Norman Connors & The Starship Orchestra fêtent les 50 ans de « You Are My Starship » au New Morning - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 11 Mai 2026

Norman Connors & The Starship Orchestra fêtent les 50 ans de « You Are My Starship » au New Morning

8 mai 2026

Quelques jours à peine après le triomphe de Jean Carne au même endroit, c’est au tour de Norman Connors, avec qui elle a régulièrement travaillé, de faire ses débuts au New Morning, confirmant la pertinence d’un jumelage entre la Rue des Petites-Ecuries et Philadelphie. C’est en effet dans la « city of brotherly love », où il est né il y a maintenant 79 ans, que le batteur et producteur a fait l’essentiel de sa carrière. Découvert dans le courant des années 1960 en tant qu’accompagnateur sur disque et sur scène d’Archie Shepp, Sam Rivers ou Pharoah Sanders, il bifurque au milieu de la décennie suivante vers la soul et le disco, à la fois pour ses propres disques (les tubes Valentine Love et You Are My Starship) et, en tant que producteur, avec d’autres comme les chanteuses Jean Carne, Angela Bofill et, surtout, Phyllis Hyman.

Invité de dernière minute, c’est le pianiste Bobby Lyle, autre collaborateur régulier de Connors, qui ouvre la soirée en trio avec la rythmique régulière de celui-ci (T.C. Tolliver à la batterie et Michael Eley à la basse) avec une version du « Poinciana » d’Ahmad Jamal qui semble désarçonner quelque peu ses deux partenaires.  Ils se montrent plus à l’aise sur la suite du set, pour lequel ils sont rejoints ponctuellement par le saxophoniste français Paul de Remusat, un des piliers du collectif Echoes Of, qui passe notamment par une lecture de « Sweetest Taboo » de Sade et par « The Genie », la composition signature de Lyle, reconnue dès les premières notes par le public. Musicien tout terrain, qui a croisé tout au long d’une carrière entamée à la fin des années 1960 aussi bien Young-Holt Unlimited et Sly Stone que Roy Ayers, Esther Phillips, George Benson ou Benny Golson, Lyle s’amuse visiblement à ignorer les frontières stylistiques et sa présence au sein de l’orchestre, annoncée quelques jours avant le concert, est un vrai bonus. Pendant « ‘Round Midnight », que Lyle joue seul, Connors se glisse sur scène et s’installe derrière un set de percussions, mais sans jouer. Il est visiblement très diminué physiquement, et Il faut attendre la fin du set pour qu’il prenne effectivement place à la batterie, après un petit discours retraçant sa carrière qui lui donne l’occasion de comparer le New Morning au Village Vanguard, pour une belle version de « The Creator Has A Master Plan «  qui permet à Paul de Remusat de briller particulièrement Il ne joue cependant que sur la première partie du morceau et se contente de chanter sur la suite. Ces quelques minutes seront sa seule contribution directe à la soirée, même s’il reste sur scène pendant l’entracte pour saluer ses admirateurs et signer quelques pochette et retrouve ensuite sa place de spectateur.

Après cette première partie orientée jazz, le second set se plonge cette fois-ci dans les enregistrements soul de Connors. C’est la chanteuse Marva King, qui collabore depuis une dizaine d’année avec lui, qui assure le pilotage de la séquence. Choriste de luxe dans les années 1980 et 1990 (avec Stevie Wonder notamment), elle se fait particulièrement remarquer à la fin des années 1990 quand elle intègre, sur disque et sur scène, l’univers princier. Ce soir, elle met sa voix au service du répertoire de Connors, avec un programme essentiellement composé de titres associés à Phyllis Hyman : « What You Won’t Do For Love », « Living All Alone », « No One Can Love You More », « Betcha By Golly Wow » et « You Know How To Love Me ». Bien que leur approche soit différente, elle rend tout à fait justice aux différents titres, et sa présence scénique lui permet de les habiter à sa façon. Autre habituée de la scène du New Morning, Indy Eka a  la lourde responsabilité de prendre la place de Michael Henderson pour « You Are My Starship », le plus gros succès commercial de Connors, et se sort de façon exemplaire du challenge. Elle retrouve King pour le rappel, une version enlevée du « Minute by Minute » des Doobie Brothers. Pendant l’ensemble de ce second set, Connors est resté assis au fond de la scène, attendant la fin du concert pour saluer le public et présenter les musiciens. Si sa présence quasi-silencieuse tout au long du concert est un peu déstabilisante, elle ne gâche pas un concert en forme d’hommage qui a permis de mettre en valeur des musiciens trop rares par chez nous comme Bobby Lyle et Marva King et d’entendre un répertoire peu joué par chez nous…

Frédéric Adrian