jean d’Ormesson, Donald Trump et Johnny Hallyday comme les médias de tous poils si attachés à la notion de diversité, Service public en tête, ont tenté de nous le faire croire ces dernières 48 heures ? Rendez-vous ce 7 décembre au Théâtre 71 de Malakoff à 20h30 pour la première de The Ellipse du violoniste et compositeur Régis Huby. Jazz Magazine assistait hier à la répétition générale. (suite…)
Le 30 novembre dernier, le sonneur de cornemuse Erwan Keravec donnait le dernier de douze performances de son programme “Blind” au Théâtre 71 de Malakoff. Ça n’est pas du jazz, mais ça n’est non plus rien d’autre et c’est inouï. Jazz magazine l’a ouï, les yeux bandés comme il se doit. (suite…)
Guy Darol était samedi soir à Lannion, au Carré Magique qui accueillait Airelle Besson. Il eut le souffle coupé par tant d’audace et il nous raconte pourquoi.
Une ovation salua ses premiers mots : « C’est en Bretagne que j’ai le plus de plaisir à jouer ». Elle ne cherchait pas à dompter son public au fouet d’une bonne phrase. Celui-ci lui était acquis. Et il se laissa envoûter par d’hypnotiques ostinatos que Radio One (le titre) inaugura dans un climat de transe augmenté par les inflexions de tête d’un Benjamin Moussay relié à son Fender Rhodes à la manière d’un danseur vaudou.
Isabel Sorling chantait, et c’est peu dire qu’elle chantait : sa voix donnait la réplique à une trompette plus expressive que véloce, plus attachante qu’éloquente. Airelle Besson jouait la complicité avec ses musiciens. Une fusion élevée au sommet de la grâce sur des imbrications. Envol amenant Neige (deux thèmes extraits de l’album “Prélude”) comme la bise fait tourbilloner les flocons. Il neigeait donc en Bretagne ce soir-là, mais des floches enflammées, une pluie d’ardente envie, celle d’enfiévrer l’écoute.
Fabrice Moreau peignait ses peaux d’accents tendres et agiles. The Painter And The Boxer était une saccade de couleurs varésiennes jetées comme un dripping. Et Isabel Sorling contrepointait, entre écholalie et glossolalie. Airelle Besson souriait aux anges figurés par le duo Moussay-Moreau lors de leurs décollages au-delà de ces nuances de gris qui composent aujourd’hui le réel.
La générosité, la simplicité, en un mot le talent d’Airelle Besson, avait à ce stade traversé le cœur d’un public devenu une vieille connaissance, une société d’amis qui peut en demander et en redemander. Il exigea, bis repetita, un solo. Ce à quoi se plia Airelle, avec douceur et bienveillance, arguant tout de même qu’elle n’œuvrait jamais seule, préférant jouer avec les autres. Et ce fut une séquence précise, un développement d’adresse et d’ingéniosité, de charme assurément avant de présenter The Sound Of Your Voice, l’une de ses dernières compositions en hommage aux voix de la radio dont “Radio One” semble être l’annonciation et le miracle.
C’était un concert de fête collective, un avant-goût de Noël où le jazz s’incarne en Roi mage. Guy Darol