Jazz live
Publié le 18 Juil 2016

Têtes de Jazz : de Leïla Martial à Ozma

C’est un drôle de festival. Une pièce de théâtre qui couronne les jazz(s) en dépouillant les comédiens de leurs rôles. Ce qui se joue en coulisses se joue un peu sur scène grâce à une source intarissable d’authenticité et un grand élan de passion. Salvateur.

Il ne m’est pas souvent donné de rire à gorge déployée au cours d’un festival de jazz. Du moins, en qualité de néophyte peu au fait des usages et de l’esprit des réjouissances. Encore moins quand lesdites réjouissances comptent parmi les offs d’un évènement de la carrure du Festival d’Avignon. Tandis que les affiches tapissent les façades des immeubles, que la foule part en quête de prodiges du verbe et de son énoncé – tant et si bien que les rues engorgées ne semblent plus dessiner la morphologie de l’endroit – au pied du Palais des Papes, les membres de l’Association pour le Jazz et la Musique Improvisée (AJMI) s’affairent au bon déroulement de la quatrième édition de “Têtes de Jazz” (lancée le 8 juillet). Plus que quelques jours avant le baisser de rideau…

Il aura fallu à peine une heure pour se sentir comme chez soi. Pour se sentir en droit de troquer son costume de simple spectateur pour celui de presqu’acteur. Est-ce dû au caractère minimaliste, voire carrément intime, de ce festival ? Ou alors à cette déhiérarchisation absolue parmi les passionnés de jazz(s) ? Ou peut-être est-ce la fureur du mistral qui m’a fait perdre la tête ? Point de clivage entre générations. Les premiers rôles (les musiciens bien entendu !), seconds rôles ou simples figurants ont droit au même temps de parole quand les jazz(s) ne font plus vibrer la scène. Les oreilles aguerries (au point d’être parfois aigries) et observateurs en quête perpétuelle d’innovations (jugées parfois tendancieuses) ont droit aux mêmes loges. De quoi créer une belle émulation. Les notes et les causeries se mêlent et s’emmêlent. Voilà pourquoi j’ai tant ri à gorge déployée…

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Quarante-huit heures à peine et une flopée d’instants suspendus…

Poésie phonique. La chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi d’abord. Juste sur un “Fil”. Deux poètes en symbiose. Est-il pertinent de qualifier Leïla Martial de chanteuse ? On en doute. C’était bien trop ovniesque. Sa voix ? Quelque chose de céleste. De non identifié. Technique et extrêmement précis pourtant. Précis quant aux formes qu’elles dessinent en usant parfois de sa pédale d’effets. Les syllabes d’un langage qui nous est inconnu. Et qui nous conte bien des choses. Des onomatopées déconcertantes de par leur originalité. Elle exhale des émotions façonnées avec dextérité. D’un coup sec parfois ou alors en jouant sur des sinuosités. C’est délicieusement déjanté. Une douce folie intensifiée quand, le lendemain, elle présente le projet “Baabox” avec le batteur Éric Perez et le guitariste Pierre Tereygol. Si avec “Fil”, l’étendue musicale était minime (de quoi nous plonger dans une atmosphère trouble mais sereine), cette fois-là, le trio s’est emparé de l’ensemble de la salle. Un coup de fouet.

D’ailleurs, l’occasion me fut donnée d’échanger avec Leïla Martial en compagnie de Mathieu Feryn, animateur du programme « À contre temps » pour Radio Campus Avignon. Un moment de totale improvisation, échange sans trop de barrières à l’image de « Têtes de Jazz ». Presqu’actrice, je vous dis! À ÉCOUTER ICI.

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Ciné-concert. “Les Trois Âges” de Buster Keaton. Un chef d’œuvre muet réalisé en 1923 et qui donne lieu à de burlesques péripéties. Aux manettes de la bande son (superbe, au demeurant, même si un brin prévisible parfois), le quintette OZMA, initialement porté sur un jazz-rock hybride à la fibre funky, que l’on retrouve le soir-même avec son propre répertoire. Dernière représentation pour Stéphane Scharlé (dm), Tam de Villiers (g), Édouard Séro-Guillaume (b), Guillaume Nuss (tb) et Julien Soro (saxes) que l’on aura moult fois croisé sans se douter de leur puissance et charisme scéniques (mention spéciale pour le saxophoniste Julien Soro dont l’admirable sens de la mélodie aura donné lieu à de frissonnants solos !).

OZMA © Bruno Rumen

OZMA © Bruno Rumen

 

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

 

Enfance(s). Un duo. Celui de Frédéric B. Briet à la contrebasse et Pascal Charrier à la guitare. Ils jouent la musique de leur disque, “Drôle d’oiseau”. Si la genèse des titres de ces morceaux n’a pas manqué, on préfère se raconter nos propres histoires. Ces deux musiciens, à travers d’exquises compositions, nous ont donné à entendre une sorte de retombée en enfance. Comme des madeleines de Proust que l’on pourrait s’inventer. Soit se créer une autre existence passée entre innocence et éblouissement. Une musique profondément sincère donc, et qui, malgré sa délicatesse, s’engage jusque dans nos tripes.

Le passage fut bref mais intense. Les oreilles encore pleines de ces jazz(s) salutaires, il ne fut pas facile de s’en aller. Sans oublier une inclination des plus sympathiques pour une équipe dont le travail et l’engagement forcent le respect. Je risque fort d’être au rendez-vous pour la cinquième édition de “Têtes de Jazz” l’an prochain. Parole d’une néophyte sans doute un peu trop émerveillée !

Le batteur Stéphane Scharlé (OZMA) © Bruno Rumen

Le batteur Stéphane Scharlé les yeux rivés sur l’écran pendant qu’il joue. (OZMA) © Bruno Rumen

Katia Touré

 |C’est un drôle de festival. Une pièce de théâtre qui couronne les jazz(s) en dépouillant les comédiens de leurs rôles. Ce qui se joue en coulisses se joue un peu sur scène grâce à une source intarissable d’authenticité et un grand élan de passion. Salvateur.

Il ne m’est pas souvent donné de rire à gorge déployée au cours d’un festival de jazz. Du moins, en qualité de néophyte peu au fait des usages et de l’esprit des réjouissances. Encore moins quand lesdites réjouissances comptent parmi les offs d’un évènement de la carrure du Festival d’Avignon. Tandis que les affiches tapissent les façades des immeubles, que la foule part en quête de prodiges du verbe et de son énoncé – tant et si bien que les rues engorgées ne semblent plus dessiner la morphologie de l’endroit – au pied du Palais des Papes, les membres de l’Association pour le Jazz et la Musique Improvisée (AJMI) s’affairent au bon déroulement de la quatrième édition de “Têtes de Jazz” (lancée le 8 juillet). Plus que quelques jours avant le baisser de rideau…

Il aura fallu à peine une heure pour se sentir comme chez soi. Pour se sentir en droit de troquer son costume de simple spectateur pour celui de presqu’acteur. Est-ce dû au caractère minimaliste, voire carrément intime, de ce festival ? Ou alors à cette déhiérarchisation absolue parmi les passionnés de jazz(s) ? Ou peut-être est-ce la fureur du mistral qui m’a fait perdre la tête ? Point de clivage entre générations. Les premiers rôles (les musiciens bien entendu !), seconds rôles ou simples figurants ont droit au même temps de parole quand les jazz(s) ne font plus vibrer la scène. Les oreilles aguerries (au point d’être parfois aigries) et observateurs en quête perpétuelle d’innovations (jugées parfois tendancieuses) ont droit aux mêmes loges. De quoi créer une belle émulation. Les notes et les causeries se mêlent et s’emmêlent. Voilà pourquoi j’ai tant ri à gorge déployée…

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Quarante-huit heures à peine et une flopée d’instants suspendus…

Poésie phonique. La chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi d’abord. Juste sur un “Fil”. Deux poètes en symbiose. Est-il pertinent de qualifier Leïla Martial de chanteuse ? On en doute. C’était bien trop ovniesque. Sa voix ? Quelque chose de céleste. De non identifié. Technique et extrêmement précis pourtant. Précis quant aux formes qu’elles dessinent en usant parfois de sa pédale d’effets. Les syllabes d’un langage qui nous est inconnu. Et qui nous conte bien des choses. Des onomatopées déconcertantes de par leur originalité. Elle exhale des émotions façonnées avec dextérité. D’un coup sec parfois ou alors en jouant sur des sinuosités. C’est délicieusement déjanté. Une douce folie intensifiée quand, le lendemain, elle présente le projet “Baabox” avec le batteur Éric Perez et le guitariste Pierre Tereygol. Si avec “Fil”, l’étendue musicale était minime (de quoi nous plonger dans une atmosphère trouble mais sereine), cette fois-là, le trio s’est emparé de l’ensemble de la salle. Un coup de fouet.

D’ailleurs, l’occasion me fut donnée d’échanger avec Leïla Martial en compagnie de Mathieu Feryn, animateur du programme « À contre temps » pour Radio Campus Avignon. Un moment de totale improvisation, échange sans trop de barrières à l’image de « Têtes de Jazz ». Presqu’actrice, je vous dis! À ÉCOUTER ICI.

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Ciné-concert. “Les Trois Âges” de Buster Keaton. Un chef d’œuvre muet réalisé en 1923 et qui donne lieu à de burlesques péripéties. Aux manettes de la bande son (superbe, au demeurant, même si un brin prévisible parfois), le quintette OZMA, initialement porté sur un jazz-rock hybride à la fibre funky, que l’on retrouve le soir-même avec son propre répertoire. Dernière représentation pour Stéphane Scharlé (dm), Tam de Villiers (g), Édouard Séro-Guillaume (b), Guillaume Nuss (tb) et Julien Soro (saxes) que l’on aura moult fois croisé sans se douter de leur puissance et charisme scéniques (mention spéciale pour le saxophoniste Julien Soro dont l’admirable sens de la mélodie aura donné lieu à de frissonnants solos !).

OZMA © Bruno Rumen

OZMA © Bruno Rumen

 

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

 

Enfance(s). Un duo. Celui de Frédéric B. Briet à la contrebasse et Pascal Charrier à la guitare. Ils jouent la musique de leur disque, “Drôle d’oiseau”. Si la genèse des titres de ces morceaux n’a pas manqué, on préfère se raconter nos propres histoires. Ces deux musiciens, à travers d’exquises compositions, nous ont donné à entendre une sorte de retombée en enfance. Comme des madeleines de Proust que l’on pourrait s’inventer. Soit se créer une autre existence passée entre innocence et éblouissement. Une musique profondément sincère donc, et qui, malgré sa délicatesse, s’engage jusque dans nos tripes.

Le passage fut bref mais intense. Les oreilles encore pleines de ces jazz(s) salutaires, il ne fut pas facile de s’en aller. Sans oublier une inclination des plus sympathiques pour une équipe dont le travail et l’engagement forcent le respect. Je risque fort d’être au rendez-vous pour la cinquième édition de “Têtes de Jazz” l’an prochain. Parole d’une néophyte sans doute un peu trop émerveillée !

Le batteur Stéphane Scharlé (OZMA) © Bruno Rumen

Le batteur Stéphane Scharlé les yeux rivés sur l’écran pendant qu’il joue. (OZMA) © Bruno Rumen

Katia Touré

 |C’est un drôle de festival. Une pièce de théâtre qui couronne les jazz(s) en dépouillant les comédiens de leurs rôles. Ce qui se joue en coulisses se joue un peu sur scène grâce à une source intarissable d’authenticité et un grand élan de passion. Salvateur.

Il ne m’est pas souvent donné de rire à gorge déployée au cours d’un festival de jazz. Du moins, en qualité de néophyte peu au fait des usages et de l’esprit des réjouissances. Encore moins quand lesdites réjouissances comptent parmi les offs d’un évènement de la carrure du Festival d’Avignon. Tandis que les affiches tapissent les façades des immeubles, que la foule part en quête de prodiges du verbe et de son énoncé – tant et si bien que les rues engorgées ne semblent plus dessiner la morphologie de l’endroit – au pied du Palais des Papes, les membres de l’Association pour le Jazz et la Musique Improvisée (AJMI) s’affairent au bon déroulement de la quatrième édition de “Têtes de Jazz” (lancée le 8 juillet). Plus que quelques jours avant le baisser de rideau…

Il aura fallu à peine une heure pour se sentir comme chez soi. Pour se sentir en droit de troquer son costume de simple spectateur pour celui de presqu’acteur. Est-ce dû au caractère minimaliste, voire carrément intime, de ce festival ? Ou alors à cette déhiérarchisation absolue parmi les passionnés de jazz(s) ? Ou peut-être est-ce la fureur du mistral qui m’a fait perdre la tête ? Point de clivage entre générations. Les premiers rôles (les musiciens bien entendu !), seconds rôles ou simples figurants ont droit au même temps de parole quand les jazz(s) ne font plus vibrer la scène. Les oreilles aguerries (au point d’être parfois aigries) et observateurs en quête perpétuelle d’innovations (jugées parfois tendancieuses) ont droit aux mêmes loges. De quoi créer une belle émulation. Les notes et les causeries se mêlent et s’emmêlent. Voilà pourquoi j’ai tant ri à gorge déployée…

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Quarante-huit heures à peine et une flopée d’instants suspendus…

Poésie phonique. La chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi d’abord. Juste sur un “Fil”. Deux poètes en symbiose. Est-il pertinent de qualifier Leïla Martial de chanteuse ? On en doute. C’était bien trop ovniesque. Sa voix ? Quelque chose de céleste. De non identifié. Technique et extrêmement précis pourtant. Précis quant aux formes qu’elles dessinent en usant parfois de sa pédale d’effets. Les syllabes d’un langage qui nous est inconnu. Et qui nous conte bien des choses. Des onomatopées déconcertantes de par leur originalité. Elle exhale des émotions façonnées avec dextérité. D’un coup sec parfois ou alors en jouant sur des sinuosités. C’est délicieusement déjanté. Une douce folie intensifiée quand, le lendemain, elle présente le projet “Baabox” avec le batteur Éric Perez et le guitariste Pierre Tereygol. Si avec “Fil”, l’étendue musicale était minime (de quoi nous plonger dans une atmosphère trouble mais sereine), cette fois-là, le trio s’est emparé de l’ensemble de la salle. Un coup de fouet.

D’ailleurs, l’occasion me fut donnée d’échanger avec Leïla Martial en compagnie de Mathieu Feryn, animateur du programme « À contre temps » pour Radio Campus Avignon. Un moment de totale improvisation, échange sans trop de barrières à l’image de « Têtes de Jazz ». Presqu’actrice, je vous dis! À ÉCOUTER ICI.

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Ciné-concert. “Les Trois Âges” de Buster Keaton. Un chef d’œuvre muet réalisé en 1923 et qui donne lieu à de burlesques péripéties. Aux manettes de la bande son (superbe, au demeurant, même si un brin prévisible parfois), le quintette OZMA, initialement porté sur un jazz-rock hybride à la fibre funky, que l’on retrouve le soir-même avec son propre répertoire. Dernière représentation pour Stéphane Scharlé (dm), Tam de Villiers (g), Édouard Séro-Guillaume (b), Guillaume Nuss (tb) et Julien Soro (saxes) que l’on aura moult fois croisé sans se douter de leur puissance et charisme scéniques (mention spéciale pour le saxophoniste Julien Soro dont l’admirable sens de la mélodie aura donné lieu à de frissonnants solos !).

OZMA © Bruno Rumen

OZMA © Bruno Rumen

 

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

 

Enfance(s). Un duo. Celui de Frédéric B. Briet à la contrebasse et Pascal Charrier à la guitare. Ils jouent la musique de leur disque, “Drôle d’oiseau”. Si la genèse des titres de ces morceaux n’a pas manqué, on préfère se raconter nos propres histoires. Ces deux musiciens, à travers d’exquises compositions, nous ont donné à entendre une sorte de retombée en enfance. Comme des madeleines de Proust que l’on pourrait s’inventer. Soit se créer une autre existence passée entre innocence et éblouissement. Une musique profondément sincère donc, et qui, malgré sa délicatesse, s’engage jusque dans nos tripes.

Le passage fut bref mais intense. Les oreilles encore pleines de ces jazz(s) salutaires, il ne fut pas facile de s’en aller. Sans oublier une inclination des plus sympathiques pour une équipe dont le travail et l’engagement forcent le respect. Je risque fort d’être au rendez-vous pour la cinquième édition de “Têtes de Jazz” l’an prochain. Parole d’une néophyte sans doute un peu trop émerveillée !

Le batteur Stéphane Scharlé (OZMA) © Bruno Rumen

Le batteur Stéphane Scharlé les yeux rivés sur l’écran pendant qu’il joue. (OZMA) © Bruno Rumen

Katia Touré

 |C’est un drôle de festival. Une pièce de théâtre qui couronne les jazz(s) en dépouillant les comédiens de leurs rôles. Ce qui se joue en coulisses se joue un peu sur scène grâce à une source intarissable d’authenticité et un grand élan de passion. Salvateur.

Il ne m’est pas souvent donné de rire à gorge déployée au cours d’un festival de jazz. Du moins, en qualité de néophyte peu au fait des usages et de l’esprit des réjouissances. Encore moins quand lesdites réjouissances comptent parmi les offs d’un évènement de la carrure du Festival d’Avignon. Tandis que les affiches tapissent les façades des immeubles, que la foule part en quête de prodiges du verbe et de son énoncé – tant et si bien que les rues engorgées ne semblent plus dessiner la morphologie de l’endroit – au pied du Palais des Papes, les membres de l’Association pour le Jazz et la Musique Improvisée (AJMI) s’affairent au bon déroulement de la quatrième édition de “Têtes de Jazz” (lancée le 8 juillet). Plus que quelques jours avant le baisser de rideau…

Il aura fallu à peine une heure pour se sentir comme chez soi. Pour se sentir en droit de troquer son costume de simple spectateur pour celui de presqu’acteur. Est-ce dû au caractère minimaliste, voire carrément intime, de ce festival ? Ou alors à cette déhiérarchisation absolue parmi les passionnés de jazz(s) ? Ou peut-être est-ce la fureur du mistral qui m’a fait perdre la tête ? Point de clivage entre générations. Les premiers rôles (les musiciens bien entendu !), seconds rôles ou simples figurants ont droit au même temps de parole quand les jazz(s) ne font plus vibrer la scène. Les oreilles aguerries (au point d’être parfois aigries) et observateurs en quête perpétuelle d’innovations (jugées parfois tendancieuses) ont droit aux mêmes loges. De quoi créer une belle émulation. Les notes et les causeries se mêlent et s’emmêlent. Voilà pourquoi j’ai tant ri à gorge déployée…

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Quarante-huit heures à peine et une flopée d’instants suspendus…

Poésie phonique. La chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi d’abord. Juste sur un “Fil”. Deux poètes en symbiose. Est-il pertinent de qualifier Leïla Martial de chanteuse ? On en doute. C’était bien trop ovniesque. Sa voix ? Quelque chose de céleste. De non identifié. Technique et extrêmement précis pourtant. Précis quant aux formes qu’elles dessinent en usant parfois de sa pédale d’effets. Les syllabes d’un langage qui nous est inconnu. Et qui nous conte bien des choses. Des onomatopées déconcertantes de par leur originalité. Elle exhale des émotions façonnées avec dextérité. D’un coup sec parfois ou alors en jouant sur des sinuosités. C’est délicieusement déjanté. Une douce folie intensifiée quand, le lendemain, elle présente le projet “Baabox” avec le batteur Éric Perez et le guitariste Pierre Tereygol. Si avec “Fil”, l’étendue musicale était minime (de quoi nous plonger dans une atmosphère trouble mais sereine), cette fois-là, le trio s’est emparé de l’ensemble de la salle. Un coup de fouet.

D’ailleurs, l’occasion me fut donnée d’échanger avec Leïla Martial en compagnie de Mathieu Feryn, animateur du programme « À contre temps » pour Radio Campus Avignon. Un moment de totale improvisation, échange sans trop de barrières à l’image de « Têtes de Jazz ». Presqu’actrice, je vous dis! À ÉCOUTER ICI.

© Bruno Rumen

© Bruno Rumen

 

Ciné-concert. “Les Trois Âges” de Buster Keaton. Un chef d’œuvre muet réalisé en 1923 et qui donne lieu à de burlesques péripéties. Aux manettes de la bande son (superbe, au demeurant, même si un brin prévisible parfois), le quintette OZMA, initialement porté sur un jazz-rock hybride à la fibre funky, que l’on retrouve le soir-même avec son propre répertoire. Dernière représentation pour Stéphane Scharlé (dm), Tam de Villiers (g), Édouard Séro-Guillaume (b), Guillaume Nuss (tb) et Julien Soro (saxes) que l’on aura moult fois croisé sans se douter de leur puissance et charisme scéniques (mention spéciale pour le saxophoniste Julien Soro dont l’admirable sens de la mélodie aura donné lieu à de frissonnants solos !).

OZMA © Bruno Rumen

OZMA © Bruno Rumen

 

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

Pascal Charrier (g) et Frédéric B. Briet (b). © Bruno Rumen

 

Enfance(s). Un duo. Celui de Frédéric B. Briet à la contrebasse et Pascal Charrier à la guitare. Ils jouent la musique de leur disque, “Drôle d’oiseau”. Si la genèse des titres de ces morceaux n’a pas manqué, on préfère se raconter nos propres histoires. Ces deux musiciens, à travers d’exquises compositions, nous ont donné à entendre une sorte de retombée en enfance. Comme des madeleines de Proust que l’on pourrait s’inventer. Soit se créer une autre existence passée entre innocence et éblouissement. Une musique profondément sincère donc, et qui, malgré sa délicatesse, s’engage jusque dans nos tripes.

Le passage fut bref mais intense. Les oreilles encore pleines de ces jazz(s) salutaires, il ne fut pas facile de s’en aller. Sans oublier une inclination des plus sympathiques pour une équipe dont le travail et l’engagement forcent le respect. Je risque fort d’être au rendez-vous pour la cinquième édition de “Têtes de Jazz” l’an prochain. Parole d’une néophyte sans doute un peu trop émerveillée !

Le batteur Stéphane Scharlé (OZMA) © Bruno Rumen

Le batteur Stéphane Scharlé les yeux rivés sur l’écran pendant qu’il joue. (OZMA) © Bruno Rumen

Katia Touré