Jean-Luc Thomas, flûtes voyageuses - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 14 Juin 2026

Jean-Luc Thomas, flûtes voyageuses

Photo Caroline-Philippe

Au 360, le flûtiste jean-Luc Thomas célébrait la sortie de son dernier opus, Sillons (label Hirustica)  avec de magnifiques invités.

Jean-Luc Thomas (flûtes), Timothée Le Net (accordéon diatonique), Simon le Doaré (contrebasse), Hugo Pottin (batterie), Catherine Delaunay (clarinette), Marie-Suzanne de Loye (viole de gambe), Line Willerval (gadulka) Au 360, 32 rue Myrrha, le 10 juin 2026

Il y a ceux qui ramènent de leurs voyages des cartes postales, des couvre-chefs, des boules à neige, des girafes en peluche, ou des coquillages. Le breton Jean-Luc Thomas, lui,  ramène de ses pérégrinations autour du monde (avec une prédilection pour l’Afrique et pour le Brésil) des rythmes : le mougou peul, le Takamba touareg, ou encore le Maracatu du Nordeste brésilien. Quand il revient dans ses pénates, en Bretagne, il s’assied à sa table, vide de ses poches les rythmes emmagasinés. Il en fait la matière première de sa musique.

Son nouvel album Sillons (Hirustica) réunit une instrumentation où les distinctions géographiques et sociologiques (musique populaire vs musique savante) n’ont plus cours : un accordéon diatonique, la gadoulka de Bulgarie, une clarinette, une viole de gambe, une batterie, une contrebasse. Et la flûte d’ébène de Jean-Luc Thomas qui a elle aussi toute une histoire, lointaine héritière du traverso baroque, récupérée au XIXe siècle par ceux qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une flûte traversière en métal, et notamment les domestiques irlandais en Angleterre ou aux Etats-Unis. C’est par ces Irlandais que la flûte d’ébène (après diverses triturations et améliorations) revint en Bretagne dans les années 70, et fut adaptée avec bonheur pour la musique traditionnelle.

Jean-Luc Thomas joue magnifiquement de ces flûtes en bois (confectionnées par Stéphane Morvan ou Jil Léhart). Résonnance, profondeur, doubles sons, soufflé-parlé, mais surtout des chorus remarquablement construits, denses, avec un sens de la narration sans faille. Les arrangements pour les tutti sont très beaux, avec de magnifiques nuances. Parmi les moments formidables de ce concert, on retiendra la longue suite évoquant l’esclavage (succession de rythmes africains puis brésilien). Dans ce morceau, Catherine Delaunay, clarinettiste invitée livre un solo d’une intensité extraordinaire. Sons étranglés, vrillés, hurlés, elle déchire la perfection habituelle du son de sa clarinette et se risque dans des zones où l’on n’a guère l’habitude de l’entendre. Le résultat est poignant.

JF Mondot