Une soirée avec Colemine Records au New Morning
5 mai 2026
Label phare de la scène soul « à l’ancienne » depuis la fin des années 2000, avec des artistes comme Durand Jones & The Indications et Monophonics, Colemine organise régulièrement des tournées associant plusieurs représentants de son catalogue, à l’image de celle de l’année dernière qui proposait les Altons et Thee Sinseers sous la bannière « Club Heartache ». Pour cette nouvelle édition, le programme proposait deux têtes d’affiches et une découverte, dans un New Morning mieux que bien rempli.
C’est Taylor Williams, une signature récente du label qui n’a pour l’instant publié qu’un seul single sous son nom, qui ouvre la soirée en solo, armé de sa seule guitare. Falsetto naturel, répertoire de chansons romantiques – son propre « Dreaming », le « For The First Time » de Mac DeMarco…-, l’inspiration Jalen Ngonda est évidente, même s’il manque peut-être encore une composition réellement marquante, d’autant que le choix d’un accompagnement sur bande vient plutôt nuire à l’intensité de ses interprétations. L’ajout de Jimmy James puis de la section rythmique de Kendra Morris pour les derniers morceaux confirme cependant son potentiel, et il est probable qu’il se fera entendre dans les prochains mois.
A peine quelques minutes d’entracte et Kendra Morris rejoint la scène, accompagnée par son trio (le batteur Chauncey Yearwood, entendu notamment avec Durand Jones & The Indications, et Monti Miramonti et Supremo Massiv, qui alternent entre guitare et basse), qui est également celui qui l’accompagne sur son dernier disque. Avec six albums sous son nom depuis le début des années 2000 et quelques collaboration de prestige, Morris, qui s’est déjà produit à plusieurs reprises en France, fait figure de vétéran pour cette tournée et son programme puise dans ses différents albums, avec notamment une belle version solo, en guitare-voix, de « After Midnight », un des titres phares de son dernier disque. Au fil des années, Morris a mis une bonne dose de pop dans sa soul, et il faut attendre la fin de son set et le « Banshee » qui donnait son titre à son premier album pour la voir sortir un peu plus les griffes. Malgré cette petite frustration – et le fait qu’elle n’ait pas interprétée sa version de « Shine On You Crazy Diamond », qui avait connu un certain succès au moment de sa sortie -, son set d’une heure passe rapidement et sans ennui.
Changement de braquet avec l’arrivée sur scène de Parlor Greens, le trio instrumental all stars du label qui associe le guitariste vétéran Jimmy James (découvert au sein du trio de l’organiste Delvon Lamarr), l’organiste Adam Scone (membre historique des pionniers du revival funk des années 2000 Sugarman 3) et le batteur Tim Carman (ancien du trio blues-rock GA-20). La configuration de l’ensemble pourrait évoquer un clin d’œil au soul-jazz des années 1960, mais c’est bien de funk musclé dont il s’agit, à mi-chemin entre une version déchaînée de Booker T & the MG’s et les Meters. Le répertoire, essentiellement original en dehors d’une relecture du « Jolene » de Dolly Parton, provient des deux albums du groupe, et notamment du dernier, avec des titres accrocheurs comme « Eat Your Greens » ou « Mustard Sauce » qui offrent de larges espaces d’improvisation aux trois musiciens et permettent à Jimmy James de donner libre court à son goût de la citation, de Nirvana à Deep Purple en passant par quelques licks empruntés à Steve Cropper. Le très joli « Flowers for Sharon », dédié à Sharon Jones avec qui Adam Scone a eu l’occasion de collaborer, offre un moment de répit bienvenu dans un set particulièrement dynamique, porté par l’enthousiasme d’un public visiblement convaincu.
Au rappel, l’ensemble des participants à la soirée retrouvent la scène pour une version joliment chaotique de « Tainted Love » – dans l’arrangement de Gloria Jones – qui permet de Kendra Morris de rappeler combien le registre soul lui va bien et constitue un final à la hauteur de la réussite de la soirée. Vivement la prochaine visite de la « caravane » Colemine !
Frédéric Adrian