Jazz live
Publié le 14 Fév 2022

Orthez: Anda-Lutz en écho croisé des sud

Orthez ne proposera plus de Festival de Jazz. Et avec la fin de l’activité professionnelle de Jacques Canet son fondateur et mentor à la veille de l’été on peut se demander si le théâtre Francis Planté instillera son habituelle dose de jazz dans la programmation de ses Saisons Culturelles. En attendant, avant l’étape Paul Lay de retour dans sa ville natale en mai, et le flamenco jazz du saxophoniste Antonio Lizana en mars, le groupe Anda-Lutz proposait le we dernier de l’improvisation poussée par des vents du sud. Sans la trompette de Nicolas Gardel forfait pour le match. Mais avec un sax alto remplaçant très hot en saveur sur les planches.

C’est un fait accompli. Aujourd’hui en n’importe quel lieu de concert le noir fait dans la salle se trouve inexorablement troué de dix-cent-mille petites fenêtres de lumière. De quoi absorber clandestinement ou non (!) images fixes ou mobiles sur les téléphones tenus au bout de doigts conquérants  Une tendance vis à vis de laquelle le leader du groupe ne se fait aucune illusion. Ce qui n’empêche nullement Guillaume Lopez de réagir en direct devant son auditoire. Brut de décoffrage : « Ces images de notre boulot on les retrouve ensuite bombardées sans égard ni qualité de retransmission sur les réseaux sociaux. Alors svp gardez les pour vous ! On veut choisir nos images, les placer en professionnels. On ne tient pas nous à être consommés comme vos assiettes de lasagnes ! »

Anda-Lutz : Guillaume Lopez (voc, fl, cornemuse), Thierry Roques (acco), Ferdinand Doumerc (as), Sébastien Gisbert (perc)

Théâtre Francis Planté, Orthez (64300) 11 février 

Anda-Lutz se veut un patronyme signifiant. Encore faut-il décrypter sinon connaître le code d’entrée pour, en introduction, jouir pleinement des plaisirs d’un contenu musical original « Anda » en espagnol comme l’injonction « En Marche » Plus « Lutz » traduction de « lumière » en langue occitane. La musique de ce groupe sudiste revendique trois types de racines géographiques qui tapissent une zone correspondant au royaume Al Andaluz dirigés par les Califes musulmans en conquista ( 771-1492) de part et d’autres de là Méditerranée : le Maghreb, L’Espagne et les pays d’Oc. Avec la palette de sonorités, de rythmes et de mélodies qui cadrent avec.

 

Ferdinand Doumerc (alto sax)

 

Un concert de ce quartet en quête de métissage se veut d’abord un voyage. « Quelque chose comme une liberté de mouvement dans un triangle Toulouse-Grenade-Agadir » revendique Guillaume Lopez l’un de ses membres fondateurs. Présentement à Orthez ce soir là sa flûte rejoint en souffles soulignés ou croisés un sax alto en remplacement de la trompette habituelle de Nicolas Gardel. Autant d’occasions de décliner des thèmes plutôt « inspirés de la musique arabo-andalouse » Sur ce canevas les parties solos jaillissent majoritairement du sax alto en mode de sonorité saturée autour de phrases (en gammes) modales (Su memoria su destino) Pour dans l’ instant suivant faire un pas de côté histoire d’égrener un chapelet de couplets en spirales façon sevillana appuyés chaudement sur les contrechants de l’accordéon « Nous ne sommes pas des spécialistes du flamenco mais ces couleurs nous inspirent » Puis d’air en air au dessus du Mare Nostrum le périple conduit le carré des musiciens vers le Maroc, pâtisseries de saveurs douces toujours en pâte roulée d’accordéon, main d’accords et doigts de notes déliées (Ostal Blanc) À ces sauts de rythmes conjugués collectivement vent des sud il ne manquait qu’un épisode de percussions joués â main nue (Summus)

 

Sébastien Gisbert

Pour, en point d’orgue, terminer sur une adaptation du Toulouse de Nougaro chantée dans la langue vernaculaire de la cité des violettes,  l’occitan. Juste retour des choses ou de voyage, la chanson se trouve tuilée d’une pincée de souffle jailli d’un alto cuivre incandescent.

 

Michel Roques

 

Enfin faut-il remarquer de la part de Guillaume Lopez sa propension à lancer chant, traits de flûte -voire de cornemuse- sur un schéma de cadences infernales. Comme à propulser une voix du sud avec vibrato et modulations caractéristique d’échos chauds en ces terres rocailleuses.
De quoi aviver le souvenir de tels voyages sonores.

 

Un final avec les élèves de l’Ecole de Musique d’Orthez

Robert Latxague