Jazz live
Publié le 19 Nov 2014

Gregory Porter fête Blue Note à l'Olympia

Hier soir, 18 novembre que faire ? Lee Konitz en quartette au Sunside ? Ou Gregory Porter à l’Olympia pour l’ouverture du Blue Note Festival, avec Thomas Enhco en première partie ? Lee Konitz est encore demain au Sunside. J’ai donc opté pour Porter et Enhco. Je n’ai jamais assisté à un concert de Gregory Porter, quand à Thomas Enhco, il est encore à un âge où, d’un concert à l’autre, tout change très vite, et j’irai réécouter Konitz ce soir, quitte à faire faux bond à la seconde soirée du festival qui attend le Robert Glasper Experiment à la Gaîté Lyrique.


Olympia, Blue Note Festival, Paris (75), le 18 novembre 2014.

 

Thomas Ehnco (piano).


Drôle de première partie. À 20h pile, on lâche le jeune pianiste seul sur la scène devant une salle qui est encore en train de se remplir, d’ouvreuses indiquant leurs places à des spectateurs retardataires qui ont pris le temps de s’arrêter à la buvette et qui se faufilent par-dessus les sacs et les genoux des assis, des pleines pintes de bière à la main. Ça papote, ça congratule, ça échange déjà des impressions sur un pianiste que l’on n’écoute pas encore et qui annonce, timide, l’air presque coupable : « Je vais vous jouer un morceau qui s’intitule Je voudrais te dire. » Courageuse confidence devant pareille indifférence d’un public venu pour Porter crier : « Ben, alors, dis le ! » Mais se sont plutôt des applaudissements polis qui lui répondent dans le brouhaha général. D’ailleurs, est-il si timide le jeune Enhco ? Ça n’est pas sa première grande salle : « C’est un grand plaisir d’ouvrir ce concert sur cette grande scène de l’Olympia, tout seul… » Le public l’acclame… « D’accord, pas tout seul. » Bon finalement, ça va bien se passer.

 

Il faut dire qu’il va mettre le paquet et qu’il occupe tout l’espace, jusqu’à l’encombrer de remplissages forcenés derrière des variations épiques ou élégiaques qu’il fait dégouliner d’arrière-plans rythmiques et harmoniques. La sono n’arrange pas les choses qui fait un vilain son au piano matraquant les bas-côtés où je me trouve. Enhco annonce l’Arabesque de Robert Schumann et dès les premières notes ma mémoire tressaille. Je suis pourtant friand de ces relectures des classiques, de John Kirby titillant Chopin au trio Tethered Moon (Kikuchi-Peacock-Motian) rêvant sur les airs de Tosca, mais là c’est trop… ou pas assez. Trop de bonnes intentions, pas assez de distance, de rire, de cette légèreté qui fait préférer à Kundera les reprises d’Ellington de Grieg ou Tchaïkovski au kitsch des interprètes au pathos surintentionné. Et l’improvisation à la mitrailleuse dont cette arabesque est le prétexte ne fait rien pour me persuader que la carrière de ce jeune homme ne commence pas un peu trop vite. « Trop de doigts » aurait conclu Blueraie que j’ai définitivement renoncé à entraîner à des concerts avec pianiste, sauf pianistes handicapés à la Horace Parlan. Pour une fois, je souscris, il me fait aussi regretter Horace Parlan. Il faut croire que le public n’a pas cette méchanceté et qu’il a plutôt aimé, même s’il a l’air d’être là en transit car, alors qu’il n’a pas encore fini de s’installer et que ses bières sont à peine entamées, on l’invite déjà à un entracte de 20 minutes. Nous retournerons écouter Thomas Enhco dans de meilleures conditions.

 

Gregory Porter (chant), Yosuke Sato (sax alto), Chip Crawford (piano), Aaron James (contrebasse), Emanuel Harrold (batterie).

 

Contraste : cette décontraction, cette voix posée, cette rondeur du phrasé, cette dynamique entre les chuchotements de la ballade et la projection prodigieuse du prêcheur qui quitte le micro sans effort pour inviter le public à lui répondre, tout ça avec un naturel, un bonheur d’être là sans exagération démagogique. On n’en dira pas autant du pianiste Chip Crawford qui est un vieux roublard de l’entertainment, ni du saxophoniste Yosuke Sato qui ne sait jouer qu’en force et l’on attendrait auprès du chanteur une rythmique plus sensible, plus nuancée, plus exceptionnelle mais, visiblement, Gregory Porter est un fidèle. C’est avec eux qu’il a connu ses premiers succès et les arrangements, non seulement, tournent comme des horloges mais contribuent par leurs scénarios à faire de ces chansons des formes amplement développées qu’il déploie en rendant inédit, par les ressources de son phrasé, de son placement, de son timbre, le moindre recoin de chaque nouveau couplet. Invité à ses côtés le temps d’une chasnon, même Ben L’Oncle Soul paraît grandi, mais il est vrai qu’il vous surprendra sur l’hommage collectif à Nina Simone “Autour de Nina” chroniqué dans le double numéro décembre-janvier “Spécial 60ème anniversaire” que nous envoyions hier à l’imprimerie à quelques centaines de mètres de l’Olympia, juste avant le concert. Gregory Porter y a chanté hier près d’une heure et demie, sans effort, comme l’on s’adresse à de bons camarades. Franck Bergerot

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Hier soir, 18 novembre que faire ? Lee Konitz en quartette au Sunside ? Ou Gregory Porter à l’Olympia pour l’ouverture du Blue Note Festival, avec Thomas Enhco en première partie ? Lee Konitz est encore demain au Sunside. J’ai donc opté pour Porter et Enhco. Je n’ai jamais assisté à un concert de Gregory Porter, quand à Thomas Enhco, il est encore à un âge où, d’un concert à l’autre, tout change très vite, et j’irai réécouter Konitz ce soir, quitte à faire faux bond à la seconde soirée du festival qui attend le Robert Glasper Experiment à la Gaîté Lyrique.


Olympia, Blue Note Festival, Paris (75), le 18 novembre 2014.

 

Thomas Ehnco (piano).


Drôle de première partie. À 20h pile, on lâche le jeune pianiste seul sur la scène devant une salle qui est encore en train de se remplir, d’ouvreuses indiquant leurs places à des spectateurs retardataires qui ont pris le temps de s’arrêter à la buvette et qui se faufilent par-dessus les sacs et les genoux des assis, des pleines pintes de bière à la main. Ça papote, ça congratule, ça échange déjà des impressions sur un pianiste que l’on n’écoute pas encore et qui annonce, timide, l’air presque coupable : « Je vais vous jouer un morceau qui s’intitule Je voudrais te dire. » Courageuse confidence devant pareille indifférence d’un public venu pour Porter crier : « Ben, alors, dis le ! » Mais se sont plutôt des applaudissements polis qui lui répondent dans le brouhaha général. D’ailleurs, est-il si timide le jeune Enhco ? Ça n’est pas sa première grande salle : « C’est un grand plaisir d’ouvrir ce concert sur cette grande scène de l’Olympia, tout seul… » Le public l’acclame… « D’accord, pas tout seul. » Bon finalement, ça va bien se passer.

 

Il faut dire qu’il va mettre le paquet et qu’il occupe tout l’espace, jusqu’à l’encombrer de remplissages forcenés derrière des variations épiques ou élégiaques qu’il fait dégouliner d’arrière-plans rythmiques et harmoniques. La sono n’arrange pas les choses qui fait un vilain son au piano matraquant les bas-côtés où je me trouve. Enhco annonce l’Arabesque de Robert Schumann et dès les premières notes ma mémoire tressaille. Je suis pourtant friand de ces relectures des classiques, de John Kirby titillant Chopin au trio Tethered Moon (Kikuchi-Peacock-Motian) rêvant sur les airs de Tosca, mais là c’est trop… ou pas assez. Trop de bonnes intentions, pas assez de distance, de rire, de cette légèreté qui fait préférer à Kundera les reprises d’Ellington de Grieg ou Tchaïkovski au kitsch des interprètes au pathos surintentionné. Et l’improvisation à la mitrailleuse dont cette arabesque est le prétexte ne fait rien pour me persuader que la carrière de ce jeune homme ne commence pas un peu trop vite. « Trop de doigts » aurait conclu Blueraie que j’ai définitivement renoncé à entraîner à des concerts avec pianiste, sauf pianistes handicapés à la Horace Parlan. Pour une fois, je souscris, il me fait aussi regretter Horace Parlan. Il faut croire que le public n’a pas cette méchanceté et qu’il a plutôt aimé, même s’il a l’air d’être là en transit car, alors qu’il n’a pas encore fini de s’installer et que ses bières sont à peine entamées, on l’invite déjà à un entracte de 20 minutes. Nous retournerons écouter Thomas Enhco dans de meilleures conditions.

 

Gregory Porter (chant), Yosuke Sato (sax alto), Chip Crawford (piano), Aaron James (contrebasse), Emanuel Harrold (batterie).

 

Contraste : cette décontraction, cette voix posée, cette rondeur du phrasé, cette dynamique entre les chuchotements de la ballade et la projection prodigieuse du prêcheur qui quitte le micro sans effort pour inviter le public à lui répondre, tout ça avec un naturel, un bonheur d’être là sans exagération démagogique. On n’en dira pas autant du pianiste Chip Crawford qui est un vieux roublard de l’entertainment, ni du saxophoniste Yosuke Sato qui ne sait jouer qu’en force et l’on attendrait auprès du chanteur une rythmique plus sensible, plus nuancée, plus exceptionnelle mais, visiblement, Gregory Porter est un fidèle. C’est avec eux qu’il a connu ses premiers succès et les arrangements, non seulement, tournent comme des horloges mais contribuent par leurs scénarios à faire de ces chansons des formes amplement développées qu’il déploie en rendant inédit, par les ressources de son phrasé, de son placement, de son timbre, le moindre recoin de chaque nouveau couplet. Invité à ses côtés le temps d’une chasnon, même Ben L’Oncle Soul paraît grandi, mais il est vrai qu’il vous surprendra sur l’hommage collectif à Nina Simone “Autour de Nina” chroniqué dans le double numéro décembre-janvier “Spécial 60ème anniversaire” que nous envoyions hier à l’imprimerie à quelques centaines de mètres de l’Olympia, juste avant le concert. Gregory Porter y a chanté hier près d’une heure et demie, sans effort, comme l’on s’adresse à de bons camarades. Franck Bergerot

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Hier soir, 18 novembre que faire ? Lee Konitz en quartette au Sunside ? Ou Gregory Porter à l’Olympia pour l’ouverture du Blue Note Festival, avec Thomas Enhco en première partie ? Lee Konitz est encore demain au Sunside. J’ai donc opté pour Porter et Enhco. Je n’ai jamais assisté à un concert de Gregory Porter, quand à Thomas Enhco, il est encore à un âge où, d’un concert à l’autre, tout change très vite, et j’irai réécouter Konitz ce soir, quitte à faire faux bond à la seconde soirée du festival qui attend le Robert Glasper Experiment à la Gaîté Lyrique.


Olympia, Blue Note Festival, Paris (75), le 18 novembre 2014.

 

Thomas Ehnco (piano).


Drôle de première partie. À 20h pile, on lâche le jeune pianiste seul sur la scène devant une salle qui est encore en train de se remplir, d’ouvreuses indiquant leurs places à des spectateurs retardataires qui ont pris le temps de s’arrêter à la buvette et qui se faufilent par-dessus les sacs et les genoux des assis, des pleines pintes de bière à la main. Ça papote, ça congratule, ça échange déjà des impressions sur un pianiste que l’on n’écoute pas encore et qui annonce, timide, l’air presque coupable : « Je vais vous jouer un morceau qui s’intitule Je voudrais te dire. » Courageuse confidence devant pareille indifférence d’un public venu pour Porter crier : « Ben, alors, dis le ! » Mais se sont plutôt des applaudissements polis qui lui répondent dans le brouhaha général. D’ailleurs, est-il si timide le jeune Enhco ? Ça n’est pas sa première grande salle : « C’est un grand plaisir d’ouvrir ce concert sur cette grande scène de l’Olympia, tout seul… » Le public l’acclame… « D’accord, pas tout seul. » Bon finalement, ça va bien se passer.

 

Il faut dire qu’il va mettre le paquet et qu’il occupe tout l’espace, jusqu’à l’encombrer de remplissages forcenés derrière des variations épiques ou élégiaques qu’il fait dégouliner d’arrière-plans rythmiques et harmoniques. La sono n’arrange pas les choses qui fait un vilain son au piano matraquant les bas-côtés où je me trouve. Enhco annonce l’Arabesque de Robert Schumann et dès les premières notes ma mémoire tressaille. Je suis pourtant friand de ces relectures des classiques, de John Kirby titillant Chopin au trio Tethered Moon (Kikuchi-Peacock-Motian) rêvant sur les airs de Tosca, mais là c’est trop… ou pas assez. Trop de bonnes intentions, pas assez de distance, de rire, de cette légèreté qui fait préférer à Kundera les reprises d’Ellington de Grieg ou Tchaïkovski au kitsch des interprètes au pathos surintentionné. Et l’improvisation à la mitrailleuse dont cette arabesque est le prétexte ne fait rien pour me persuader que la carrière de ce jeune homme ne commence pas un peu trop vite. « Trop de doigts » aurait conclu Blueraie que j’ai définitivement renoncé à entraîner à des concerts avec pianiste, sauf pianistes handicapés à la Horace Parlan. Pour une fois, je souscris, il me fait aussi regretter Horace Parlan. Il faut croire que le public n’a pas cette méchanceté et qu’il a plutôt aimé, même s’il a l’air d’être là en transit car, alors qu’il n’a pas encore fini de s’installer et que ses bières sont à peine entamées, on l’invite déjà à un entracte de 20 minutes. Nous retournerons écouter Thomas Enhco dans de meilleures conditions.

 

Gregory Porter (chant), Yosuke Sato (sax alto), Chip Crawford (piano), Aaron James (contrebasse), Emanuel Harrold (batterie).

 

Contraste : cette décontraction, cette voix posée, cette rondeur du phrasé, cette dynamique entre les chuchotements de la ballade et la projection prodigieuse du prêcheur qui quitte le micro sans effort pour inviter le public à lui répondre, tout ça avec un naturel, un bonheur d’être là sans exagération démagogique. On n’en dira pas autant du pianiste Chip Crawford qui est un vieux roublard de l’entertainment, ni du saxophoniste Yosuke Sato qui ne sait jouer qu’en force et l’on attendrait auprès du chanteur une rythmique plus sensible, plus nuancée, plus exceptionnelle mais, visiblement, Gregory Porter est un fidèle. C’est avec eux qu’il a connu ses premiers succès et les arrangements, non seulement, tournent comme des horloges mais contribuent par leurs scénarios à faire de ces chansons des formes amplement développées qu’il déploie en rendant inédit, par les ressources de son phrasé, de son placement, de son timbre, le moindre recoin de chaque nouveau couplet. Invité à ses côtés le temps d’une chasnon, même Ben L’Oncle Soul paraît grandi, mais il est vrai qu’il vous surprendra sur l’hommage collectif à Nina Simone “Autour de Nina” chroniqué dans le double numéro décembre-janvier “Spécial 60ème anniversaire” que nous envoyions hier à l’imprimerie à quelques centaines de mètres de l’Olympia, juste avant le concert. Gregory Porter y a chanté hier près d’une heure et demie, sans effort, comme l’on s’adresse à de bons camarades. Franck Bergerot

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Hier soir, 18 novembre que faire ? Lee Konitz en quartette au Sunside ? Ou Gregory Porter à l’Olympia pour l’ouverture du Blue Note Festival, avec Thomas Enhco en première partie ? Lee Konitz est encore demain au Sunside. J’ai donc opté pour Porter et Enhco. Je n’ai jamais assisté à un concert de Gregory Porter, quand à Thomas Enhco, il est encore à un âge où, d’un concert à l’autre, tout change très vite, et j’irai réécouter Konitz ce soir, quitte à faire faux bond à la seconde soirée du festival qui attend le Robert Glasper Experiment à la Gaîté Lyrique.


Olympia, Blue Note Festival, Paris (75), le 18 novembre 2014.

 

Thomas Ehnco (piano).


Drôle de première partie. À 20h pile, on lâche le jeune pianiste seul sur la scène devant une salle qui est encore en train de se remplir, d’ouvreuses indiquant leurs places à des spectateurs retardataires qui ont pris le temps de s’arrêter à la buvette et qui se faufilent par-dessus les sacs et les genoux des assis, des pleines pintes de bière à la main. Ça papote, ça congratule, ça échange déjà des impressions sur un pianiste que l’on n’écoute pas encore et qui annonce, timide, l’air presque coupable : « Je vais vous jouer un morceau qui s’intitule Je voudrais te dire. » Courageuse confidence devant pareille indifférence d’un public venu pour Porter crier : « Ben, alors, dis le ! » Mais se sont plutôt des applaudissements polis qui lui répondent dans le brouhaha général. D’ailleurs, est-il si timide le jeune Enhco ? Ça n’est pas sa première grande salle : « C’est un grand plaisir d’ouvrir ce concert sur cette grande scène de l’Olympia, tout seul… » Le public l’acclame… « D’accord, pas tout seul. » Bon finalement, ça va bien se passer.

 

Il faut dire qu’il va mettre le paquet et qu’il occupe tout l’espace, jusqu’à l’encombrer de remplissages forcenés derrière des variations épiques ou élégiaques qu’il fait dégouliner d’arrière-plans rythmiques et harmoniques. La sono n’arrange pas les choses qui fait un vilain son au piano matraquant les bas-côtés où je me trouve. Enhco annonce l’Arabesque de Robert Schumann et dès les premières notes ma mémoire tressaille. Je suis pourtant friand de ces relectures des classiques, de John Kirby titillant Chopin au trio Tethered Moon (Kikuchi-Peacock-Motian) rêvant sur les airs de Tosca, mais là c’est trop… ou pas assez. Trop de bonnes intentions, pas assez de distance, de rire, de cette légèreté qui fait préférer à Kundera les reprises d’Ellington de Grieg ou Tchaïkovski au kitsch des interprètes au pathos surintentionné. Et l’improvisation à la mitrailleuse dont cette arabesque est le prétexte ne fait rien pour me persuader que la carrière de ce jeune homme ne commence pas un peu trop vite. « Trop de doigts » aurait conclu Blueraie que j’ai définitivement renoncé à entraîner à des concerts avec pianiste, sauf pianistes handicapés à la Horace Parlan. Pour une fois, je souscris, il me fait aussi regretter Horace Parlan. Il faut croire que le public n’a pas cette méchanceté et qu’il a plutôt aimé, même s’il a l’air d’être là en transit car, alors qu’il n’a pas encore fini de s’installer et que ses bières sont à peine entamées, on l’invite déjà à un entracte de 20 minutes. Nous retournerons écouter Thomas Enhco dans de meilleures conditions.

 

Gregory Porter (chant), Yosuke Sato (sax alto), Chip Crawford (piano), Aaron James (contrebasse), Emanuel Harrold (batterie).

 

Contraste : cette décontraction, cette voix posée, cette rondeur du phrasé, cette dynamique entre les chuchotements de la ballade et la projection prodigieuse du prêcheur qui quitte le micro sans effort pour inviter le public à lui répondre, tout ça avec un naturel, un bonheur d’être là sans exagération démagogique. On n’en dira pas autant du pianiste Chip Crawford qui est un vieux roublard de l’entertainment, ni du saxophoniste Yosuke Sato qui ne sait jouer qu’en force et l’on attendrait auprès du chanteur une rythmique plus sensible, plus nuancée, plus exceptionnelle mais, visiblement, Gregory Porter est un fidèle. C’est avec eux qu’il a connu ses premiers succès et les arrangements, non seulement, tournent comme des horloges mais contribuent par leurs scénarios à faire de ces chansons des formes amplement développées qu’il déploie en rendant inédit, par les ressources de son phrasé, de son placement, de son timbre, le moindre recoin de chaque nouveau couplet. Invité à ses côtés le temps d’une chasnon, même Ben L’Oncle Soul paraît grandi, mais il est vrai qu’il vous surprendra sur l’hommage collectif à Nina Simone “Autour de Nina” chroniqué dans le double numéro décembre-janvier “Spécial 60ème anniversaire” que nous envoyions hier à l’imprimerie à quelques centaines de mètres de l’Olympia, juste avant le concert. Gregory Porter y a chanté hier près d’une heure et demie, sans effort, comme l’on s’adresse à de bons camarades. Franck Bergerot