Melissa Aldana au Paris Jazz Festival - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 9 Juil 2026

Melissa Aldana au Paris Jazz Festival

4 juillet

Alors que nombre d’évènements jazz sont remis en cause par les restrictions budgétaires qui touchent la politique culturelle dans son ensemble, le Paris Festival, créé il y a un peu plus de trente ans, continue à offrir chaque été à un public fidèle une programmation jazz originale et qualitative à prix très raisonnable – celui de l’entrée du parc – dans le cadre très agréable du Parc Floral de Paris. Si la formule a évolué au fil des années, celle-ci semble avoir trouvé depuis quelques temps son équilibre en évitant les grosses machines festivalières et les évidences au profit d’une sélection exigeante d’artistes contemporains créatifs croisant les esthétiques.

Après une ouverture en fanfare avec le trio Poets of Forest (Arnaud Dolmen, Michel Alobo et Jowee Omicil), c’est au tour de la saxophoniste chilienne Melissa Aldana de s’installer ce samedi après-midi estival sur la scène du chapiteau. Alors qu’elle a assuré récemment plusieurs dates festivalières avec le trio du pianiste Levi Harvey, c’est cette fois-ci avec ses musiciens réguliers, le batteur Kush Abadey, le bassiste Pablo Menares et le pianiste Pablo Held, qu’elle se présente. Pas encore quadragénaire, la musicienne, lauréate en 2013 de la Thelonious Monk Competition, enregistre depuis le début des années 2010 sous son nom, et ses trois derniers albums sont parus chez Blue Note.

Peu loquace, la saxophoniste laisse la musique parler pour elle. Sans surprise, le répertoire emprunte largement aux ballades cubaines qu’elle a enregistrées, sur des arrangements et avec le piano de Gonzalo Rubalcaba, sur son dernier album, « Filin », paru en début d’année, comme La Sentencia et Dime Si Eres Tú. Si elle accélère un peu le tempo en fin de concert, le registre de la ballade lui est visiblement confortable et la sentimentalité un peu exacerbée de ces compositions s’incarne, sans abus de « joliesse », dans son très élégant jeu de ténor, qu’elle complète ponctuellement de percussions. A défaut d’être très bavarde et de chercher à séduire le public, Aldana est très impliquée, y compris physiquement, dans ce qu’elle joue, et ce sont les spectateurs qui finissent par entrer, à ses conditions, dans son univers. Sans doute pas la musique la plus facile à jouer pour un concert d’après-midi en plein air, elle finit néanmoins par convaincre, et c’est une belle ovation qui la salue à l’issue de sa prestation.

Frédéric Adrian