Les voyages de NoCuts

Sur la péniche Le son de la terre, majestueusement posée en face de Notre Dame, le groupe NoCuts a donné un beau concert pour fêter la sortie de Echoes of Wanderlust, leur deuxième opus.
NoCuts, avec Olivier Roch (clarinettes), Gaëlle Coquempot (piano), Guillaume Burckhardt (basse), Julien Defontaine (batterie), le Son de la Terre, 14 mai 2026

La péniche Le Son de la Terre était amarrée devant Notre Dame, cadre exceptionnel, à peine troublé par le passage des bateaux mouches, avec leurs noms bizarres (« le Dom Juan II ») et leurs silhouettes variées, de la raie manta à la deudeuche. La péniche était amarrée, donc, mais cela n’a pas empêché les spectateurs de voyager les yeux fermés sur des continents réels ou imaginaires dessinés par la clarinette voyageuse d’Oivier Roch. Ce qui frappe dans ce groupe qui a dix ans d’âge, et déjà l’expérience d’un premier album (Itinéraires, 2020), c’est d’abord la qualité des compositions, presque toutes de la plume d’Olivier Roch. « Altiplano », ou encore « Sweetheart », « Soir d’été », ont une qualité mélodique tout à fait rare. La clarinette d’Olivier Roch, au son très pur, les met parfaitement en valeur. A la clarinette ses improvisations sont très tenues, avec de temps en temps des envolées qui évoquent un peu des ambiances klezmer. A la clarinette basse, il est plus volubile, plus bouillonnant, plus déchiré: presque deux musiciens différents…

Au piano, Gaëlle Coquempot (autrice elle aussi de quelques beaux thèmes, comme Lost Highway) montre un jeu concis, mélodique, d’une grande délicatesse, avec des influences qui vont chercher du côté de EST, de Brad Mehldau, de Radiohead. Les deux instrumentistes sont soutenus par une magnifique section rythmique. Julien Defontaine a de la subtilité dans sa puissance, et de la puissance dans sa subtilité.

Guillaume Burckhardt prend quelques solos de basse exceptionnels, où les phrases sont puissamment dessinées, comme à l’eau-forte. Un touriste de passage vient lui en faire le compliment : « I love your gravity ». Et c’est ainsi que, sur cette péniche immobile, les spectateurs parcoururent en deux heures l’Amérique du sud et l’Orient compliqué.
Texte JF Mondot
Dessins: AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures, sur son site www.annie-claire.com)