Cymande et un hommage à Gil Scott Heron à Jazz à la Villette - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 4 Sep 2026

Cymande et un hommage à Gil Scott Heron à Jazz à la Villette

2 septembre 2026, Grande Halle de La Villette

Malgré les turbulences qu’ont traversé cet été de nombreux festivals, Jazz à la Villette reste fidèle à la rentrée scolaire, et le public le lui rend bien, avec ce soir une Grande Halle pleine à craquer. La programmation fait place de longue date aux musiques afro-américaines au sens large, et ce sont deux représentants des chemins de traverse qu’elles ont pris dans les années 1970 qui sont à l’affiche.

En ouverture, il ne reste que deux membres originaux, le guitariste Patrick Patterson et le bassiste Ronald Scipio, de la formation originale de Cymande qui a fait ses débuts discographiques en 1971, mais les suppléants, tous issus de la scène soul, jazz et reggae britannique, font de leur mieux pour convoquer le son Nyah-Rock classique de l’ensemble. Sans surprise, le programme convoque les grands classiques du répertoire du groupe – Dove, Bra, Brothers On The Slide, The Message… -, tous accueillis avec enthousiasme par un public qui sait visiblement ce qu’il est venu entendre. Quelques titres issus du dernier album complètent le programme.

Si le résultat est globalement convaincant, difficile cependant de se défaire de l’impression d’une musique plus récitée que jouée, avec un côté « oldies » renforcé par les tentatives téléphonées du chanteur Raymond Simpson – passé par Incognito et Soul II Soul –  d’impliquer les spectateurs. Seuls les saxophonistes Denys Baptiste et Tony Kofi, déjà entendus dans d’autres contextes, viennent bousculer par leurs interventions une prestation qui menace à chaque instant de tomber dans la routine.

Très présent depuis quelques années sur les scènes françaises, sous son propre nom ou en tant que complice de luxe de la flûtiste Ludivine Issambourg, Brian Jackson est évidemment la personne la plus légitime pour rendre hommage à l’œuvre de Gil Scott Heron, au titre de ses différentes collaborations avec lui tout au long des années 1970, qui culmine dans une série d’albums co-signés. Il avait d’ailleurs déjà participé à un premier hommage en mode all star dans le cadre de Jazz à la Villette en 2013. Cette fois-ci, ce sont ses musiciens européens habituels qui l’accompagnent (Lex Cameron au clavier, à la guitare et à la flûte, Sara Madaluni aux claviers, Dean Mark à la  basse, Karl Vanden Bossche aux percussions et Paul Jones à la batterie),et l’ensemble est complété à la voix par la légende du hip hop Yasiin Bey, plus chanteur que rappeur pour l’occasion. Sa présence dans ce contexte ne doit rien au hasard : outre une évidente continuité artistique, Bey a samplé Scott Heron dès son premier album, « Black On Both Sides », et a tenté de collaborer avec lui en 2000 pour un titre produit par J Dilla destiné à la bande originale du film The Hurricane.

Le concert commence par The Revolution Will Not Be Televised et se poursuit par un parcours au travers des classiques les plus connus de Scott Heron – Lady Day and John Coltrane, We Almost Lost Detroit, Winter in America, Home Is Where The Hatred Is… – avec quelques détours comme la lecture du poème qui sert de notes de pochettes à l’album « Winter in America » (« At the end of 360 degrees, Winter is a metaphor: a term not only used to describe the season of ice, but the period of our lives through which we are travelling. In our hearts we feel that spring is just around the corner: a spring of brotherhood and united spirits among people of color. »). L’écriture de Scott Heron et le choix de ses sujets n’ont pas vieillis, et Bey n’a pas besoin d’amender ses textes pour en souligner la contemporanéité. Sans tenter d’émuler son approche vocal -la faiblesse récurrente de Brian Jackson lorsqu’il est le chanteur principal – , il met en valeur la puissance émotionnelle et politique de ce qu’il interprète et la qualité de son élocution permet d’en savourer pleinement l’élégance et la force. Hélas, l’accompagnement, plat et banal, n’est pas tout à fait à la hauteur de l’occasion et son professionnalisme froid et sans aspérité nous prive en partie des nuances des compositions. Cela n’empêche pas de profiter du répertoire proposé et de célébrer l’œuvre de Gil Scott Heron, quinze ans après sa disparition.

Frédéric Adrian