Jazz live
Publié le 4 Août 2014

Jazz em Agosto 2 : Evan Parker & Matthew Shipp

Il n’y a pas qu’Herbie Hancock et Wayne Shorter dans la vie. Le public lisboète est venu en nombre écouter les retrouvailles d’Evan Parker (ts, ss) et Matthew Shipp (p). Plusieurs duos improvisés avec les saxophonistes Roscoe Mitchell (« 2-Z »), John Butcher (« At Oto »), Ivo Perelman (« The Art of the Duet, vol. 1 ») ou Darius Jones (« Cosmic Lieder » et « The Darkseid Recital ») émaillent le parcours du pianiste. Quant à Parker, avec quel pianiste n’a-t-il pas joué, d’Alexander von Schlippenbach à John Escreet ? L’Américain et le Britannique ont précédemment été associés lors de sessions studio et live (immortalisées sur les albums « Abbey Road Duos » en 2006 et « Rex, Wrecks and XXX» en 2011), et au sein de grands ensembles convoqués par John Coxon et Ashley Wales au Royaume-Uni.


Samedi 2 août 2014, Amphithéâtre du Musée Gulbenkian, Lisbonne.


Questionné sur le sujet, Matthew Shipp révèle la nature de sa relation avec celui que l’on croise à toutes les étapes essentielles de l’évolution de la musique improvisée depuis le milieu des années 60. « Le travail d’Evan Parker m’accompagne depuis longtemps, c’est l’un de mes musiciens préférés. Lorsque j’ai eu l’opportunité de jouer avec lui, et bien qu’il soit célèbre pour son travail dans un contexte de musique improvisée, j’ai tout de suite perçu des racines très jazz dans le son et le vocabulaire qu’il employait. Je suis certain qu’il a parfaitement compris d’où vient l’étincelle qui est à l’origine du jazz. Je ne lui ai jamais posé la question, mais d’après moi, parce qu’il joue surtout du ténor et qu’il s’est construit à une certaine époque, l’influence de John Coltrane sur son jeu me semble tout à fait évidente. Peut-être pas en surface, mais lorsque vous écoutez très attentivement ce qu’il fait cela s’entend, et peut-être qu’il apprécie que ces racines jazz soient mises en évidence lorsque nous jouons ensemble. Je ne suis pas trop d’accord avec le découpage géographique selon lequel les européens jouent ceci et les américains cela. Nous réagissons tous au son qui nous parvient, et nous vivons à une époque où la musique a beaucoup circulé d’un continent à l’autre. Pour moi, jouer avec lui implique de mettre en valeur sa sonorité. Il ne s’agit pas de penser : « c’est un improvisateur européen, comment dois-je altérer mon style pour que cela fonctionne ? », mais je laisse les sons qu’il émet venir vers moi, et je trouve quelque chose dans mon propre arsenal qui pourra fonctionner avec ce qu’il fait. Avec Evan, je ne réfléchis pas du tout, on ne prépare rien à l’avance, j’essaie juste de faire de la musique avec lui et je crois qu’il en va de même de son côté. Je crois que notre musicalité respective nous permet de nous ajuster en temps réel, et puis il en sort ce qu’il en sort. C’est également une personne admirable. »

 

Accords fatidiques aux lignes fragmentées pour le pianiste, jeu tournoyant et prolongé du soufflant, particulièrement en verve au soprano ce soir, dont les sonorités sont magnifiées par l’acoustique du lieu. La dissemblance entre l’attitude des deux hommes est spectaculaire : le premier est mobile, voûté, en un combat au corps-à-corps avec son instrument, tandis que le second affiche un calme impérial, droit comme un I, ne bougeant de son poste que lorsqu’il s’agit de changer de saxophone. Leurs styles respectifs diffèrent tout autant que leur apparence mais s’accordent ici au long d’un long mouvement continu, alternance de rêveries diversiformes et de ressauts pugnaces. De fait, leur complémentarité est remarquable, les arguments de l’un commentés, nuancés, réfutés ou précisés par l’autre lors d’un set qui ne vacille à aucun moment. Pas de mélodie ou de rythme définis comme tels, pas de répétition ni de « morceaux », mais un flot musical évolutif, une rêverie aux couleurs changeantes, une conversation poursuivie au-delà de mots qui ne suffiraient plus à exprimer ce qu’il y a à dire. Des passages en solo sont ménagés au sein de la longue pièce inaugurale. L’intensité de l’écoute de celui qui ne joue pas est alors palpable, Shipp par exemple gardant les yeux fermés et les mains sur le clavier, attendant le moment approprié pour rejoindre son partenaire. Colère, inquiétude, pondération, agitation, joie et acceptation, le vaste spectre des émotions est ici exploré en musique, à partir de l’impulsion des première notes jouées, terreau d’une infinie possibilité de variations, gradations et points de vue.


10556327 10152291337253907 2867204219156316170 n


Le public est transporté, chacun veillant à ne pas déranger une musique fragile, constamment sur le fil d’idées indiscontinues pendant une cinquantaine de minutes. Deux pièces plus brèves, tout aussi probantes, complètent la soirée, et sont couronnées de vifs applaudissements. Matthew Shipp et Evan Parker, deux voix uniques pour un dialogue exceptionnel.

 

David Cristol

Photo : FCG / Márcia Lessa

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Il n’y a pas qu’Herbie Hancock et Wayne Shorter dans la vie. Le public lisboète est venu en nombre écouter les retrouvailles d’Evan Parker (ts, ss) et Matthew Shipp (p). Plusieurs duos improvisés avec les saxophonistes Roscoe Mitchell (« 2-Z »), John Butcher (« At Oto »), Ivo Perelman (« The Art of the Duet, vol. 1 ») ou Darius Jones (« Cosmic Lieder » et « The Darkseid Recital ») émaillent le parcours du pianiste. Quant à Parker, avec quel pianiste n’a-t-il pas joué, d’Alexander von Schlippenbach à John Escreet ? L’Américain et le Britannique ont précédemment été associés lors de sessions studio et live (immortalisées sur les albums « Abbey Road Duos » en 2006 et « Rex, Wrecks and XXX» en 2011), et au sein de grands ensembles convoqués par John Coxon et Ashley Wales au Royaume-Uni.


Samedi 2 août 2014, Amphithéâtre du Musée Gulbenkian, Lisbonne.


Questionné sur le sujet, Matthew Shipp révèle la nature de sa relation avec celui que l’on croise à toutes les étapes essentielles de l’évolution de la musique improvisée depuis le milieu des années 60. « Le travail d’Evan Parker m’accompagne depuis longtemps, c’est l’un de mes musiciens préférés. Lorsque j’ai eu l’opportunité de jouer avec lui, et bien qu’il soit célèbre pour son travail dans un contexte de musique improvisée, j’ai tout de suite perçu des racines très jazz dans le son et le vocabulaire qu’il employait. Je suis certain qu’il a parfaitement compris d’où vient l’étincelle qui est à l’origine du jazz. Je ne lui ai jamais posé la question, mais d’après moi, parce qu’il joue surtout du ténor et qu’il s’est construit à une certaine époque, l’influence de John Coltrane sur son jeu me semble tout à fait évidente. Peut-être pas en surface, mais lorsque vous écoutez très attentivement ce qu’il fait cela s’entend, et peut-être qu’il apprécie que ces racines jazz soient mises en évidence lorsque nous jouons ensemble. Je ne suis pas trop d’accord avec le découpage géographique selon lequel les européens jouent ceci et les américains cela. Nous réagissons tous au son qui nous parvient, et nous vivons à une époque où la musique a beaucoup circulé d’un continent à l’autre. Pour moi, jouer avec lui implique de mettre en valeur sa sonorité. Il ne s’agit pas de penser : « c’est un improvisateur européen, comment dois-je altérer mon style pour que cela fonctionne ? », mais je laisse les sons qu’il émet venir vers moi, et je trouve quelque chose dans mon propre arsenal qui pourra fonctionner avec ce qu’il fait. Avec Evan, je ne réfléchis pas du tout, on ne prépare rien à l’avance, j’essaie juste de faire de la musique avec lui et je crois qu’il en va de même de son côté. Je crois que notre musicalité respective nous permet de nous ajuster en temps réel, et puis il en sort ce qu’il en sort. C’est également une personne admirable. »

 

Accords fatidiques aux lignes fragmentées pour le pianiste, jeu tournoyant et prolongé du soufflant, particulièrement en verve au soprano ce soir, dont les sonorités sont magnifiées par l’acoustique du lieu. La dissemblance entre l’attitude des deux hommes est spectaculaire : le premier est mobile, voûté, en un combat au corps-à-corps avec son instrument, tandis que le second affiche un calme impérial, droit comme un I, ne bougeant de son poste que lorsqu’il s’agit de changer de saxophone. Leurs styles respectifs diffèrent tout autant que leur apparence mais s’accordent ici au long d’un long mouvement continu, alternance de rêveries diversiformes et de ressauts pugnaces. De fait, leur complémentarité est remarquable, les arguments de l’un commentés, nuancés, réfutés ou précisés par l’autre lors d’un set qui ne vacille à aucun moment. Pas de mélodie ou de rythme définis comme tels, pas de répétition ni de « morceaux », mais un flot musical évolutif, une rêverie aux couleurs changeantes, une conversation poursuivie au-delà de mots qui ne suffiraient plus à exprimer ce qu’il y a à dire. Des passages en solo sont ménagés au sein de la longue pièce inaugurale. L’intensité de l’écoute de celui qui ne joue pas est alors palpable, Shipp par exemple gardant les yeux fermés et les mains sur le clavier, attendant le moment approprié pour rejoindre son partenaire. Colère, inquiétude, pondération, agitation, joie et acceptation, le vaste spectre des émotions est ici exploré en musique, à partir de l’impulsion des première notes jouées, terreau d’une infinie possibilité de variations, gradations et points de vue.


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Le public est transporté, chacun veillant à ne pas déranger une musique fragile, constamment sur le fil d’idées indiscontinues pendant une cinquantaine de minutes. Deux pièces plus brèves, tout aussi probantes, complètent la soirée, et sont couronnées de vifs applaudissements. Matthew Shipp et Evan Parker, deux voix uniques pour un dialogue exceptionnel.

 

David Cristol

Photo : FCG / Márcia Lessa

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Il n’y a pas qu’Herbie Hancock et Wayne Shorter dans la vie. Le public lisboète est venu en nombre écouter les retrouvailles d’Evan Parker (ts, ss) et Matthew Shipp (p). Plusieurs duos improvisés avec les saxophonistes Roscoe Mitchell (« 2-Z »), John Butcher (« At Oto »), Ivo Perelman (« The Art of the Duet, vol. 1 ») ou Darius Jones (« Cosmic Lieder » et « The Darkseid Recital ») émaillent le parcours du pianiste. Quant à Parker, avec quel pianiste n’a-t-il pas joué, d’Alexander von Schlippenbach à John Escreet ? L’Américain et le Britannique ont précédemment été associés lors de sessions studio et live (immortalisées sur les albums « Abbey Road Duos » en 2006 et « Rex, Wrecks and XXX» en 2011), et au sein de grands ensembles convoqués par John Coxon et Ashley Wales au Royaume-Uni.


Samedi 2 août 2014, Amphithéâtre du Musée Gulbenkian, Lisbonne.


Questionné sur le sujet, Matthew Shipp révèle la nature de sa relation avec celui que l’on croise à toutes les étapes essentielles de l’évolution de la musique improvisée depuis le milieu des années 60. « Le travail d’Evan Parker m’accompagne depuis longtemps, c’est l’un de mes musiciens préférés. Lorsque j’ai eu l’opportunité de jouer avec lui, et bien qu’il soit célèbre pour son travail dans un contexte de musique improvisée, j’ai tout de suite perçu des racines très jazz dans le son et le vocabulaire qu’il employait. Je suis certain qu’il a parfaitement compris d’où vient l’étincelle qui est à l’origine du jazz. Je ne lui ai jamais posé la question, mais d’après moi, parce qu’il joue surtout du ténor et qu’il s’est construit à une certaine époque, l’influence de John Coltrane sur son jeu me semble tout à fait évidente. Peut-être pas en surface, mais lorsque vous écoutez très attentivement ce qu’il fait cela s’entend, et peut-être qu’il apprécie que ces racines jazz soient mises en évidence lorsque nous jouons ensemble. Je ne suis pas trop d’accord avec le découpage géographique selon lequel les européens jouent ceci et les américains cela. Nous réagissons tous au son qui nous parvient, et nous vivons à une époque où la musique a beaucoup circulé d’un continent à l’autre. Pour moi, jouer avec lui implique de mettre en valeur sa sonorité. Il ne s’agit pas de penser : « c’est un improvisateur européen, comment dois-je altérer mon style pour que cela fonctionne ? », mais je laisse les sons qu’il émet venir vers moi, et je trouve quelque chose dans mon propre arsenal qui pourra fonctionner avec ce qu’il fait. Avec Evan, je ne réfléchis pas du tout, on ne prépare rien à l’avance, j’essaie juste de faire de la musique avec lui et je crois qu’il en va de même de son côté. Je crois que notre musicalité respective nous permet de nous ajuster en temps réel, et puis il en sort ce qu’il en sort. C’est également une personne admirable. »

 

Accords fatidiques aux lignes fragmentées pour le pianiste, jeu tournoyant et prolongé du soufflant, particulièrement en verve au soprano ce soir, dont les sonorités sont magnifiées par l’acoustique du lieu. La dissemblance entre l’attitude des deux hommes est spectaculaire : le premier est mobile, voûté, en un combat au corps-à-corps avec son instrument, tandis que le second affiche un calme impérial, droit comme un I, ne bougeant de son poste que lorsqu’il s’agit de changer de saxophone. Leurs styles respectifs diffèrent tout autant que leur apparence mais s’accordent ici au long d’un long mouvement continu, alternance de rêveries diversiformes et de ressauts pugnaces. De fait, leur complémentarité est remarquable, les arguments de l’un commentés, nuancés, réfutés ou précisés par l’autre lors d’un set qui ne vacille à aucun moment. Pas de mélodie ou de rythme définis comme tels, pas de répétition ni de « morceaux », mais un flot musical évolutif, une rêverie aux couleurs changeantes, une conversation poursuivie au-delà de mots qui ne suffiraient plus à exprimer ce qu’il y a à dire. Des passages en solo sont ménagés au sein de la longue pièce inaugurale. L’intensité de l’écoute de celui qui ne joue pas est alors palpable, Shipp par exemple gardant les yeux fermés et les mains sur le clavier, attendant le moment approprié pour rejoindre son partenaire. Colère, inquiétude, pondération, agitation, joie et acceptation, le vaste spectre des émotions est ici exploré en musique, à partir de l’impulsion des première notes jouées, terreau d’une infinie possibilité de variations, gradations et points de vue.


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Le public est transporté, chacun veillant à ne pas déranger une musique fragile, constamment sur le fil d’idées indiscontinues pendant une cinquantaine de minutes. Deux pièces plus brèves, tout aussi probantes, complètent la soirée, et sont couronnées de vifs applaudissements. Matthew Shipp et Evan Parker, deux voix uniques pour un dialogue exceptionnel.

 

David Cristol

Photo : FCG / Márcia Lessa

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Il n’y a pas qu’Herbie Hancock et Wayne Shorter dans la vie. Le public lisboète est venu en nombre écouter les retrouvailles d’Evan Parker (ts, ss) et Matthew Shipp (p). Plusieurs duos improvisés avec les saxophonistes Roscoe Mitchell (« 2-Z »), John Butcher (« At Oto »), Ivo Perelman (« The Art of the Duet, vol. 1 ») ou Darius Jones (« Cosmic Lieder » et « The Darkseid Recital ») émaillent le parcours du pianiste. Quant à Parker, avec quel pianiste n’a-t-il pas joué, d’Alexander von Schlippenbach à John Escreet ? L’Américain et le Britannique ont précédemment été associés lors de sessions studio et live (immortalisées sur les albums « Abbey Road Duos » en 2006 et « Rex, Wrecks and XXX» en 2011), et au sein de grands ensembles convoqués par John Coxon et Ashley Wales au Royaume-Uni.


Samedi 2 août 2014, Amphithéâtre du Musée Gulbenkian, Lisbonne.


Questionné sur le sujet, Matthew Shipp révèle la nature de sa relation avec celui que l’on croise à toutes les étapes essentielles de l’évolution de la musique improvisée depuis le milieu des années 60. « Le travail d’Evan Parker m’accompagne depuis longtemps, c’est l’un de mes musiciens préférés. Lorsque j’ai eu l’opportunité de jouer avec lui, et bien qu’il soit célèbre pour son travail dans un contexte de musique improvisée, j’ai tout de suite perçu des racines très jazz dans le son et le vocabulaire qu’il employait. Je suis certain qu’il a parfaitement compris d’où vient l’étincelle qui est à l’origine du jazz. Je ne lui ai jamais posé la question, mais d’après moi, parce qu’il joue surtout du ténor et qu’il s’est construit à une certaine époque, l’influence de John Coltrane sur son jeu me semble tout à fait évidente. Peut-être pas en surface, mais lorsque vous écoutez très attentivement ce qu’il fait cela s’entend, et peut-être qu’il apprécie que ces racines jazz soient mises en évidence lorsque nous jouons ensemble. Je ne suis pas trop d’accord avec le découpage géographique selon lequel les européens jouent ceci et les américains cela. Nous réagissons tous au son qui nous parvient, et nous vivons à une époque où la musique a beaucoup circulé d’un continent à l’autre. Pour moi, jouer avec lui implique de mettre en valeur sa sonorité. Il ne s’agit pas de penser : « c’est un improvisateur européen, comment dois-je altérer mon style pour que cela fonctionne ? », mais je laisse les sons qu’il émet venir vers moi, et je trouve quelque chose dans mon propre arsenal qui pourra fonctionner avec ce qu’il fait. Avec Evan, je ne réfléchis pas du tout, on ne prépare rien à l’avance, j’essaie juste de faire de la musique avec lui et je crois qu’il en va de même de son côté. Je crois que notre musicalité respective nous permet de nous ajuster en temps réel, et puis il en sort ce qu’il en sort. C’est également une personne admirable. »

 

Accords fatidiques aux lignes fragmentées pour le pianiste, jeu tournoyant et prolongé du soufflant, particulièrement en verve au soprano ce soir, dont les sonorités sont magnifiées par l’acoustique du lieu. La dissemblance entre l’attitude des deux hommes est spectaculaire : le premier est mobile, voûté, en un combat au corps-à-corps avec son instrument, tandis que le second affiche un calme impérial, droit comme un I, ne bougeant de son poste que lorsqu’il s’agit de changer de saxophone. Leurs styles respectifs diffèrent tout autant que leur apparence mais s’accordent ici au long d’un long mouvement continu, alternance de rêveries diversiformes et de ressauts pugnaces. De fait, leur complémentarité est remarquable, les arguments de l’un commentés, nuancés, réfutés ou précisés par l’autre lors d’un set qui ne vacille à aucun moment. Pas de mélodie ou de rythme définis comme tels, pas de répétition ni de « morceaux », mais un flot musical évolutif, une rêverie aux couleurs changeantes, une conversation poursuivie au-delà de mots qui ne suffiraient plus à exprimer ce qu’il y a à dire. Des passages en solo sont ménagés au sein de la longue pièce inaugurale. L’intensité de l’écoute de celui qui ne joue pas est alors palpable, Shipp par exemple gardant les yeux fermés et les mains sur le clavier, attendant le moment approprié pour rejoindre son partenaire. Colère, inquiétude, pondération, agitation, joie et acceptation, le vaste spectre des émotions est ici exploré en musique, à partir de l’impulsion des première notes jouées, terreau d’une infinie possibilité de variations, gradations et points de vue.


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Le public est transporté, chacun veillant à ne pas déranger une musique fragile, constamment sur le fil d’idées indiscontinues pendant une cinquantaine de minutes. Deux pièces plus brèves, tout aussi probantes, complètent la soirée, et sont couronnées de vifs applaudissements. Matthew Shipp et Evan Parker, deux voix uniques pour un dialogue exceptionnel.

 

David Cristol

Photo : FCG / Márcia Lessa