Fred Couderc rend hommage à Roland Kirk

13 Feb 2018 #Hommage

A la maison de la radio, dans l’émission Jazz sur le vif d’Arnaud Merlin, Fred Couderc rendait samedi dernier hommage au grand Roland Kirk auquel il a consacré il y a quelques années un beau disque (« Kirkophonie »)

Fred Couderc (saxophones en tous genre, appeaux, sifflets…), Pierre Christophe (piano), Raphaël Dever (contrebasse), Mourad benhmou (batterie), Studio 104, maison de la radio, 3 février 2018

Bien sûr, Fred Couderc est capable de souffler dans deux et même trois saxophones en même temps, comme le faisait Roland Kirk, mort il y a quarante ans. Mais surtout: il joue dans l’esprit de ce dernier, une musique exubérante, chaleureuse, tendre, farceuse, insolente…Et ces saxophones embouchés au pluriel ne sont finalement qu’une manière de rendre la musique plus festive et plus colorée.


Quand Fred Couderc engloutit ses deux saxes (au choix, son saxello, c’est à dire une sorte de soprano court et son ténor, ou bien son stritch, c’est à dire un alto droit qui descend vers le sol au lieu de se recourber, et son saxello) ou ses trois saxes, (saxello, tenor, stritch) la musique prend soudain une ampleur étonnante. Elle remplit l’espace  du studio 104. Surtout, cela produit un merveilleux effet de fanfare, comme un brass band un peu dissonant. Bref, tout comme avec le grand Roland Kirk, ce n’est pas du cirque, c’est de la musique. Ces effets de fanfare collective, sont d’ailleurs très judicieusement utilisés. Fred Couderc, qui n’a pas besoin de démultiplier ses saxophones pour nous emporter, se révèle brillant au sax ténor, même s’il me semble que l’instrument qui lui permet de déployer ses ailes et de s’envoler le plus haut est le stritch, ce sax alto droit.
Fred Couderc s’est entouré de musiciens au dessus de tout soupçon: en particulier l’irréprochable Pierre Christophe, étincelant à chacune de ses interventions, qui n’a besoin que de deux ou trois minutes pour faire crépiter sur son clavier un bouquet de swingantes étincelles, l’impeccable Raphael Dever à la contrebasse, et Mourad benhamou, batteur vif-argent, aux gestes ultra-précis et rapides, dont les 4/4 avec Fred Couderc enthousiasment.


Le quartette nous gratifie de grands standards de Kirk, dont Inflated tears, Rolando…

Mais figurent aussi au programme  Serenade for a Coucou, Mood Indigo de Duke Ellington que Fred Couderc interprète au slide-sax, un de ses innombrables joujoux qui produit une couleur particulière, évoquant la scie musicale. Public ravi, applaudissements chaleureux, dépression hivernale en net recul.
Après le concert, je me renseigne auprès de Fred Couderc, soucieux de ne pas me mélanger les pinceaux dans ses innombrables binious: « Ecoute, c’est simple…j’ai joué le sax ténor, le saxello, que Roland Kirk appelait, va savoir pourquoi, « la lune de la cave » c’est à dire « Moon cellar », abrégé en « Manzello »…j’ai joué aussi de l’alto droit, le stritch, fabriqué par Buesher en 1928… ».
Plein d’une curiosité malsaine, à la limite de la concupiscence, je demande à Fred Couderc si c’est facile d’emboucher deux ou trois saxes en même temps. Il souligne que ça fait au moins aussi mal à la tête qu’à la bouche: car il faut harmoniser: « Quand je joue avec ténor et saxello, ça va, car les deux sont en si bémol, je peux donc doubler à la tierce ou à la quarte, enfin m’amuser un peu. Mais quand je joue avec l’alto droit, le stritch, qui est en mi bémol avec le saxello en si bémol, là c’est autre chose, il faut calculer un peu son coup. Et quand je joue avec trois saxes en même temps encore plus, surtout quand je joue avec stritch, saxello, sax ténor, ce qui fait deux instruments en si bémol et un en mi bémol… ».

Comme il n’a que deux mains et deux bras, j’ai vérifié, je lui demande quelle est la répartition des rôles, enfin des membres: « C’est simple..un des instruments doit faire un bourdon, quand c’est l’alto c’est un mi, quand c’est le ténor c’est un si…et j’ai la main droite libre pour jouer du saxello. Mais avec trois instruments à la fois, tu ne peux pas improviser…ça se prépare un peu à l’avance! ».

Et physiquement? « Ah oui, physiquement c’est compliqué….ça demande un volume d’air important..il faut que les trois embouchures soient de la même force ».

Fred Couderc me confie qu’à force de patience, d’écoute, de pratique, il a réussi à retrouver les techniques du maître. Toutes sauf une: « Il arrivait à jouer en même temps de la flûte et du saxello. J’ai essayé, et c’est impossible. Pourtant , lui le fait… ».

Texte JF Mondot
Dessins Annie-Claire Alvoët (autres dessins mais aussi peintures, gravures à découvrir sur son site www.annie-claire.com)

Exposition en cours aux Herbiers (vendée) jusqu’au 11 mars

Brève de jazz

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

Un Marquis au Duc

Alors qu'on est encore sous le choc de la disparition précoce de Roy Hargrove, c'est l'un des trompettistes les plus en vue de la jeune génération qui se produira les 5 et 6 novembre au Duc des Lombards, en la personne de Marquis Hill. Pour la présentation de son nouvel album « Modern Flows II », le Chicagoan sera entouré d'un quintette de grande classe où l'on retrouvera notamment Logan Richardson au saxophone, ainsi que la nouvelle valeur montante du vibraphone, Joel Ross.

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20181201 - N° 712 - 116 pages

Le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani s’éteignait à New York. Quelques mois plus tôt, le jazzman le plus populaire de...