Terence Blanchard et Ravi Coltrane célèbrent les centenaires de Miles Davis et John Coltrane au Grand Rex - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 3 Juil 2026

Terence Blanchard et Ravi Coltrane célèbrent les centenaires de Miles Davis et John Coltrane au Grand Rex

29 juin 2026

Terence Blanchard ne cache pas son plaisir à se produire ce soir devant un Grand Rex pas loin d’être plein (malgré la concurrence du foot !) et évoque avec une certain émotion ses débuts parisiens au New Morning au sein des Jazz Messenger d’Art Blakey – en janvier 1983, si j’en crois les archives de la salle ! Si cette soirée est placée pour l’égide de la mémoire de Miles Davis et de John Coltrane, et particulièrement de leurs enregistrements communs, c’est bien Blanchard qui est au cœur du projet dont il se fait le porte-parole : il est l’auteur des arrangements et les musiciens qui l’entourent sont ses proches : le pianiste Tom Oren, qu’il présente comme un de ses anciens élèves, le guitariste Charles Alture et le bassiste David Ginyard, tous deux membres de son E-Collective, et le batteur Jaylen Petinaud, son collègue dans l’orchestre d’Herbie Hancock. Ravi Coltrane, rare lien direct avec John Coltrane encore vivant même s’il avait à peine deux ans quand son père est décédé, fait quant à lui plutôt figure de « special guest », muet sur scène et plutôt discret dans son jeu.

Au vu du profil des participants, il est évident que l’hommage allait être respectueux, mais pas muséal et, de fait, c’est une approche très personnelle que proposent Blanchard et ses acolytes. Comme un symbole, c’est Charles Alture et sa guitare électrique qui se présentent les premiers sur la scène, rejoints par les trois autres musiciens puis par Blanchard pour une composition de celui-ci, Flow, morceau-titre de son album de 2005 produit par Herbie Hancock. Avec l’arrivée sur scène de Ravi Coltrane, l’ensemble s’attaque au répertoire des deux créateurs honorés ce soir avec un très beau Flamenco Sketches. Pas question cependant pour les musiciens de « rejouer » : c’est une lecture originale – guitare et basse électriques, en particulier – qui ne tente pas de copier le son de « Kind Of Blue », mais s’approprie le morceau.

Le standard On Green Dolphin Street, enregistré en 1958 sous le nom de Davis et publié sur l’album de fonds de tiroir (déjà !) « Jazz Track », se teinte lui d’une rythmique reggae inattendue mais bienvenue… qui fait frémir quelques spectateurs qui s’attendaient sans doute à une version plus prévisible de l’œuvre – il y aura d’ailleurs quelques départs en cours de concerts. Autre emprunt à « Kind Of Blue », All Blues est traité, selon le mot de Blanchard, en « mash-up » avec Someday My Prince Will Come, dont le thème aisément reconnaissable est audiblement salué par le public. Le morceau permet à l’ensemble des musiciens d’intervenir et met en avant leur pertinence, et notamment celle du bassiste David Ginyard, aussi solide en rythmique que créatif en solo. Retour à « Kind of Blue », encore, pour le final sur Blue In Green, avant un rappel sur Two Bass Hit, la composition de John Lewis et Dizzy Gillespie gravée par Davis avec Coltrane en 1955 dans une version restée inédite à l’époque.

A la sortie de ce programme calibré pour les festivals de l’été – 90 minutes montre en main, rappel compris -, certains spectateurs faisaient part d’une certaine frustration quant au répertoire, et de fait il n’était pas explicité dans la communication autour du concert que le concept tournait autour des morceaux gravés ensemble et non de leurs œuvres distinctes. Néanmoins, même si les musiciens n’ont jamais semblé forcer leur talent et aller au-delà d’un cadre bien posé, l’ensemble, avec son approche particulière, se singularise parmi les différents projets hommage qui arpentent les scènes cet été…

Frédéric Adrian