Miles Davis au Bal Blomet : l’esprit du maitre est passé dans le XV° ! - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 27 Mai 2026

Miles Davis au Bal Blomet : l’esprit du maitre est passé dans le XV° !

Laurent Courthaliac, Hermon Mehari, Luigi Grasso, Sylvain Romano et Gautier Garrigue.

L’ascenseur de menait pas à l’échafaud hier soir…mais au paradis. Sous la direction de l’excellent pianiste et orchestrateur Laurent Courthaliac, ce concert Jazz Magazine rendait, d’une manière originale et inventive, un hommage à Miles Davis le jour même de la célébration de ses 100 ans : le 26 Mai.

Il y avait hier soir, au Blomet, bien plus qu’un simple hommage à Miles Davis. Il y avait cette tension rare entre fidélité et réinvention, celle qui rappelle justement ce que Miles exigeait de ses musiciens : ne jamais reproduire, toujours transformer. Un hommage, fou, tout en swing, en rebondissement, “frappé” à la Thelonious Monk comme lorsque le groupe attaque Well You Needn’t (que Miles adorait), enflammé pour Four, ou subtil pour Round Midnight (du même Monk).

Autour de Laurent Courthaliac, la soirée a trouvé immédiatement sa respiration. Hermon Mehari, dans le rôle forcément exposé de Miles, a évité l’imitation pour retrouver l’esprit du maitre : phrasé tendu, silences habités, lyrisme contenu. Une présence remarquable.

Puis il y eut Luigi Grasso. Impérial. Son jeu incandescent a fait ressurgir, par instants, les grandes heures de l’improvisation post-bop avec une autorité et une liberté saisissantes. Chaque chorus semblait raconter une histoire différente sans jamais perdre le fil collectif. Passant du sax soprano à la clarinette basse, il nous gratifia d’un festival d’imagination et de maitrise.

Derrière eux, la mécanique du groupe impressionnait par sa solidité organique : la basse rocailleuse et précise de Sylvain Romano, le drumming constamment inspiré du multi-primé Gautier Garrigue, moteur souple et nerveux de l’ensemble.

Le plus beau, peut-être, est que cette musique ne regardait jamais le passé avec nostalgie. Elle rappelait simplement que Miles Davis demeure une méthode autant qu’un répertoire : écouter, risquer, avancer. Une très grande soirée de jazz au Blomet. Edouard Rencker