Jazz live
Publié le 26 Sep 2021

Lons: Airelle Besson Lionel Suarez, un duo du tonnerre

Tonnerre de jazz, association paloise représente un cas spécifique. Pour ne pas dire paradoxal. Créée il y a plusieurs années elle assure un concert par mois dans l’agglomération tournant autour de la capitale du Béarn, par ailleurs préfecture des Pyrénées Atlantiques. Sauf que si cette association fait atterrir chaque année sa dizaine de rendez-vous jazz dans les villes de la périphérie, elle ne parvient que fort rarement à assoir un concert dans une salle de Pau.  D’où cette singulière qualification d’« association nomade » que se plaît à répercuter son mentor Jean-Claude Tessier à l’occasion de la présentation des musiciens au début des concerts. La cité natale du Roi Henri IV ferait-elle sciemment de la résistance à l’improvisation ? Oû est-ce l’illustration du caractère béarnais que l’on dit naturellement fort têtu sous ce foutu béret qu’il dit avoir inventé au grand dam du voisin basque ?

Elle est revenue dans l’actualité du jazz hexagonal après un intermède de deux ans consacré à la naissance de son enfant, une petite fille « C’est vraiment l’évènement marquant de ma vie récente. Il n’y a pas photo » avoue Airelle Besson avec un sourire tout de tendresse dessiné sur les lèvres. Sur le plan du métier le fruit de son dernier travail, l’album Try reste toutefois sa préoccupation majeure « Il est sorti en plein confinement. Il me faut donc l’exploiter à fond, le valoriser au maximum avec le quartet.  Mais bon cela ne m’empêche pas de prendre aussi du plaisir sur d’autres projets, d’autres rendez vous pris. Avec Lionel Suarez par exemple, sur ce joli duo »

Airelle Besson (tp), Lionel Suarez (acc)

Tonnerre de jazz, Espace James Chambaud,  Lons (64140)

 

Airelle Besson

 

C’est un duo entretenu par et pour le plaisir. De jouer à deux bien sûr, tel un face à face prolongé avec le sourire. Celui d’explorer des territoires mélodiques également avec en bagage deux sources sonores aussi différentes que complémentaires. IL et ELLE se plaisent à s’installer à une  table ou s’invitent les modulations des accords et des planches solides d’harmonie construites via les touches de l’accordéon. Dans ce contexte intime la trompette d’Airelle Besson toujours replace sa musique sur le chemin de la mélodie. D’une sonorité droite ici, au travers de lignes clairement tracées sous ses doigts. Se présente en hors d’oeuvre  (Blossom) une grosse partie rythmique. Relevée à parts égales bien entendu  même si ce type de jeu de rôle implique des échanges nés sous le mode du défi. Et lorsque Lionel Suarez introduit un morceau à coups d’accords lancés successivement main droite main gauche histoire de faire monter la sauce Airelle vient aussitôt le chercher sur ce terrain rythmique sans perdre pour autant son dessein de tirer des lignes de notes claires, détachées.

 

Lionel Suarez

 

Lionel Suarez est un musicien singulier. Il n’a aucun problème à aborder le monde du jazz. Pourtant l’accordéoniste quadra se plaît à chercher également des sensations fortes dans d’autres univers musicaux, chanson, musiques du monde (il a fondé un quartet pour illustrer Carlos Gardel), le théâtre même: « D’avoir eu la chance de jouer en appui de spectacles de Jean Rochefort reste pour moi un plaisir suprême » Ainsi dans un moment laissé en  solo par sa partenaire, ce soir, de sa seule main droite sur son instrument de notes et de souffle, le voilà qui enchaîne formules harmoniques et rythmiques couplées,  travail apte à insuffler du volume,  de la dynamique au contenu exposé. Ce qui ne l’empêche nullement de siffler un petit couplet en même temps. Histoire d’ajouter à ce tableau musical très personnel un petit air d’humour potache « J’ai composé ce thème en mode chanson baptisé Olé Léo lors de la naissance du fils d’André Minvielle votre compatriote chanteur béarnais aux côtés duquel je me suis souvent produit »Airelle Besson revient dans le jeu, évidemment. Et les notes cuivrée avec elle. Les lignes dessinées en commun se croisent, se multiplient, occasions saisies d’autant de points de rencontre, de fuites simulées, de retrouvailles sur une note, un unisson, une séquence d’improvisation (Time Line)  Complicité est bien le mot qui convient.

 

Complicité est le mot qui convient

 

Question d’envie ? De contexte sud-ouest ? D’attrait partagé pour ces musiques de chaleur qui sait ? La fin du concert penche en tous cas vers une certaine latinité assumée . Silencio de Carlos Gardel justement, on y revient, livre de petites passes croisées, de courts intermèdes accordéon/trompette ménagés en mode intimiste. il camino d’Aldo Romano, enfin,  donne le ton de ces mélodies qui, une fois enregistrées dans l’oreille ne quittent plus le fond de vos neurones. Airelle Besson y fait entendre un phrasé de lumière, chaque note sonnant juste. À point. Et Lionel Suarez remarquer son poinçon d’orfèvre en musicalité douce.

 

 

Robert Latxague