Bobo Stenson, un trio historique au 2e jour du festival d’Ystad (Suède)
À bientôt 82 ans, le pianiste continue de creuser son sillon avec son trio formé il y a près de 20 ans. C’était peu avant la publication de « Cantando » (ECM, 2008).

La profondeur de ce sillon tient à l’expérience accumulée, à la diversité des matériaux brassés, et bien sûr à la singularité des trois compagnons de route. Devant le public chaleureux du petit théâtre d’Ystad (celui qui, la veille, a acclamé le quartet de Kurt Rosenwinkel), Bobo Stenson, Anders Jormin et Jon Falt ont pourtant semblé parfois se (re) découvrir, bien loin de toute routine. À l’image de l’introduction bruitiste du percussionniste effleurant cymbalettes et bols tibétains en une mystérieuse ouverture de cérémonie, rapidement élargie aux premières touches de couleurs posées ça-et-là en demi teinte par le piano, la matière musicale s’élabore et prend forme sous nos yeux… Traces de folklores européens comme de tous les jazz, vents soufflant d’Asie ou calypsos déconstruites, souvenirs de Federico Mompou ou grounds empruntés à Purcell (Music for A While), le voyage onirique auquel ils invitent s’étend dans l’espace comme dans la temporalité de ses matériaux. Le mélange d’un certain minimalisme, ou plutôt d’un art achevé de la parcimonie (commun à nombre d’artistes ECM) et d’une disponibilité de chaque instant au saut dans l’inconnu rappelle bien sûr la leçon du free jazz transmise à Bobo Stenson, à Anders Jormin et à tant d’autres musiciens européens, notamment par leur compagnonnage avec Don Cherry. La longue séquence sur la mélodie entêtante de Don Kora’s Song en fut l’illustration.

Colosse bienveillant et véritable phare, Jormin fait alternativement ronfler, bougonner ou chanter sa contrebasse. Jon Falt fait feu de chaque brindille, explorateur attentif du moindre espace disponible, capable aussi d’une rare explosivité, ainsi en introduction d’un thème free (Ornette, Paul Bley ?) à l’approche de la fin. Enfin, en dépit de quelques incertitudes parsemant notamment le premier tiers de la performance du pianiste, on retiendra surtout, outre la clarté intacte de son phrasé ou sa maîtrise des structures les moins prévisibles, sa malice, sa concentration extrême mais surtout sa capacité à se (et à nous) laisser submerger par son plaisir de jouer.
Vincent Cotro, avec la complicité de Mathilde Berthe
Bobo Stenson (p), Anders Jormin (b), Jon Falt (d, perc)
Vendredi 31 juillet :
Blue Light Jazz Band
Camille Bertault Quintet « Bonjour mon amour »
Francesca Tandoi trio
Hannah Svensson Band « 40 »
Jan Lundgren, Rosario Giuliani, Roberto Gatto, Hans Backenroth « Sweden Loves Italy »
www.ystadjazz.se