Film#16/1 Marie-Ange Martin / Alain Berquez… ou l’inverse - Jazz Magazine
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Publié le 28 Mai 2026

Film#16/1 Marie-Ange Martin / Alain Berquez… ou l’inverse

C’était le 14 mai 1981, à Paris, au Centre Culturel de Censier où Marie-Ange Martin m’avait prévenu de sa prestation avec Alain Berquez.

Je ne connaissais pas Alain Berquez et je l’ai vite perdu vue. Il venait du monde du blues et on le vit dans les années 1980 auprès de Bobby Rangell. À la fin des années 1970, il avait émergé sur la scène rock progressive et jazz-rock, chanteur et guitariste du groupe Treponem Pal, prêta sa guitare à de nombreux artistes de la chanson, de Francis Lemarque à Romain Didier, de Renaud à Alain Leprest, se consacrant également au blues à la tête de son groupe Blues Heritage, son patronyme s’orthographiant alors Berkes…

En me signalant ce concert, Marie-Ange m’avait fait part de la nécessité pour elle de se rapprocher de ce genre d’énergie, plus rock. Auparavant, elle s’était formée à l’écoute des Manouches la Chope des Puces, puis de Milo Maillard avec qui elle découvrit les standards et les valses manouches. Elle découvre un jazz plus moderne (on disait alors “Le” Jazz moderne) auprès de Barney Kessel lors d’un stage sous sa direction, mais doublant au banjo ténor elle se fait bientôt une réputation dans le monde du jazz trad : Olivier Franc, Philippe Baudoin, Bill Coleman, enregistrant avec Gilbert Leroux dès 1971 pour ses 23 ans, puis Benny Waters. Désormais à la guitare électrique, elle se rapproche d’une certaine scène française (Marc Fosset, Christian Escoudé, Michel Roques) et rejoint bientôt la classe de guitare du Cim comme enseignante à l’invitation de Pierre Cullaz.

En regardant mes photos, j’essaie d’imaginer comment elle pouvait jouer à l’époque. Probablement biglait-elle du côté de Scofield qui commençait à faire référence, mais elle avait déjà bien d’autres modèles à sa disposition. L’ayant écoutée au Caveau de la Montagne où elle se produisait en duo du 19 au 24 septembre (!) avec le contrebassiste Philippe Lacarrière en novembre 1979, Alain Tercinet admirait, dans Jazz Hot, sa sonorité qu’il comparait à celle de Tal Farlow. Il saluait la façon dont elle revisitait Smog Eyes de Warne Marsh, Broadway Blues d’Ornette Coleman (elle en connaissait forcément la version de Pat Metheny qui le premier l’avait porté au disque en 1975 sur “Bright Size Life”), Falling Grace de Steve Swallow (qui figurait comme Broadway Blues dans le Real Book des étudiants de la Berklee et dont elle devait avoir sur sa table de chevet l’une des nombreuses impressions qui circulaient sous le manteau), The Duke de Dave Brubeck, Confirmation (composition de Charlie Parker qui avait un prestige tout particulier auprès des musiciens), Benji de Philippe Laccarrière et Seven For Lee d’Elton Dean (l’ancien saxophoniste de Soft Machine qui l’avait enregistré en 1977 à la tête de son nonette… Marie-Ange l’avait-elle choisi elle-même ? Après tout c’était un duo et son partenaire avait certainement sa part dans le choix du répertoire). Titrant Un ange passe (à moins que ce titre n’ait été une idée du rédacteur en chef, Laurent Godet), Tercinet ajoutait que Barney Kessel en personne était passé l’écouter et l’avait chaleureusement félicité.

Mais je découvre un compte rendu antérieur non daté dans le Jazz Hot de février 1979, par Claude Carrière : intitulé Un Ange passe (le jeu de mot la poursuivra sûrement quelque temps), le papier faisait référence à un engagement de deux semaines (!!) en duo avec le contrebassiste Jean-Yves Lacombe (alors partenaire avec le mandoliniste Jean-Claude Asselin au sein du duo Lacombe Asselin). Claude Carrière (qui rappelle son arrangement d’Anouman de Django Reinhardt pour l’Anachronic Jazz Band) entend encore chez Marie-Ange l’influence du jazz manouche mais sur un répertoire choisi : Wave d’Antonio Carlos Jobim, I Remember Clifford de Benny Golson, Tricotism d’Oscar Pettiford, Walt New paraphrase de Someday My Prince Will Come  nous souffle Carrière. Ce dernier nous encourage encore à aller écouter Marie-Ange les vendredis et samedis soirs en allant dîner au Ranch à Nogent-sur-Marne où le duo est rejoint par un batteur, Jean-Paul Paulan. Ne serait-ce pas plutôt Jean-Paul Laulan, le patron de Music One, magasin d’instrument de musique se trouvant à Porte Saint-Martin, où je me souviens avoir, fort cavalièrement, entrainé le saxophoniste Éric Denfert à la sortie de la mairie où il venait d’épouser ma sœur, pour y essayer un Mark VI (mon premier Selmer) avant de rejoindre la petite noce au restaurant.

C’est en tout cas bien Marie-Ange Martin que je reconnais-là sur mes photos (pas très nettes, ça ne manquait pourtant pas de lumière si j’en juge d’après les ombres), avec cette énergie positive qui la caractérisait, sur un répertoire probablement assez différent de son répertoire du Caveau de la Montagne. On la retrouvera sur plusieurs de mes négatifs à venir, mais peut-être disparut-elle de mon viseur après son départ, en 1984, pour le GIT (Guitar Insitute of Technology) créé sur la Côte Ouest en 1977 par Howard Roberts. Elle en reviendrait l’année suivante, titulaire d’un Outstanding Student Award of the Year. Quant à moi, au-délà de 1985, mes photos se feront plus rares.

Ps : Est-ce dans les couloirs de l’école que j’ai fait sa connaissance ou est-ce Jean Delmas et Claude Carrière qui m’incitèrent à aller l’écouter au Caveau de la Montagne ? Toujours est-il que nous avions sympathisé assez tôt. Je me souviens l’avoir plaisantée un jour au CIM sur le fait que je ne savais pas vraiment jouer de la guitare, mais que je tapais à la machine plus vite qu’elle. Chiche ?! Elle nous avait déniché un machine à écrire au secrétariat et, sur un même texte d’une dizaine de lignes, nous nous étions chronométrés : elle m’avait écrasé à plate couture et j’étais vexé comme un pou.