Millau Jazz Festival : Knobil, AMG, James Brandon Lewis - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 17 Juil 2026 • Par Xavier Prévost

Millau Jazz Festival : Knobil, AMG, James Brandon Lewis

Après l’ultime concert de jazz du festival Radio France, j’ai éprouvé le désir d’une escapade au ‘Millau Jazz Festival’, qui existe depuis 35 ans, mais où je n’étais jamais allé, retenu au fil des ans à Montpellier par mes activités liées au Jazz à France Musique, puis à mon rôle de chroniqueur pour Jazz Magazine de ces concerts montpelliérains. Cette fois j’y suis, pour un soir, dans les Jardins du Château de Sambucy

La soirée commence sur la petite scène, avec un trio suisse que je n’ai écouté qu’en disque : le découvrir sur scène est déjà une promesse de joies nouvelles

LOUISE KNOBIL Trio

Louise Knobil (voix, contrebasse, effets, compositions), Chloé Marsigny (clarinette basse, effets), Vincent Andreae (batterie)

Millau, Jardins du Château de Sambucy, 16 juillet 2026, 19h00

C’est à la fois de la chanson (avec de très bons textes, pleins d’humour et de finesse), et du jazz, sur une musique originale, très chantournée, et pleine d’idées, servie par une voix aux multiples ressources, une contrebasse sollicitée avec art et fougue, et des partenaires de haut vol : très belles interventions de la clarinette basse, en contre-chant comme en solo, et jeu subtil du batteur. Au programme des thèmes déjà enregistrés, comme l’inénarrable Pesto, exercice métaphysique sur les nourritures élémentaires ; et des titres encore inédits. Vivant, mutin et richement musical. En rappel un inoxydable standard, Cheek to Cheek . Régal absolu que ce concert

Après un passage express à la cantine des bénévoles, qui permet de souligner que ce festival, comme beaucoup d’autres désormais, se soucie de l’environnement, on se transporte à quelques pas vers la grande scène

AMG

Antoine Fleury (piano), Keïta Janota (saxophone alto), Anthony Jouravsky (contrebasse), Mailo Rakotonanahary (batterie)

Millau, Jardins du Château de Sambucy, 16 juillet 2026, 21h

Le sax commence seul, lyrique et limpide, puis le groupe entre dans la danse : pas de deux, pas de trois, pas de quatre…. C’est une musique collective à expression individuelle. C’est comme une succession de pleins et de déliés. La musique est comme un récit à épisodes et incises. En suivre le cheminement est assez passionnant. Les amateurs d’applaudissements pavloviens (ceux qui se croient obligés d’applaudir après chaque solo) en sont pour leurs frais : le moment idoine intervient quand on l’attend le moins, souvent après un pianissimo qui sera conclusif. Beaucoup de vie, de fougueuses improvisations (et de belles nuances) : la musique en majesté. Un régal….

JAMES BRANDON LEWIS Quartet

James Brandon Lewis (saxophone ténor), Aruán Ortiz (piano, Brad Jones (contrebasse), Chad Taylor (batterie)

Millau, Jardins du Château de Sambucy, 16 juillet 2026, 22h30

Ce groupe semble fonctionner en deux entités, distinctes mais solidaires : le trio qui associe piano, basse et batterie, et le quartette, quand le saxophone entre (ou rentre) en scène. Dans le jeu en trio, le dialogue est permanent entre les trois : allers-retours, rebonds, commentaires, fantaisies espiègles. Ses partenaires laissent la part belle à Aruán Ortiz (tantôt virtuose et volubile, tantôt introspectif), mais les échanges diagonaux fusent. Quand le saxophone se joint au trio, c’est lui qui mène le jeu et paraît distribuer les rôles. Il laisse volontiers de l’espace au pianiste, et lui-même se plaît à son péché mignon : ressasser un fragment mélodique, le tordre, le lancer dans les airs et le rattraper in extremis pour une métamorphose (un peu le ‘système Rollins’). Au début d’un morceau, il va aussi enchaîner des fragments thématiques de standards (standards de Broadway ou standards du jazz), avec également quelques notes de La Marseillaise (public ravi). Un impromptu en solo du pianiste va entraîner le saxophoniste vers une dérive hispanisante. Et soudain, à la faveur d’un nouveau thème, ou d’une intuition fulgurante, il s’embarque dans un développement assez bluffant. Entre apparente désinvolture et subites envolées, une balançoire qui ressemble parfois au grand huit des attractions foraines. Ce saxophoniste, que j’admire, reste pour moi une énigme.

Xavier Prévost (texte & photos)

Le festival s’est poursuivi les deux jours suivants avec Léa Maria Fries, Vincent Peirani, Arnaud Dolmen….

https://millaujazz.fr/millau-jazz-festival-programme-festival/