Jazz live
Publié le 4 Juil 2022

Oloron : Le jazz et le Gave coulent malgré les barrages…

Des Rives et des notes. Ce festival ancré à Oloron Sainte Marie en bout de la Vallée d’Aspe, l’une des plus belles des Pyrénées occidentales, se veut célébrer des musiques en mouvement comme il sied à un lieu en bordure de torrent de montagne, en Béarn appelé Gave. Cette année pourtant le festival basé sur deux week-ends de concert a connu des assèchements, des chutes de pierres voire des barrages imprévus sinon inappropriés. Baisse de subventions, retraits de sponsors locaux, modification de formations annoncées. Et pour finir l’annulation d’un concert carrément pour cause de grève ce week end dans des aéroports européens. Pour un évènement jazz doté pourtant d’un in et d’un off, justifiant une certaine ambition d’originalité en matière de programmation mais basé essentiellement sur le bénévolat quant au fonctionnement, l’ère d’immédiate post covidie a sonné rude “Nous devons bien réfléchir en vue de la prochaine édition” avouait en mode after, réaliste plus que inquiet, le président de l’association organisatrice.

C’est parti pour un duo de choc, un pur défi un de ces bons vieux (!!!) chase brûlant relevé à deux protagonistes ici avec le “jeune” Chazarenc invité de dernière minute. Voilà ce qui se devine dans la manière propre à Lionel Belmondo de toujours chercher, mimique du visage en étendard, l’aspiration de la pulsion made in batterie. Une joute, une” battle” clameraient en connaisseur des  moins de 25 ans qui se seraient laisser attirer ce soir là par une musique en explosion joyeuse de liberté fort contagieuse.

Airelle Besson (tp), Isabel Sorling (voc, elec) Benjamin Moussay (p, cla), Fabrice Moreau (dm)

Des Rives et des Notes, Salle Jéliotte, Oloron, 1er juillet

 

On retrouve l’habituelle accroche du concert. Un effet de souffle tout simple dont Airelle Besson possède le secret du grain, pour commencer plus quelques aller-retours égrenés très natures en contrechants sur le clavier du piano acoustique.  Vient ensuite en continuum la ligne de la voix, comme spacialisée générée par Isabel Sorling doublée d’un rituel, celui du son des caisses, résonnance très précise sous les baguettes expertes de Fabrice Moreau.

 

Isabel Sorling , voix…

Voilà tout est dit serait-on tenté de raconter en résumé de l’histoire. Le plan musical est en place, le contenu se livre dans un jeu de rôle partagé,  le jeu joué tourne autour de ces ingrédients de base, ces condiments plus ou moins  électriques jetés dans la recette d’un rendu sonore innervé de sensibilité, de séductions projetées en autant de halos de lumières . Chaque membre du groupe y puise directement, y porte sa contribution épicée. Bien sur il y a cette touche de décor propre au groupe: “Elles” et “il” se font face, se regardent tous trois de profil par rapport au public, trompette et voix contre claviers placés de par et d’autre de la scène. Seul le batteur, au centre regarde l’auditoire dans les yeux.

Passe ainsi en revue revivifiée en scène la trilogie de The sound of your silence  bien plus complexe on s’en douterait que le titre -proche dans l’ennoncé- du hit en accords mineurs de Simon & Garfunkel. Patitoune aussi, petit cadeau en mode comptine de la maman trompettiste á sa (alors toute) petite fille.

 

Benjamin Moussay

 

Et Try, titre éponyme de l’album, lequel morceau démontre si besoin était ce que ce quartet, à l’image de sa leader,  recèle des  faiseuses et faiseurs de sons -mention particulière à Benjamin Moussay éclectique autant qu’électrique- en autant de  séquences improvisées à deux-trois-quatre expressions richement croisées. Ou via un moment de  piano puis trompette lancées en phases  solo. La voix, avec ou sans mots, n’est jamais très loin en échos répercutés. La batterie de  Fabrice Moreau, elle, vit sa vie live en un univers coloré de percussions savantes. Reste une impression d’homogénéité dans un fil musical in fine très libre de ses mouvements.

 

Fabrice Moreau

 

Try, en live, ici en Béarn, terre de rugby, comme ailleurs vu et entendu, figure bel,et bien un essai …transformé de la part de cette équipe (finement) savante.

 

 

 

Stéphane Belmondo (tp, bu) Lionel Belmondo(ts, fl)), Laurent Fikelson (p), Sylvain Romano (b) Matthieu Chazarenc (dm)

Salle Jéliotte 2 juillet Oloron Sainte Marie (64270)

 

Lionel, bambou…

Le démarrage du concert se veut soft,  flûte bambou pour l’aîné des frères et conque  entre les mains du cadet trompettiste histoire de poser le climat sonore. Puis lorsque Lionel embouche le  ténor sur tempo lent,  le son se fait son plein,  mâtiné d.une légère saturation cuivrée. Comment ne pas  penser aussitôt :“Diable, plus Coltranien que ça tu meurs !” Les traits de souffle du sax montent en volutes, enflammés par le  soutien façon feu de forge de Matthieu Chazarenc.

 

Matthieu Chazarenc

 

Lui, repéché en dernière minute ne devait pas être là. Il s’y impose bel bien pourtant,  conjuguant son jeu au plus que présent. La trompette s’y glisse sans problème d’un mouvement tout en découpes, tout en ruptures. On vit, on suit dès lors une très longue pièce avec au beau milieu du courant continu un solo de basse hyper construit en séquences rythmiques.

 

Sylvain Romano

 

Sylvain Romano,  concentré à l’extrème, regard rivé sur ses cordes fait montre d’une grande précision question son au long de  phrases détachées. Chemin collectif assumé non sans une  une aisance manifeste, une maitrise livrée en quintet, en quartet ou trio, qu’importe la formule. Ainsi joué live,  bien vivant là, tout de suite, dans le moment ce temps partagé avec toute l’audience dit un jazz offert avec tous ses âges ou plutôt… sans classe d’âge.

 

Lionel cuivre…

 

Et comme s’il voulait prouver, voire enfoncer le clou Lionel Belmondo revient sur le devant de la scène pour lancer les accents, les phrases remises à jour mi Afro Blue mi Impressions en un torrent de notes et cascades de frappes. La trace de Coltrane, de son époque encore et toujours…  Bon d’accord, les références on s’en fout un peu. Faut avancer. Sauf que, On ne s’y attend pas forcément, mais tout de même là, hic et nunc…cela fait du bien de tels moments vécus jazz, non ?  Vous ne croyez pas ?

On y est. On se doit d’y rester au présent dans cette conjugaison vécue sur scène par le biais des thèmes abordés: Yusef’s (???) tree pour une doxa de swing abordé dans  le moelleux, l’apaisement d’une combinaison trompette/sax ténor. Le piano de Laurent Fickerson y contribue également en prolongement délicat des souffles de cuivres. Wayne ‘s (décidément !) Worlds aussi, en manière d’application d’un savoir faire reconnu des canons du quintet, de l’exposé du thème jusqu’aux solos lâchés . Et puis pour coda sort Song for Dad, une de ses compositions fétiches au travers de laquelle Stéphane Belmondo offre au bugle cette douceur de son en ombre et lumière, ce coulé de notes aimantées. À lui l’admirateur de Chet Baker, pareille signature instrumentale lui appartient bel et bien. Lui revient de droit.

 

Stéphane

 

Robert Latxague